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Shogun Mag n°7

  • Livraison retardée (avril/mai) du magazine de mangas européens, qui propose deux nouvelles séries et s’oriente à nouveau vers une séparation du magazine par genres.

Sur le site shoguncity.com, récemment refondu, le directeur éditorial Guillaume Dorison annonçait en effet il y a peu la création de trois magazines : un shônen, un seinen, et un magazine de "chroniques contemporaines". Ceci pour permettre d’accueillir toutes les séries, de plus en plus nombreuses. Le magazine et la collection Shogun ont-ils trouvé un public à même de sortir les Humanos d’une mauvaise passe ? On l’espère !

Shogun Mag n°7
Pen Dragon, par Mika
(c) Les Humanoïdes Associés

Parmi les nouvelles séries, Pen Dragon se situe clairement dans la veine shônen et mêle combat et humour en s’inspirant de la quête du Graal. Son trait dynamique applique les codes du manga à des influences diverses – mangas, comics, voire franco-belges : le personnage de Merilun semble sorti d’une planche de Gotlib !
Quant à Synop6, un peu plus décevant sur le plan graphique, il est conçu comme un alliage de shônen nekketsu (compétitions sportives) sur l’art d’écrire, et d’histoire d’amour shôjo. Dans ce premier chapitre, ce sont les relations entre les principaux personnages qui sont présentées : Guillaume, cancre mais poète et guitariste inspiré ; Elizabeth, sa "meilleure copine" qui cache mal ses sentiments pour lui ; et Léa, jolie brune dont Guillaume tombe un peu vite amoureux...

Exceptionnellement, la partie rédactionnelle, en début de magazine, ne comporte dans ce numéro que deux articles, longs et pour le moins ambitieux : l’un consacré à l’influence de la culture occidentale dans l’œuvre de Hayao Miyazaki, l’autre à une analyse d’Akira, qui fait appel au concept nietzschéen de Surhomme... Parfois ardu, mais intéressant.

Synop6, par Shogun Script Studio et Skizofrenia. Metacrilian Studio
(c) Les Humanoïdes Associés

(par Arnaud Claes (L'Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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7 Messages :
  • Shogun Mag n°7, surproduction et crise aux Humanos
    9 mai 2007 20:40, par Jean-Luc Cornette et Stéphane Oiry

    Il y a six mois, les Humanoïdes Associés lançaient le magazine Shogun et les albums qui en découlent. En cette époque de surproduction et de crise de la BD, chaque éditeur cherche l’idée de génie qui le différenciera de ses concurrents et lui fera gagner plus de pognon que les autres (même si, en définitive, c’est rarement le cas). Quelles que soient ces idées, elles ont un point commun : la fuite en avant dans une surproduction vertigineuse (séries de douze bouquins à sortir en moins de trois ans, séries à dessinateurs multiples, séries mensuelles à prix cassés...) Pour les Humanos, ce fut de lancer sur le marché des clones de mangas réalisés par une armada de jeunes auteurs, pour la plupart d’un niveau encore très amateur. Il y a six mois commençaient aussi la crise qui a contraint les Humanoïdes Associés à arrêter de payer ses auteurs. On apprend maintenant, alors que la direction des Humanos cherche une solution pour sortir de cette crise en ne pouvant toujours rien promettre aux auteurs, qu’ils communiquent sur le fait de dédoubler, voire détripler la revue Shogun. Est-ce pour inonder encore plus le marché avec le travail d’auteurs qui ne seront pas payés ? Ou alors les auteurs "classiques" des Humanos ne seraient pas payés, alors que les jeunes qui sont censés rapporter de l’argent - car correspondant à un produit plus "mode" - le seraient ?
    Nous ne comprenons plus rien. Mais ce n’est pas réjouissant.

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    • Répondu par ActuaBD le 10 mai 2007 à  10:38 :

      Nous comprenons l’inquiétude de certains auteurs face à cette situation qui n’est pas nouvelle dans la longue et mouvementée histoire des Humanoïdes Associés.

      Nous ne voyons pas cependant pourquoi il faut jeter le discrédit sur une opération commerciale qui peut peut-être sortir les Humanos de l’impasse délicate dans laquelle ils se trouvent.

      Par ailleurs, une réunion est prévue avec les syndicats aujourd’hui dans laquelle la direction doit faire des propositions concrètes d’apurement.

      Il faut donc parler de retards de paiement et non de cessation de paiement.

      Nous rappellons aussi que ce n’est pas le rôle d’ActuaBD d’être le livre de doléances des créanciers des Humanoides Associés, même si nous restons préoccupés par leur situation actuelle.

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      • Répondu par Sébastien Célimon le 10 mai 2007 à  13:20 :

        Bonjour,

        En tant que scénariste de l’une des séries de Shogun Mag, Hand7, je tiens à rectifier le fait que j’ai pour ma part toujours été payé à publication de mon travail. Les sommes concernées correspondent au contrat signé avec les Humanoïdes Associés.

        Par ailleurs, critiquer la qualité des oeuvres publiées dans Shogun est me semble t-il un autre débat. Que je sâche, tout dessinateur publié a été d’abord un amateur et s’est aguérri en produisant, et de préférence beaucoup, souvent pour des clopinettes. Je ne désespère pas que des talents émergent de ce vivier, comme ce fut le cas par le passé lorsque des éditeurs établis aujourd’hui (Soleil, Delcourt, Glénat...) ont parié sur des petits jeunes qui aujourd’hui cassent la baraque (La bande à Lanfeust, JD Morvan entre autres...)et ont ainsi forgé leur fortune, tant économique que d’ouvrages de qualité.

        J’ajoute enfin que les rapports avec l’équipe de Shogun ont toujours été cordiaux, constructifs et que jamais ils n’ont fait de demande envers les auteurs d’effort économique particulier (pour ma part et pour ce que j’en sais). C’est ensuite à chacun d’entre nous, dessinateurs ou scénaristes, de jauger de la bonne valeur de son investissement dans l’aventure, mais pour l’heure, aucun des termes du contrat n’a été masqué.

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        • Répondu par Jean-Luc Cornette le 10 mai 2007 à  13:58 :

          Cher Sébastien,
          Ne vois pas d’offense dans le mot "amateur". Jamais je ne reprocherai à un auteur ne pas être plus loin que là où il peut être (vu son âge, son métier,…) Je m’étonne seulement, qu’en ces périodes de surproduction, où les lecteurs ne savent plus quoi acheter tellement l’offre est large et où les libraires n’ont plus la place de présenter tous les livres et tous les auteurs, un éditeur lance une pléiade d’auteurs de plus, quitte à aller en chercher qui n’ont pas réellement fini leur écolage. C’est très dangereux pour tout le monde.
          Mais l’information la plus précieuse que tu nous donnes - et je t’en remercie - c’est que ma supposition était bien exacte. Il y a bien deux poids, deux mesures, pour l’instant, dans la gestion des auteurs aux Humanoïdes Associés durant cette crise. Alors que la majorité d’entre nous n’est plus payée depuis des mois, les auteurs de Shogun et de ses déclinaisons potentielles le sont. Il est bon de savoir si l’on fait partie des priorités ou non. Les auteurs Humanos prennent acte.

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          • Répondu par Sébastien Célimon le 10 mai 2007 à  17:37 :

            Bonjour Jean-Luc,
            Merci de m’avoir répondu :) Je ne prends ombrage de rien, je n’ai sincèrement rien à revendiquer, juste à faire partager mon expérience (laquelle est somme toute plutôt récente). Pour autant je suis évidemment sensible au sort des auteurs, pour de nombreuses raisons (en tête : ma passion de la bd !) et je ne peux que regretter que des auteurs ne soient pas rétribués en temps et en heure. Je ne vois les choses que de mon petit point de vue et si je suis honoré de faire partie des auteurs ayant signé chez les Humanos, je n’ai guère de contacts avec eux (enfin, si, maintenant au moins un ! :)

            Je partage ton point de vue sur la surproduction, qui n’est pas une histoire récente d’ailleurs et qu’on retrouve également dans le cinéma.

            Permets moi de prolonger ma réponse vers une autre direction. Je ne sais pas si la démarche de Shogun va être ou non couronnée de succès. Je sais en revanche que si c’est le cas, cela devrait ouvrir de nouvelles perspectives aux dessinateurs et scénaristes français, car la question du format que pose Shogun (avec ses détracteurs comme ses fervents supporters) me semble réellement intéressante et pertinente aujourd’hui. Intéressante parce que toute tentative pour dynamiser le marché est bienvenue (indépendamment du résultat bien entendu) ; pertinente car il faut constater (se réjouir ou regretter, c’est selon) du sacre du format manga en France, mais également en Allemagne et en Italie. Je ne parle là que de format, en aucune façon du dessin, du scénario ou de la politique féroce des prix. Et sur ce sujet, le format, je crois que le pari est bon aujourd’hui pour diffuser (et ma propre création tend à cela, modestement) certaines créations de Shogun vers ces nouveaux marchés. Long long débat n’est-ce pas ? Au plaisir :)

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            • Répondu par Didier Pasamonik le 10 mai 2007 à  18:04 :

              voici ce qu’en disait Guy Delcourt dans Suprême Dimension en septembre 2006 :

              Parlons un peu de quantité. Delcourt publie actuellement 260 nouveautés par an… Quand Claude de Saint-Vincent dit : « On publie trop de livres », vous répondez quoi ?

              Guy Delcourt : "Dans tous les domaines, on publie trop de livres ! Nous sommes dans un secteur où il y a une large part d’expériences, de tentatives, et donc d’échecs. C’est logique parce qu’ il y ait des livres qui ne fonctionnent pas aussi bien qu’on aurait aimé, que ce soit en terme de qualité ou parce que l’on ne sait pas d’avance quel sera le résultat. Or, si on perd ce côté expérimental, cette possibilité de donner la chance à de nouveaux projets, à de nouveaux auteurs, je pense que l’on va se racornir et faire notre métier sur des valeurs sûres, sans chercher le renouvellement, la curiosité, la surprise, qui sont au cœur même du métier de l’éditeur. Cela implique un taux de réussite et un taux d’échec. Après, je n’ai pas honte de publier beaucoup de livres. On les fait encore une fois pour des raisons sincères, pas par souci de noyer le marché. On croit dans ces projets-là. L’offre qualitative est aujourd’hui plus abondante que jamais. Il y a beaucoup d’auteurs, les blogs contribuent d’ailleurs justement à leur éclosion créative. Nous sommes, en plus, le pays le plus libéral du monde puisqu’on accueille toutes les formes de la bande dessinée : les mangas, les comics, etc. On a conquis un public féminin qui, enfin, est venu à la bande dessinée depuis dix ans… De quoi se plaint-on ? Oui, il y a une surabondance, mais comme en littérature, comme dans le cinéma… On est devenus grands. C’est un secteur qui est à maturité et qui, forcément, sera régulé par le marché. Il y aura forcément des sanctions. Il faut seulement être prêt à les affronter."

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              • Répondu par Jean-Luc Cornette le 10 mai 2007 à  18:47 :

                À propos de la surproduction, oui, il y aurait beaucoup à dire. C’est merveilleux pour les lecteurs qui ont un choix comme ils n’en ont jamais eu. Et cela même si, c’est connu, la majorité d’entre eux retourne toujours vers les mêmes choses. Pour les auteurs, à première vue, on place plus facilement nos projets. Il y a plus de possibilités que par le passé. Je ne m’en plains pas.

                Mais il y a l’autre côté du miroir. Guy Delcourt dit qu’il faut se préparer à des sanctions. On y est plus que préparé, on les vit au quotidien. À part, les 10, 20 ou 30 best-sellers annuels indéboulonnables (qui, actuellement, morflent quand même un petit peu) le reste des BD se vend deux à trois fois moins qu’il y a dix ans. Résultat pour survivre, les auteurs (et les éditeurs aussi) n’ont comme solution que de produire deux ou trois fois plus pour arriver à un niveau de vie équivalent. C’est un véritable cercle vicieux ! On produit donc encore plus. Chaque bouquin se vend encore moins. Et pour tenir le coup, on produit encore et encore et encore plus !

                C’est le genre de chose que le milieu se garde de dire pour laisser croire, avec les 3 ou 4 % des hausses de ventes annuels, que le secteur est une sorte de jardin d’Eden.

                Mais revenons à nos moutons cybernétiques, car si j’ai mis le premier post, ce n’était pas pour pleurer sur la surproduction, mais pour pointer cette aberration : les Humanoïdes Associés trouvent quand même le moyen de jouer le jeu de la surproduction et de lancer de nouvelles revues, de nouveaux albums qui en découlent et de nouveaux auteurs alors qu’ils ne sont plus en mesure, depuis des mois, de payer la plupart d’entre eux. Est-ce du mépris ou de l’inconscience ?

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