Te dire merci - Par Yukari Takinami - Rue de l’échiquier

22 juin 2019 0 commentaire
  • Récit autobiographique d'une relation mère-filles impactée par la déclaration d'un cancer incurable, "Te dire merci" marie justesse et émotion tout en évitant soigneusement le pathos bon marché.

Les relations entre Yukari et sa mère n’ont jamais été simples, ça non. Mais elles se trouvent bouleversée lorsque celle-ci déclare un cancer du pancréas, incurable, et que les médecins ne lui donnent même pas une année à vivre. Femme forte et autoritaire, cette mère doit apprendre à composer avec la maladie et ses traitements, tandis que ses filles tentent de l’accompagner du mieux qu’elles le peuvent dans ces derniers mois de son existence.

À partir de cette trame simple et poignante, manifestement autobiographique, Yukari Takanami, mangaka qui signa la préface de l’édition japonaise des Culottées de Pénélope Bagieu, construit une chronique faite de petites situations et saynètes qui jalonnent cette période éprouvante de sa vie.

Les courts chapitres qui composent ce gros volume alternent moments d’introspection, échanges avec la mère, grandes étapes traditionnelles de l’année japonaise et préoccupations quotidiennes.

C’est bien la relation à la mère, de la part de Yukari mais aussi de sa sœur, au plus près de la malade, qui constitue le noyau à partir duquel rayonne le récit. Une relation qui évolue non seulement à mesure que progresse la maladie, mais aussi que la conscience de la spécificité de ces moments se fait chez les différentes protagonistes.

Te dire Merci s’avère touchant et sensible, sans verser dans le pathos. La mangaka prend soin de toujours ménager une part d’humour et de légèreté en dépit de la gravité du propos. Un exercice périlleux joliment réussi grâce à une justesse de ton rarement démentie et que traduit remarquablement le dessin.

Car le style de la mangaka, simpliste et volontairement caricatural, habituellement destiné à être badin, ménage à rebours un espace de précision et de délicatesse lorsqu’il s’agit de brosser le portrait de la mère. S’élabore là une figure dont le trait rompt avec le reste et dresse, à même la page, une forme de stèle pour rendre hommage, et dire merci, à la mère disparue.

(par Aurélien Pigeat)

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"Te dire merci". Par Yukari Takinami. Traduction Jean-Louis de La Couronne. Rue de l’échiquier BD. Sortie le 30 mai 2019. 180 pages. 17,90 euros.

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