Mohamed Aouamri : "Il y a parfois des moments de grâce quand on dessine."

27 juillet 2012 6 commentaires
  • Peu connu du grand public, le dessinateur Mohamed Aouamri n’en est pas moins talentueux ! Son style vif et fouillé évoque le trait du maître Loisel... Il n’en fallait pas plus pour que Jean Dufaux lui offre un scénario à sa mesure : "Saga Valta".
Mohamed Aouamri : "Il y a parfois des moments de grâce quand on dessine."
Saga Valta T.1
Jean Dufaux et Mohamed Aouamri @ Le Lombard

Pourquoi ce titre : « Saga Valta  » ?

Au début, je me suis foutu un petit peu de Jean Dufaux en lui disant que son titre ressemblait à un nom de déodorant (rires). Il m’a fait remarquer que ça se retenait bien à cause de sa phonétique. Il m’a appris que la valte correspond plus ou moins au paradis des guerriers chez les Islandais. C’est quelque chose de sacré. C’est comme cela que c’est rentré et que je me suis approprié le nom de notre BD.

L’histoire de Saga Valta commence de manière très classique. Un jeune guerrier, Valgar, part à la recherche de sa famille qui lui a été enlevée. Puis, le déroulement des événements fait que notre héros rencontre la belle Hildegirrd-aux-courts-cheveux et se retrouve au centre d’un triangle amoureux…

En fait, ils sont ensemble mais en vérité, ils sont très perturbés, surtout Valgar car Hildegirrd sait comment mener sa barque et, en vérité, elle n’aime pas son mari. Pourtant son époux, Skarperdinn, est un homme droit et un grand cœur ! C’est un type bien qui a énormément d’amitié pour Valgar... Et ce dévouement sera à la hauteur de sa déception finale !

Dans le tome deux, l’histoire commencera avec Thorgerr. On va s’intéresser aux personnages que l’on a laissés en cours de route dans le premier volume et l’on découvrira surtout Tjall-le-brûlé. Le défi pour moi sera de lui donner beaucoup de magnétisme et de charisme malgré ses brûlures sur une partie du visage. Tjall ne sera pas aussi moche que Sörr-le-déchiré car il a quelque chose d’assez puissant en lui. Une puissance contenue, une sagesse qui le rend particulièrement intéressant.

Saga Valta par Jean Dufaux et Mohamed Aouamri
Jean Dufaux et Mohamed Aouamri @ Le Lombard

Cette nouvelle BD est vraiment votre bébé à tout les deux, à Dufaux et à vous. Comment avez-vous créé cette histoire ?

En discutant ensemble, je lui avais suggéré que soit, on partait dans un univers où il y avait tout à créer, un truc apocalyptique, par exemple, très chaotique, un monde qui serait une sorte de dépotoir géant et où on serait hyper-libre. Je voulais avoir à dessiner des décors changeants, des personnages qui luttent sans arrêt.

Mon autre suggestion était d’aller dans un univers à la Frazetta, un auteur qui m’a beaucoup fait rêver durant mes années estudiantines. Son œuvre était une Bible pour moi ! À ce propos, je dois préciser que j’ai tout un passé de dessin où je reprenais des Rahan et des Tarzan constamment ! J’adorais dessiner cela.

Là-dessus, Dufaux me rappelle quelques semaines plus tard en me disant qu’il a étudié la littérature et la mythologie islandaise et que c’est un terrain vierge. On n’est plus dans du Thorgal... Il avait une ébauche de scénario et si j’étais intéressé, celui-ci serait pour moi. C’était d’autant plus grisant pour moi que je lui avais demandé que l’on joue plus sur les attitudes et les expressions des personnages et qu’il en avait tenu compte. À ce propos, ses planches préférées sont celles ou il y a des ombres chinoises, des gros plans, des profils, etc.

Quelles sont vos influences ?

J’ai beaucoup d’influences en fait. Lorsque j’étais ado, j’étais très influencé par l’école américaine. Des gens comme Buscema, Neal Adams, qui ont contribué à l’âge d’or de la BD américaine. Après, je me suis nourri d’un tas d’autres trucs. Par exemple, dans mon style humoristique, certain y voyait du Solé. Inconsciemment on capte des choses, on les digère puis on les régurgite en y mettant un peu de soi. D’où est-ce que cela vient ? En fait, c’est de l’amour pour le dessin de la nature, les grands décors, les êtres vivants, les animaux, le corps humain. Je pense que s’il y a quelque chose d’assez difficile dans la BD, c’est la retranscription des personnages, leurs expressions, la manière dont ils bougent, etc. C’est vrai qu’il faut aussi s’appliquer pour les décors mais ce n’est pas la même chose qu’avec les personnages car il faut leur donner de l’authenticité. Par exemple, quand je les dessine, je m’imagine à côté d’eux, respirant en même temps qu’eux.

Il y a parfois des moments de grâce quand on dessine, tard le soir, lorsque l’on n’est plus soumis à certaines obligations comme les rendez-vous professionnels ou les tâches ménagères, tu mets un petit fond musical et tu te retrouve happé par ton dessin et les choses vont tout seul !

On sent également dans votre style graphique les influences de Régis Loisel. Vous avez d’ailleurs collaboré avec lui pour La Quête de l’Oiseau du Temps...

Avec Loisel, c’est vrai que nous avons des parentés. Une anecdote à ce sujet : une libraire m’a dit un jour que mon dessin avait un côté « crade » dans les personnages, dans l’ambiance, dans les décors. C’est fait de sueur et de poussière et les personnages ne sont pas « lisses ». Elle disait que cela se sentait. Je suis assez d’accord avec elle. J’ajouterais que nous sommes surtout des dessinateurs instinctifs. On aime aussi dessiner des chaumières, des sous-bois et des belles nanas.

Maintenant, la vrai différence entre nous, c’est que lui, c’est une référence, et moi je ne le suis pas. Et on a raison de dire que je suis influencé par Loisel, surtout que j’ai bossé avec lui, ce qui m’a été profitable car j’ai beaucoup amélioré ma mise en page à son contact.

Saga Valta par Jean Dufaux et Mohamed Aouamri
Jean Dufaux et Mohamed Aouamri @ Le Lombard

Voir en ligne : Découvrez Saga Valta sur le site des éditions du Lombard

(par Christian MISSIA DIO)

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Saga Valta par Jean Dufaux et Mohamed Aouamri - Ed. Le Lombard

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Merci à l’équipe de la librairie Multi-BD à Bruxelles.

En médaillon : Mohamed Aouamri - (C) Le Lombard - DR

 
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6 Messages :
  • Le dessin de Aouamri c’est un hymne aux références.On y sent l’amour de l’encre ,la jubilation du trait -la version couleur est beaucoup moins belle et "éteint" beaucoup de choses, enlevant de la dimension(réelle) à l’ensemble et, pointe certaines heu... curiosités-

    Sûr que là on est pas dans la mode et le culturellement correct.Tant mieux,ça donne une couleur "alternative" au discourt ambiant actuel.C’est du dessin de fan.Fan : celui toujours accusé de tout les maux...

    Cumuler les influences de Buscema, chantre du dessin spontané de mémoire ,de la sobriété , de la narration et de la composition ultra fluide et faussement simple-le "less is more"-et Neal Adams(sa majesté)roi de la référence photographique et de la démesure : c’est osé !Mais efficace.

    Boouuuh on a là un bel exemple de BD honteuse.A bannir expressément de tout palmarès !!!!

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    • Répondu par La plume au cul le 28 juillet 2012 à  11:59 :

      Sauf que ces références qu’il cite, je ne les retrouve absolument pas dans son dessin...

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      • Répondu le 28 juillet 2012 à  17:26 :

        C’est pompier quoi.

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        • Répondu par la plume occulte le 29 juillet 2012 à  02:24 :

          KITCH et pompier mon bon kitch et pompier !!C’est pas autrement que les artisans/faiseurs font ce qu’ils peuvent...Les artistes les vrais qui ne travaillent que pour vous ou comme vous sont d’une toute autre trempe !

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      • Répondu par la plume occulte le 28 juillet 2012 à  20:16 :

        Le compas dans l’œil c’est bien aussi !

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        • Répondu par La plume au cul le 29 juillet 2012 à  10:07 :

          Oh ! Evidemment, si vous aspirez à un dessin utilisant compas, règle, équerre etc...

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