Nouveau contact - Par Bruno Duhamel - Editions Bamboo

30 septembre 2019 0 commentaire
  • "Chacun aura droit à son quart d'heure de célébrité". Au-delà de quinze minutes, Bruno Duhamel nous montre que les conséquences de cette expression attribuée à Andy Wahrol n'ont pas que des avantages!

Un brin taciturne et pas mal bougon, Doug vit quelque part dans un coin perdu de la lande écossaise. Son principal passe-temps se réduit à la pratique de la photographie. À part quelques échanges avec l’épicière du village, la vie de ce solitaire est désormais plutôt tranquille ; d’autant qu’il refuse de montrer et d’exposer ses photos. Jusqu’au jour où, au bord du lac de Castle Loch il saisit dans son appareil une créature immense, quelque chose entre l’extra-terrestre bienveillant et le monstre du Loch Ness version Schtroumpf, au moins pour la couleur !
En publiant la photo sur le réseau social, Doug est loin d’imaginer les conséquences de ce petit clic. Le cliché de l’étrange bestiole fait rapidement le buzz, le tour de la planète et ne tarde pas à déclencher de multiples réactions sur les réseaux sociaux. Au fur et à mesure que la rumeur enfle elle attire dans le modeste village tout ce qui compte comme journalistes, croyants, scientifiques, chasseurs, écolos accompagnées d’initiatives des plus délirantes. Car le déferlement de réactions anonymes, de directs sur les chaînes d’infos continues avec son lot d’interprétations plus ou moins fantaisistes va prendre des proportions rapidement incontrôlables et … incontrôlées !

Nouveau contact - Par Bruno Duhamel - Editions Bamboo
Magie d’internet : un petit clic aux conséquences incalculables !

Inutile de préciser que la situation échappe totalement au vieux photographe, qui face à la tempête médiatique qu’il a involontairement créée va voir sa vie décortiquée et étalée au grand jour. Son quotidien totalement chamboulé est mis en pièces et livré aux chasseurs de scoops et allumés en tous genres.
Parti de son expérience personnelle, Bruno Duhamel a imaginé cette histoire comme un lanceur d’alerte. Une manière amusante, mais pas que ! Un moyen d’attirer notre attention et notre vigilance sur les dérives provoquées par l’impact des réseaux sociaux. Sous couvert d’un humour parfois décalé, en appui sur des situations volontairement démesurées, aux limites de l’absurde l’auteur pointe une société dont la nuance est de plus en plus absente ; où le non-droit et le jugement à l’emporte-pièce ont droit de cité, règnent en maîtres. Plutôt asocial, isolé dans la lande, notre photographe amateur se retrouve célèbre et en paie le prix fort à travers les insultes, le déballage médiatique qui s’abat sur lui et son entourage.

Les héros très ordinaires de Bruno Duhamel ne le restent jamais bien longtemps.

Décidément Bruno Duhamel n’a peur de rien ! Déjà remarqué en 2017 avec le Retour, fable caustique décrivant l’itinéraire un peu mégalo d’un architecte ; il ne tarde pas à récidiver avec Jamais en 2018, chronique de l’expropriation programmée d’une nonagénaire décidée autant à résister aux éléments marins qu’aux autorités municipales chargées de la déloger. S’il faut chercher un point commun entre ces trois albums, tous édités chez Bamboo c’est bien la résistance qui caractérise les héros de ces histoires. Résistance à la bétise, résistance aux intempéries, résistance à l’absurdité du monde des hommes ! Derrière un humour décalé, subtil, sans effet Bruno Duhamel nous pointe avec une férocité retenue et une acuité sans failles les travers de notre environnement. Pas de jugement mais un regard sans complaisance au service d’une narration totalement maîtrisée.

Le retour, premier album publié sous le label angle des éditions Bamboo.

L’auteur ne fait pas la leçon, il montre c’est tout. Partant d’un fait minimal, cet ancien élève des beaux-arts d’Angoulême déroule sa narration de manière efficace tout en usant d’un graphisme solide et dont la fluidité facilite l’entrée dans le récit. Cette extraordinaire capacité à saisir l’air du temps et à en restituer les défauts et les manques constitue la arque d’un jeune auteur dont on n’a fini d’entendre à parler à l’avenir.

En le dédiant au Broccoli Tree, cet arbre suédois partagé sur Instagram et victime de sa célébrité au point de disparaître, Bruno Duhamel conclut cet « album coup de poing » avec un certain panache teinté de pessimisme. La réalité aurait-elle déjà rattrapé la fiction ?

(par Patrice Gentilhomme)

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