Rouge est ma couleur - Chauzy et Villard - Casterman

26 novembre 2005 0
  • Sur sa lancée de collaborations récentes avec Jonquet, Chauzy adapte à nouveau un polar français, "Rouge est ma couleur", de Marc Villard, pilier de la série noire. Une plongée éprouvante dans l'univers des stups et du Paris des camés.

Fidèle à sa fascination pour les losers, les bannis, les réprouvés, Villard avait écrit le roman comme une descente aux enfers, celle d’une junkie musicienne qui en voulant abandonner la drogue se retrouve piégée dans le milieu des dealers de Barbès.
Pour enfoncer encore l’intrigue dans le marécage poisseux du spleen urbain, son père est flic, lui-même accro à l’alcool, et il vient de perdre son coéquipier lors d’un flag qui a mal tourné.
Chauzy n’a pas choisi le plus facile en s’attaquant à ce destin de femme profondémment noir. Sa capacité à dépeindre les coins parfois sordides du 18ème arrondissement de Paris (Barbès, Chateau-Rouge) nous plonge d’emblée dans une réalité poignante. Il parvient parfaitement à rendre l’ambiance des réunions de dopés qui cherchent à s’en sortir, là encore dans une salle proche de l’Eglise Saint-Bernard.

Le dessinateur est moins à l’aise dans les scènes musicales, et fait preuve en particulier de maladresse dans les dessins de batterie... Dommage, il s’agit d’un détail important.
Rouge est ma couleur - Chauzy et Villard - Casterman
Respectant le rythme très américain de Villard, Chauzy n’hésite pas à multiplier les ellipses, quitte à rendre le scénario parfois confus. les personnages secondaires sont légion, et on ne fait plus la différence entre flics ripous et dealers malins, un amalgame qui finalement sert l’atmosphère de l’album.
Le final hivernal, qui tranche totalement avec la nuit parisienne, est empli d’un souffle dramatique extraordinaire, et une neige purificatrice, omniprésente dans cette scène, nous mène à une conclusion grandiose dans sa noirceur.
En matière de couleur, entre le rouge, le noir et le blanc, le lecteur aura été servi, et il n’oubliera pas de sitôt cette Zoé, batteuse de charme à la dérive.

(par David TAUGIS)

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