Période glaciaire - Par Nicolas de Crécy - Futuropolis & Le Musée du Louvre

26 novembre 2005 0 commentaire
  • Avec une belle régularité, {{Nicolas de Crécy}} nous offre de petits bijoux. {Période glaciaire} inaugure en fanfare l'[association entre Futuropolis et le musée du Louvre->2928]. Quatre auteurs devraient réaliser un album de bande dessinée abordant une thématique proche des missions du Musée.

Face aux nombreuses œuvres abritées par le Louvre, Nicolas de Crécy s’est senti un peu inculte au milieu de l’abondance culturelle, riche et variée qui s’offrait à ses yeux. Il a pris le parti de se servir de ce sentiment pour bâtir, dans Période glaciaire, un récit sublime, fin et poétique, sans doute l’un des meilleurs albums de cette rentrée.

L’Europe est sous la neige depuis quelques siècles. Des archéologues explorent les larges étendues enneigées afin d’y découvrir des vestiges de notre vingt-et-unième siècle. Ils sont aidés par des « chiens-cochons », des animaux intelligents, raisonnés et parlant la langue de Molière.

L’un d’eux, Hulk (premier trait d’humour de la part de l’auteur, mais certes pas le dernier), est particulièrement attachant et doué pour retrouver des vestiges archéologiques (un nez au carbone 14, ça aide). Ce petit groupe s’extasie devant des tags griffés sur de grands bâtiments et leur attribue évidemment un sens religieux. Rungis, le nom gravé sur le fronton, a perdu le sien depuis longtemps...
Une partie des scientifiques va découvrir par accident une construction abritant d’immenses salles contenant des représentations graphiques. Des tableaux me direz-vous ? Certes, mais nos archéologues du futur ne savent pas l’importance culturelle de ces « croûtes ». Ils s’interrogent, réfléchissent et dissertent sur leur signification, s’inventant ainsi une histoire de notre civilisation sur la base de ces chefs-d’œuvre. Leurs réflexions décalées de notre réalité sont amusantes, mais aussi parfois perspicaces et piquantes.
La plus farfelue des idées de l’auteur est sans doute la façon dont il présente d’antiques objets du Louvre ayant pris vie, se moquant les uns des autres et des siècles passés ensevelis, sans leurs chers touristes... Les discussions entre eux et Hulk sont à la fois hilarantes et pathétiques, et montrent que De Crécy a réussi à proposer une visite très personnelle du Louvre, en conservant la douce folie qui habite depuis toujours ses albums. Il faut voir l’apparition de diverses versions du Christ peint ou sculpté, se disputant la vérité de leur identité, snobant les divinités païennes qui cherchent un moyen d’échapper à leur prison de pierre. Sans parler du fameux et très énervé bœuf écorché de Rembrandt, qu’il ne fait pas bon rencontrer au détour d’une salle vide...

Période Glaciaire est également un délice visuel. Le style graphique, vif et dynamique, de Nicolas de Crécy accompagne avec beaucoup de naturel les reproductions des œuvres peintes ou sculptées [1] qui parcourent le récit. Soulignons également l’excellente qualité du papier sélectionné par les éditions Futuropolis. Certains lecteurs éprouveront autant de plaisir à effleurer les pages de l’album qu’à admirer les compositions graphiques et les délires très maîtrisés d’un auteur qui ne cesse de nous étonner par la qualité de son imaginaire.

(par Nicolas Anspach)

(par François Peneaud)

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Lire un extrait

[1Parmi elles, citons entre autres des peintures d’Eugène Delacroix, Hieronymus Bosch, Jean-Baptiste Camille Corot, etc., mais aussi des objets babyloniens, grecs ou minoens peuplant les profondeurs du musée. Signalons qu’une très utile liste des objets représentés par de Crécy est proposé à la fin de l’album. Un projet pédagogique jusqu’au bout.

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