Olivier Merle (Tranquille Courage) : "La Seconde Guerre mondiale, ce n’était pas la Grande Vadrouille !."

21 juin 2010 1
  • Avec ce deuxième tome se conclut le diptyque {[Tranquille Courage->8790]}, une chronique historique où se mêlent fiction, réalité et devoir de mémoire. Une histoire à laquelle se trouve intimement lié le scénariste Olivier Merle.

Cette histoire repose essentiellement sur des souvenirs personnels et familiaux, quelle est la part de l’autobiographie, quelle est la part de fiction ?

Je dispose au départ d’une matière assez mouvante, insaisissable, le témoignage. De multiples récits plus ou moins précis. Parfois, ça se recoupe, parfois c’est contradictoire, voire illogique. Je structure mon récit autant que possible avec les événements, les faits, tout ce qui est « vrai », je les agence pour faire de la dramaturgie, susciter l’intérêt, l’émotion du lecteur, créer quelque chose de cohérent, de signifiant. Ensuite je « remplis » les vides, je crée les transitions, les articulations, je comble les zones d’ombre, je me mets dans la peau des personnages pour imaginer ce qui n’est pas arrivé jusqu’à nous. Maintenant, si vous voulez savoir ce qui est « vrai » ou « pas vrai », je ne vous le dirais pas !

Olivier Merle (<i>Tranquille Courage</i>) : "La Seconde Guerre mondiale, ce n'était pas la Grande Vadrouille !."
Auguste le paysan et Weston l’aviateur sont devenus héros de BD soixante ans plus tard.

En BD, l’adaptation de souvenirs ou de chroniques familiales reste encore marginale et parfois risquée. Quelles sont selon vous les difficultés propres à ce genre ?

Concilier les images que se sont forgées les membres d’une famille sur des personnages parfois idéalisés. Éviter la complaisance tout en gardant un caractère singulier et digne d’intérêt à ces personnages.

Pouvez-vous nous rappeler comment s’est faite la rencontre avec Alexandre Tefenkgi, dont c’est son premier album ?

C’est Hervé Richez, le directeur de collection de Grand Angle chez Bamboo qui nous a mis en contact. Alexandre finissait ses études à St Luc Bruxelles et nous nous sommes mis tout de suite d’accord sur ce qu’allait devenir Tranquille Courage. Il a apporté une dimension supplémentaire, humaine et expressive, au projet.

Qui sont vos lecteurs ? Des lecteurs de BD ou des amateurs d’histoire passionnés ?

Un peu de tout, public très varié rencontré en salon. Des plus jeunes, l’album est étudié en classe CM1 / CM2, aux plus vieux. J’ai rencontré une dame âgée de 94 ans qui habitait sur les lieux de l’histoire en Normandie qui a vu l’avion lors du crash ! Tranquille Courage était sa première BD !

Le premier tome est paru en pleine commémoration du 65e anniversaire du débarquement, n’avez-vous pas craint qu’on vous considère un peu opportuniste ?

Je retourne ma veste mais toujours du bon côté…

Y a-t-il des faits ou des anecdotes que vous vous êtes interdit de relater ?

Non. Les aspects tragiques de la guerre, parfois la barbarie comme pour l’épisode de Louaisel, il m’a paru indispensable de les évoquer pour que le lecteur saisisse les véritables enjeux de la situation. Ce n’était pas la Grande Vadrouille !

Le fait que le sujet reste encore polémique interdit-il certaines audaces sur le plan du scénario, par exemple ?

Ce n’était pas mon propos de toute façon que de parler de marché noir, de la collaboration ou des résistants de la dernière heure.

L’attitude des Français pendant l’Occupation a sérieusement été écornée à travers certains ouvrages comme dans le film « Le Chagrin et la Pitié. N’avez-vous pas peur de restaurer une image un peu « trop lisse ou trop consensuelle » de cette période. ? On voit assez peu de collaborateurs par exemple…

Je ne me suis pas posé ces questions même si je les évoque un peu dans le deuxième volet. La question était surtout le ressenti des gens ordinaires.

Une chronique en deux tomes.

Votre histoire s’apparente à la chronique, avez-vous l’intention de travailler sur d’autres projets du même genre ?

Oui, c’est un genre qui me plait beaucoup. À travers une succession de petites situations a priori ordinaires, faire ressentir, comprendre l’évolution des caractères, être au plus près des personnages, travailler leur psychologie, leurs sentiments, leurs espoirs.., même si cela n’est pas facile en BD par manque de place, format 46 pages oblige.
Cela dit, je travaille sur d’autres projets qui ne sont pas des chroniques.

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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photos : © DR
Illustrations : © O.Merle - A.Tefenkgi -Editions Bamboo

 
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