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Sti & Cromheecke :« Nous n’avons créé "L’Île carrément perdue" que pour faire rire. »

  • Allez-y voir : ce duo d’auteurs nous présente l’univers humoristique le plus fou du moment. Si le tome 1 de leur série chez Paquet est déjà sérieusement déjanté, le tome 2 s'autorise une envolée surréaliste qui augmente son potentiel. Ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de découvrir leurs pages dans {Spirou} ne devraient pas manquer de visiter l’exposition que le CBBD leur consacre, pour s'en convaincre.

Comment est né ce concept d’île peuplée de Robinson, de pirates, de singes et d’indigènes ?

Sti & Cromheecke :« Nous n'avons créé "L'Île carrément perdue" que pour faire rire. »
Sti : Pendant plusieurs mois, cet univers m’a trotté dans la tête. Je suis fan de cet esprit des Caraïbes, avec le vaudou, les pirates, etc. Ayant travaillé le projet, je m’apprêtais à le dessiner moi-même lorsque Luc m’a appelé pour me demander si je n’avais pas un scénario à lui proposer. L’occasion était trop belle pour que je la laisse passer ! Je lui ai donc expliqué le projet et, heureusement, cela lui a plu.

Est-ce que l’aspect surréaliste s’est renforcé à l’arrivée de Luc ?

Sti : Les premiers courts récits étaient déjà assez déjantés. Par la suite, je pense que Luc a déteint sur moi, et le surréalisme s’est alors taillé une part croissante. Au bout d’un temps, je lui ai effectivement demandé si certaines thématiques l’attiraient spécifiquement. Il m’a alors proposé de faire intervenir un extra-terrestre et de réaliser un épisode dans une grotte. Luc me pousse à mettre de la folie dans mes scénarios.

Les deux exemples que vous venez de citer se retrouvent dans le premier tome qui vient de paraître. Le tome 2 est déjà sorti en néerlandais. Quand le public francophone pourra-t-il observer cette évolution ?

Sti : Le deuxième tome sortira début 2015.

Luc Cromheecke : Mais vous pouvez déjà le lire au Centre Belge de la Bande Dessinée, car presque toutes les planches se retrouvent dans l’exposition, ainsi que le début du tome 3 !

On peut y trouver le StarFish Academy, ainsi que votre arrivée, à vous, les auteurs, car vous vous mettez en scène dans votre propre univers !

Sti : Nous n’avons créé L’Île carrément perdue que pour faire rire. Finalement, on se fout d’où viennent les différents protagonistes, l’île est une toile de fond et doit juste véhiculer de l’humour.

Luc Cromheecke : Spirou maintient le concept de numéros thématiques, et cela nous apporte beaucoup, car nous nous greffons sur ces thèmes pour développer de nouveaux récits. Sti aime beaucoup se lancer dans ce style de défis, comme réaliser une histoire avec les Daltons dans un numéro dédié à Lucky Luke.

Cela demande une grande réactivité !

Luc Cromheecke : Vous n’imaginez même pas. Si je demande un scénario à Sti sur un sujet, la semaine suivante, j’ai une histoire sur ma table à dessin. C’est une facilité et un rythme de production que je n’avais jamais rencontrés auparavant. Surtout quand on sait qu’il mène cinq autres série de front : c’est une machine à inventer des histoires !

Luc, vous avez accompagné le Journal de Spirou depuis une vingtaine d’années. Vous trouvez-vous en phase avec cette façon de travailler ? Et avec la rédaction actuelle ?

Sti : Je pense que Luc collabore avec Spirou depuis plus de vingt ans, car je le lisais déjà étant jeune, d’où mon enthousiasme à travailler avec lui.

Luc Cromheecke : J’ai commencé à publier dans Spirou alors j’étais encore à l’école. En trente ans, j’ai connu quatre ou cinq rédacteurs-en-chef. Je reste admiratif du travail de Frédéric Niffle. En quelques années, il a modernisé le magazine, lui a donné un réel ton en ramenant tout une série de dessinateurs français au sein du journal. C’est une grande réussite ! J’ai toujours cru qu’il y avait un lien entre mon travail et cette nouvelle vague française. En 1993, j’étais nominé à Angoulême pour Tom Carbone. J’ai pu rencontrer Lewis Trondheim dont j’admirais le travail, alors que lui-même appréciait ce que je faisais dans Spirou. Et c’est lui qui a réalisé la préface de l’intégrale de cette série, ce qui était une grande surprise pour moi. Je suis donc ravi de la direction prise par le journal.

Spirou mérite donc toujours son titre de laboratoire de la bande dessinée ? En faisant également une place à L’ïle carrément perdue !?

Luc Cromheecke : Cela demeure bien entendu un tremplin, mais c’est aussi l’occasion d’expérimenter des bandes plus folles comme notre série.

Être dans Spirou, cela donne une visibilité, mais aussi la possibilité d’être publié. Comment se sont alors déroulés les contacts avec votre éditeur actuel ?

Sti : Concernant l’édition francophone, le label Kramiek appartient aux éditions Paquet, chez qui une quinzaine de mes albums sont déjà publiés. Ce n’était donc pas très compliqué.

Luc Cromheecke : Et c’est effectivement la même réalité pour la version néerlandophone, car la quasi-totalité de mes albums sont actuellement édités chez Strip 2000.

Dupuis n’était pas intéressé par vous publier ?

Luc Cromheecke : Si, cela a d’ailleurs pris un peu de temps pour qu’une décision soit prise. Mais le thème des pirates était déjà développé par Les Campbell et Famille Pirate (chez Dargaud). Puis du côté éditorial, ce n’était pas la bonne période. Je suis très content que L’Île carrément perdue soit chez Paquet, car ils se rapprochent de Strip 2000 et d’autres albums pourraient voir le jour en français.

Sti : Effectivement, des échanges sont en cours, ce qui devrait être profitable aux deux structures.

Luc Cromheecke : Ces deux éditeurs sont très réactifs, plus que Dupuis, en français ou en néerlandais. Par exemple, j’ai proposé en avril l’idée de réaliser une intégrale de Plunk, et elle va sortir en septembre. J’ai encore d’autres idées, et je suis ravi de l’écoute de Strip 2000.

Mais d’ici là, L’Île carrément perdue tend les bras aux aventuriers perclus d’humour !

Sti : Tout-à-fait, le tiers du tome 3 est déjà fini. Luc et moi, nous nous amusons beaucoup à réaliser cette série, autant que le lecteur en prendra à la lire, j’espère !

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Concernant Luc Cromheecke, lire nos chroniques des intégrales de Tom Carbone tomes 1 et 2, ainsi que le tome 1 de Plunk.

L’exposition de L’Île carrément perdue se situe à la Gallery du Centre Belge de la Bande dessinée, jusqu’au 31 aout 2014.

Sti & Luc Cromheecke (de g. à d.)
© Daniel Fouks

Centre Belge de la Bande Dessinée - Musée Bruxelles
Rue des Sables 20
1000 Bruxelles
Tél. : + 32 (0)2 219 19 80
Fax : + 32 (0)2 219 23 76
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Ouvert tous les jours (sauf lundi) de 10 à 18 heures.

Photo en médaillon : © CL Detournay

 
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