Philippe Goddin explore les lignes de vie d’Hergé

3 novembre 2007 0 commentaire
  • La vie d’Hergé n’a pas été une ligne claire, loin s’en faut. Au départ, hésitante, puis enfin ferme et assurée, habitée par le génie, elle eut aussi ses brisures, ses dérives, voire ses disparitions. Dans l’ombre comme dans la lumière.

L’ouvrage est impressionnant : 1006 pages. Le travail ne l’est pas moins : un parcours minutieux dans la biographie d’Hergé, instant après instant, une œuvre après l’autre, sans qu’aucune source ne soit négligée. Si cette nouvelle approche biographique d’Hergé est tributaire de ses prédécesseurs, de Pol Vandromme à Numa Sadoul, de Pierre Sterckx et Thierry Smolderen à Pierre Assouline et à Benoît Peeters, ils ne manquent pas les travaux qui, chacun à leur manière, ont apporté leur pierre à l’édifice à la connaissance du grand homme, celle-ci est sans doute celle qui comporte le plus de détails, de faits, de recours à des documents avérés, inédits et de première main. Une vraie somme.

Rien que l’iconographie est un régal. Il s’agit probablement du plus grand rassemblement de portraits d’Hergé jamais réalisé. Il y a quelques moments étonnants, le plus souvent privés, comme celui où l’on voit Hergé gratter la guitare ou faire de la plongée à Harbor Island, mais aussi ces rencontres : un échange de regards avec Hugo Pratt à Angoulême, une visite d’Andy Warhol aux studios Hergé…

Philippe Goddin explore les lignes de vie d'Hergé
Philippe Goddin, "Hergéologue"
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).

C’est là l’apport principal du livre de Philippe Goddin : une documentation sans égale. Carnet intime et correspondances, documents commerciaux, sans compter un travail de consultation des archives graphiques de la Fondation Hergé pendant plus de dix ans, recueil enfin de nombreux témoignages, parfois de personnes aujourd’hui disparues, tels sont les appuis de ce livre incomparable.

Les lignes qui s’en dégagent complexifient davantage le personnage d’Hergé qui ne s’est d’ailleurs jamais réduit aux caricatures que l’on essayait de lui faire endosser. C’est précisément ce qu’on pourrait reprocher à ce travail remarquable : sa profusion de détails parfois trop indifférenciés qui cache difficilement une réelle timidité quand il s’agit de trancher, parfois contre l’évidence, à propos de la réalité de certains faits.

Parmi les sources inédites de PhilippeGoddin, ce carnet de notes intimes d’Hergé
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Pour sa défense, Philippe Goddin (dont nous publierons prochainement une interview) avance cette citation de Simenon : « Comprendre, ne pas juger ». Mais toute compréhension n’est-elle pas précisément l’exercice de notre faculté de jugement ? Le tout est de ne pas juger sans comprendre. Remercions Philippe Goddin d’avoir contribué à nous y aider.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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