Theo Van Den Boogaard : " En France, c’est l’auteur qui est encensé, tandis qu’en Hollande, c’est plutôt son œuvre ! "

18 février 2013 1 commentaire
  • Issu de la BD underground, le néerlandais Theo Van Den Boogaard est l'invité de la galerie Champaka. Durant trois semaines sera proposé au public une expo-vente autour de son personnage Léon-La-Terreur, un véritable "ouragan humain" qui a fait les beaux jours du journal l’Écho des Savanes.
Theo Van Den Boogaard : " En France, c'est l'auteur qui est encensé, tandis qu'en Hollande, c'est plutôt son œuvre ! "
Léon Van Oekel s’en tire toujours, 1980. « Tous les chemins mènent à Léon »
(Planche 1) Encre de Chine sur papier
51 x 36,5 cm

D’où vient votre inspiration graphique ?

Au début de ma carrière, je dessinais dans beaucoup de styles différents, imitant aussi bien Willy Vandersteen que Franquin, ainsi que tous les grands dessinateurs américains.

Vous aimez beaucoup Robert Crumb.

Oui, c’est vrai mais je ne l’imitais pas tant que ça. Mais c’est vrai que je m’inspirais beaucoup de sa liberté de création.

Comment est né le personnage de Léon-La-Terreur ?

Aux Pays Bas, il y avait à l’époque cet animateur Dolf Brouwers qui incarnait le personnage de Sjef Van Oekel (Léon-La-Terreur) dans des émissions de la TV néerlandaise. J’adorais ce gars ! Il me faisait rire car il y avait ce décalage entre l’image d’un homme d’un âge mur et visiblement respectable mais qui se comportait avec une telle désinvolture que je trouvais l’effet vraiment marquant.

Ce programme était créé par l’artiste néerlandais Wim T. Schippers qui m’a proposé un jour de travailler sur l’adaptation de Sjef Van Oekel en BD. Ce projet m’a obligé à changer mon style. Au début, j’étais très marqué par le coup de crayon de Franquin et cela se voit très bien dans mon premier livre édité chez Magic-Strip par les frères Pasamonik : Le design de Léon la Terreur rappelait celui de Monsieur De Mesmaeker dans Gaston Lagaffe. Mais rapidement, j’ai adopté un dessin beaucoup plus "ligne claire", à la manière d’Hergé, tout en conservant l’énergie du trait de Franquin. Je n’avais pas étudié à proprement parler le style de Georges Remi mais celui-ci m’avait influencé de manière inconsciente à l’époque ou j’étudiais la composition.

Le modèle de Léon la Terreur : l’acteur néerlandais Dolf Brouwers
Photo DR

Qu’est ce qui vous a encouragé à participer à cette exposition chez Champaka ?

Je connais Éric Verhoest depuis fort longtemps. À l’époque, il n’avait pas encore de barbe (rires) mais c’était déjà un grand professionnel de la bande dessinée et son label Champaka avait déjà une grande renommée ! Un jour, Éric est venu me proposer de participer à une expo à Lausanne. Depuis, nous avons conservé d’excellentes relations et lorsque l’idée de faire une exposition sur Léon-La-Terreur a germé, j’ai trouvé que c’était une excellente occasion de présenter mes dessins originaux.

Les publications néerlandaise et française de Léon-La-Terreur datent de longtemps maintenant. Malgré tout, j’ai toujours conservé une grande tendresse pour mes travaux de cette époque -à. Aujourd’hui, cette série est éditée en version intégrale, en petit format. C’est très bien mais je trouvais tout de même dommage que le public ne puisse pas découvrir mes travaux dans leur version originale.

Léon-La-Terreur
« Bonjour »
Léon-La-Terreur s’en balance, 1986
Impression aux encres pigmentaires - Papier pur coton Photorag
Hahnemühle 308 g - 80 x 110 cm
Tirage (FR + NL) : 5 ex numérotés & signés

Toutefois, je ressentais une certaine gêne. Je m’explique : un jour, à Haarlem, j‘ai assisté à une exposition consacrée à Hergé, en présence de Fanny Rodwell. J’ai été très marqué par l’état des originaux présentés. Ils étaient pleins de corrections. Il y avait des cases découpées et collées ici et là, etc. C’est très révélateur de la manière de travailler d’un dessinateur car on peut y voir toutes les étapes qui ont servi à faire un dessin ou à composer une planche. Toutefois, je ne crois pas que ce soit vraiment une bonne idée de montrer nos planches dans un tel état mais bon...

Theo Van Den Boogaard avec les propriétaires de Champaka Éric Verhoest (à g.) et Thomas Spitaels (à dr.)
Photo : Yves Declercq

D’où vient l’inspiration pour les gags de Léon la Terreur ?

Wim T. Schippers et moi écrivions toujours les scénarios ensemble. Wim a toujours voulu travailler ainsi. Il retranscrivait devant moi chacune de nos idées en saynètes et y ajoutait les dialogues, comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre. Puis, je retournais dans mon studio et je mettais le tout en images. Il me laissait le loisir de la mise en scène car il voulait être surpris en découvrant mes dessins.

Léon-La-Terreur fait des vagues, 1988 : « Croisement de chemins ». Encre de Chine sur papier
13 x 36,5 cm

Comment Léon Van Oekel a-t-il été publié en France ?

A l’époque, l’éditeur de L’Écho des Savanes était venu me trouver en Hollande afin de me proposer de publier la série dans son journal. Il faut vraiment lui rendre hommage car, pendant tout une année et grâce à lui, Léon était présent à la fois dans l’Écho mais aussi dans Libération et l’Humanité Dimanche, ce qui lui a fait une bonne publicité ! Mais tout cela s’arrêta au début des années 1990 car j’avais stoppé la série. Mais je ne regrette rien, car j’ai eu beaucoup de succès grâce cette BD, aussi bien en France qu’aux Pays Bas et même en Allemagne !

Pourriez-vous reprendre Léon-La-Terreur aujourd’hui ?

Votre question me rappelle une anecdote lors de ma première venue au festival d’Angoulême. En descendant de l’avion, nous étions tellement fatigués qu’en arrivant au festival, nous n’avions pas réalisé que les noms inscrits en grand sur les murs étaient les nôtres. C’est une des différences entre la France et les Pays-Bas : en France, c’est l’auteur qui est encensé tandis qu’en Hollande, c’est son œuvre !

Léon-La-Terreur
Léon Van Oekel s’en tire toujours, 1980. « Léon atteint des sommets » (Pl. 1). Encre de Chine sur papier
48 x 36,5 cm

Léon-La-Terreur a eu beaucoup de succès à l’époque et je pense qu’il a marqué une génération de lecteurs mais, aujourd’hui, il faudrait que je produise de nouvelles histoires afin de toucher un nouveau public. Je ne suis pas très chaud pour cela. Léon-La-Terreur est une œuvre née dans les journaux, certes, mais je n’aime pas trop le traitement qui est réservé à la BD dans la presse d’aujourd’hui.

En parlant d’Angoulême, votre compatriote Willem a reçu le Grand Prix au festival cette année mais cette distinction a créé une polémique. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve que cette récompense est une bonne chose car Willem est incomparable en tant qu’auteur et puis, il a beaucoup publié en France ! Ce prix lui permettra d’être le président du festival d’Angoulême 2014. C’est donc à mon sens, un juste retour des choses.

Concernant la polémique autour de son prix, je me souviens qu’à l’époque, Milo Manara avait aussi été primé pour Le Déclic et cela avait aussi généré une grande polémique. Je pense qu’il y a un peu de chauvinisme là dedans et puis, la polémique fait partie de l’histoire d’Angoulême. Cela ne me surprend pas plus que ça finalement.

Quels sont vos projets ?

J’ai toujours aimé chanter. Actuellement, je travaille sur un projet de chansons de Bob Dylan que j’illustrerai avec mes dessins. C’est un projet assez ambitieux car j’utiliserai une technique particulière. C’est encore un peut tôt pour en parler mais vous en saurez plus au moment venu.

Léon-La-Terreur
”Pourquoi nous vivons !”
Léon-La-Terreur s’en balance, 1986
Impression aux encres pigmentaires - Papier pur coton Photorag
Hahnemühle 308 g - 80 x 110 cm
Tirage (FR + NL) : 5 ex numérotés & signés

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Crédit photos - Yves Declercq pour YD Fotografie

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Galerie Champaka

27, rue Ernest Allard

B-1000 Bruxelles

Belgique

Exposition-vente

Theo VAN DEN BOOGAARD

Léon-La-Terreur / Sjef Van Oekel

15.02.2013 > 10.03.2013

Tel : + 32 2 514 91 52
Fax : + 32 2 346 16 09
E-Mail : sablon@galeriechampaka.com

Horaires
Mercredi à samedi : 11h00 à 18h30
Dimanche : 10h30 à 13h30

Parking Sablon-Poelaert (devant le Palais de Justice) : du lundi au vendredi de 7h > 24h, samedi, dimanche et jours fériés de 10h > 24h

 
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