Xavier Coste : "Avec cette biographie sur Rimbaud, j’ai essayé de comprendre pourquoi il en est arrivé à renier son oeuvre"

10 juin 2013 0 commentaire
  • Bien qu'étant un jeune auteur, Xavier Coste montre une maturité artistique certaine. Après le remarqué "Egon Schiele, vivre et mourir", une première œuvre publiée l'année dernière chez Casterman, l'auteur parisien revient ces jours-ci avec une BD sur la vie du poète Arthur Rimbaud.
Xavier Coste : "Avec cette biographie sur Rimbaud, j'ai essayé de comprendre pourquoi il en est arrivé à renier son oeuvre"
Rimbaud l’indésirable
Xavier Coste (c) Casterman

Après Egon Schiele, vous avez encore choisi un artiste maudit en la personne de Rimbaud. Pourquoi ces choix ?

Xavier Coste : Effectivement, ces deux albums ont une thématique en commun mais après, c’est une démarche complètement inconsciente de ma part, car je suis une personne qui fonctionne au coup de cœur. Les destins d’Egon Schiele et de Rimbaud sont romanesques et impressionnants, en dehors du fait que ce sont des personnalités connues.

Concernant votre BD sur Egon Schiele, quel est le bilan des ventes ?

Je m’attendais à ce que Egon Schiele, vivre et mourir passe complètement inaperçu mais j’ai été agréablement surpris de voir que mon livre avait trouvé son public et que la presse lui avait réservé un bon accueil critique. Le succès reste modeste car cette BD n’a été édité qu’à 8 000 exemplaires et on en a vendu environ 7 000. Toutefois, cette réussite m’a permis de prendre plus de libertés sur Rimbaud, l’indésirable. Casterman m’a fait confiance et on m’a laissé développer mon histoire sur 120 pages, ce qui est un luxe pour une deuxième œuvre.

Quelques extraits de Rimbaud l’indésirable
Xavier Coste (c) Casterman

Quel est le tirage de cet album-ci ?

Rimbaud l’indésirable est tiré à 10 000 exemplaires.

Avez-vous abordé différemment cette nouvelle BD par rapport à votre premier livre ? Qu’est ce qui les différencie du point de vue de l’approche ?

C’est encore une fois une biographie mais, pour autant, ce n’était pas le même travail. Il y avait très peu de documentation sur Egon Schiele, ce qui m’a poussé à faire un véritable travail de fiction autour de cet artiste. Alors que sur Rimbaud, il y a énormément de livres, d’anecdotes et de faits avérés. Je ne pensais pas que je trouverais autant de documentation ! En revanche, j’ai dû faire un gros travail de tri dans toute cette masse d’informations.

La deuxième difficulté s’est située dans la seconde partie du livre, celle qui se passe en Afrique. C’est une longue période de la vie d’Arthur Rimbaud car il y est resté plus de dix ans. Il y a eu énormément de trafics d’armes. Par ailleurs, Rimbaud y était décrit comme quelqu’un qui s’ennuyait et qui ne parlait à personne. Du coup, j’ai eu quelques appréhensions pour le second chapitre de la BD car je voulais vraiment rendre cette période passionnante. J’ai donc un peu romancé cette partie la afin qu’elle soit intéressante à lire.

Vous n’avez pas abordé l’enfance de Rimbaud dans cette BD. On le retrouve directement adulte, dans une séquence d’amputation...

Sa vie, bien que courte, fut bien remplie. C’est pourquoi, je me suis concentré sur la période de ses 16 ans jusqu’à sa mort, à 37 ans. Si j’avais dû aussi aborder son enfance, j’ai l’impression que ça aurait été trop. Et puis, je pense que ses 16 ans est un âge charnière pour lui, car c’est à cet âge qu’il a fait sa première fugue et qu’il est sorti des cadres.

J’ai eu l’occasion de présenter mon livre à plusieurs spécialistes assez réputés de la vie et de l’œuvre de Rimbaud. J’avais un peu peur de leur accueil, car je sais qu’ils sont assez durs entre eux et n’hésitent pas à descendre en flèche une œuvre sur Rimbaud qui ne serait pas au niveau. Il y a vraiment une mésentente totale entre eux ! J’avais donc des appréhensions mais finalement, ma BD a été plutôt bien accueillie.

Si il fallait faire un parallèle entre Rimbaud et Egon Schiele, qu’est ce qui les rapproche et qu’est-ce qui les différencie, selon vous ?

Ce qui les rapproche, c’est la fulgurance de leur art. Schiele a peint quasiment tous ses tableaux à l’âge de 23 ans. Quant à Rimbaud, il y a une période de deux ou trois ans de sa vie qu’il a exclusivement consacrée à l’écriture. Il avait une ambition phénoménale, car il n’a fait qu’écrire des textes et des poèmes. Pendant les dix années restantes, il a par contre cherché à balayer cette période de sa vie. C’est ce qui m’intéressait dans cette biographie. Je voulais comprendre comment et pourquoi il en est arrivé à se renier ainsi.

Comment avez-vous abordé graphiquement ce livre ?

Je voulais offrir un changement par rapport à Schiele car son livre se passait en Autriche. Les couleurs y étaient plus sombres.

Pour Rimbaud, le livre se passe en deux parties. La partie parisienne était plus mélancolique que la partie africaine. Je voulais vraiment que l’on sente le soleil dans le second chapitre du livre. J’ai donc travaillé plus en aplats et sur les contrastes. J’ai été beaucoup plus à l’essentiel dans mon dessin.

Quels sont vos prochains projets ?

J’ai commencé à travailler sur une fiction historique mettant en scène Paris, durant les inondations en 1910. Je suis en pleine écriture du scénario et il sera question d’un braquage. Ce qui m’intéresse surtout dans ce projet, c’est de montrer une ville aussi importante que Paris paralysée pendant un mois.

Vous semblez être naturellement porté sur les sujets historiques.

Oui et encore plus sur l’histoire de Paris. C’est peut être dû au fait que j’y vis mais je suis gagné par une sorte de "boulimie parisienne". Plus j’en apprends et plus j’ai envie de mieux la connaitre. D’ailleurs, cette ville a été l’un des moteurs de mon travail sur Rimbaud. J’ai découvert qu’il avait vu Paris complètement détruite pendant la période de la Commune, qui eut lieu du 18 mars 1871 au 28 mai de la même année. J’ai voulu en savoir plus et c’est comme cela que je suis tombé sur un tas de photos de Paris complètement inondée en 1910. Il y a quelque chose de magnifique de voir la capitale française ainsi, comme une sorte de Venise et j’ai envie de partager ce sentiment avec le public.

(par Christian MISSIA DIO)

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