Philocomix T. 2 : Chercher le bonheur !

7 juillet 2020 0 commentaire
  • La philosophie a-t-elle sa place dans l’univers du neuvième art ? Puisqu’elle est cette presque science dont le but premier est de s’intéresser à l’être humain, à ses réalités, à ses questionnements, en tentant de trouver des réponses à ces interrogations, elle a à voir, toujours, oui, avec tous les actes de la création.

Quelle est l’attente principale de chaque humain ?... Le bonheur, bien sûr !
Et dans ce deuxième tome de Philocomix, les auteurs, Jean-Philippe Thivet, Jérôme Vermer et Anne-Lise Combeaud au dessin, nous invitent à une balade à travers l’Histoire, en suivant les chemins que dix philosophes ont construits autour de l’idée même du bonheur !

On peut dire de ce livre qu’il fait œuvre de « vulgarisation » philosophique. Mais la philosophie, la littérature et l’histoire sont des « matières » continuellement interdépendantes, et on peut dès lors dire de ce livre qu’il est également un livre de vulgarisation historique.

Philocomix T. 2 : Chercher le bonheur !

Dix philosophes, donc, se partagent les pages de ce Philocomix. Ils ont été choisis de manière chronologique, de façon à ce que le lecteur puisse, au travers de la rencontre qu’il va faire avec chacun d’entre eux, voir abordées différentes idées, différentes propositions, différentes ordonnances de cette notion qui nous intéresse toutes et tous. Et qui se sont succédé au fil des siècles.

De façon générale, c’est en partant des défauts humains que chaque philosophe cherche à imaginer ce que peut être, ce que doit être pour lui, la « vertu ». Promenons-nous ensemble voulez-vous, dans les mots et les idées de ces dix philosophes…

Pour Aristote, le premier à nous inviter à sa table dans cet album, le bonheur ne peut naître que de l’amitié, au sens le plus large possible du terme. On pourrait penser de ses écrits qu’il prône ainsi une vraie tolérance, mais cette tolérance est ancrée dans l’époque pendant laquelle il vit, et donc se rallie à une réalité politique qu’Aristote veut, certes, modifier, mais en douceur, grâce à l’éducation, et dans le souci des règles existantes.

Les temps passent, et petit à petit c’est l’idée d’un bonheur collectif, communautaire, qui fait son petit chemin. Avec Hobbes, par exemple, qui estime que la Loi se doit absolument d’être absolue, donc au-dessus de l’humain ! Ce qu’il préconise, c’est un « pacte social » qui mène à un pouvoir essentiel, celui de permettre à une infime minorité d’être nuisible, au nom, en quelque sorte, de tout le reste de la population qui, dès lors, peut se sentir heureuse.

Et puis vint, heureusement ai-je envie de dire, Spinoza. Avec lui, les idées trop sentencieuses de ses prédécesseurs se mettent enfin à taille humaine. Pour lui, l’esprit critique et la vigilance étaient les chemins menant à l’émancipation, donc à la liberté, une liberté contre toutes les peurs, contre toutes les manipulations. Sa notion du bonheur s’érige comme antithèse de la peur, tout simplement !

Après lui, avec Diderot entre autres, on en arrive à nier le postulat qui, depuis des siècles, a régi la pensée philosophique et politique : non, l’homme n’est pas foncièrement égoïste, asocial et instable ! Sans pour autant se rallier au « mythe » du bon sauvage, Diderot prônait une manière commune de penser, avec comme but la préparation de l’avenir, contre toutes les idées reçues.

Montesquieu, écrivain et moraliste plus que philosophe, peut-être, est revenu à l’individualité du bonheur, contre le pouvoir établi, mais avec modération.

Tocqueville, plus tard, s’est révélé plus révolté, à défaut d’être révolutionnaire. Pour lui, le bonheur ne peut exister que dans une lutte de la liberté individuelle contre la tyrannie de la majorité.

Avec Mill, encore plus tard, on en est enfin arrivés à inclure dans la notion de recherche de bonheur une vraie tolérance vis-à-vis des minorités, avec également, enfin, la nécessité d’envisager aussi la place, essentielle, de la femme !

Avec Thoreau, la vision frontale du bonheur s’est modifiée et s’est faite presque poétique, mais malgré tout politique, avec une constante : se libérer de tous les esclavages, avec un mot d’ordre : « ensemble » !

Le vingtième siècle, celui qui, peut-être, nous a le plus « construits », est représenté dans ce livre par deux figures incontournables…

Il y a Sartre qui nous dit que chacun est responsable de ses choix, et donc de son bonheur, mais aussi de celui des autres. En même temps, il nous dit que l’enfer c’est les autres, et son existentialisme a bien dû se confronter à l’absurdité qui, elle, était chère à Camus.
Et puis, il y a la seule femme de ce livre, Arendt, qui revient résolument au postulat de base, et ne considère comme important que le bonheur collectif, avec comme source l’art, la création.
Deux démarches qui influencent encore les idées actuelles sur le bonheur. Des démarches, par contre, qui ont toutes les deux montré leurs limites face à un monde dont les changements s’effectuent infiniment plus rapidement que pendant tous les siècles précédents.

Cette BD, c’est un livre qui ouvre des portes. Ou, plutôt, des fenêtres… C’est un livre intelligent, spirituel, souriant. Et passionnant !

(par Jacques Schraûwen)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Philocomix2 - par Thivet, Vermer et Combeaud - Rue de Sèvres - 184 pages - Sortie avril 2020

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