Le Quatrième Monde T3 - Par Jack Kirby - Urban Comics

16 mars 2017 4 commentaires
  • Avant-dernier tome de l’un des chefs d’œuvre du "King of Comics", un album aussi foisonnant que chaotique, indéniablement fascinant et avec son lot d’épisodes cultes. Toujours incontournable.

Urban Comics poursuit la publication de Quatrième Monde de Jack Kirby au rythme d’une sortie tous les ans avec ce troisième et avant dernier tome. De nouveau un album très épais, 400 pages, qui nous propose quatre séries partageant le même univers dans lequel ses nombreux personnages ne cessent d’être confrontés à des menaces toujours plus incroyables les unes des autres.

La lutte entre les Néo-Dieux de Néo-Genesis et ceux Apokolips fait ainsi toujours rage, mettant en scène des personnages devenus cultes de nos jours. D’un côté les bons avec entre autres le Haut Père, Orion, Lightray et les Forever People, de l’autre les mauvais, à savoir Darkseid, Desaad, Mamie Bonheur, Kalibak, Glorious Godfrey, Steppenwolf ou encore les Folles Furieuses, et ceux qui traversent cette guerre selon leur propre modalité : Métron, Mister Miracle, Big Barda, le Black Racer, etc.

Si nous ajoutons les autres nombreux Néo-Dieux secondaires créés par Jack Kirby, sa reprise d’anciens personnages comme la Légion des Petits Rapporteurs et l’inspecteur Dan Turpin, et la présence de Jimmy Olsen, Superman et même d’Intergang, le récit du Quatrième Monde regorge de personnages et de situations qui s’entremêlent dans un joyeux chaos qui fait pourtant sens et dont Jack Kirby a toujours eu le secret.

Dans ce troisième tome [1] toutes les pièces du puzzle sont en place, et outre les diverses confrontations dont nous sommes désormais coutumiers, c’est aussi l’heure de quelques révélations. Ainsi, avec l’épisode remarquable « Le Pacte », nous découvrons les origines de cette grande guerre. Jack Kirby mêle avec brio amour, tragédie, destin, intrigue de palais et secret en tout genre pour l’une de ses meilleures histoires, et également l’une de ses favorites comme il le révélait souvent en interview !

Le Quatrième Monde T3 - Par Jack Kirby - Urban Comics
La grande guerre originel entre Néo-Genesis et Apokolips
© Jack Kirby / DC Comics / Urban Comics

Une autre de ses histoires favorites se trouve également présente dans cet album et dans laquelle l’inspecteur Dan Turpin s’interpose entre Orion et Kalibak, lors d’un combat titanesque, dans le but de protéger la population ! Personnage indéniablement marquant, Dan Turpin sera par exemple repris dans la série Superman : The Animated Series de Bruce Timm… remodelé avec l’apparence de Jack Kirby lui-même !

Album des origines, Jack Kirby revient également longuement sur les origines de Mister Miracle avec son retour à Apokolips. Accompagné de Big Barda, ce retour ravive comme il se doit des souvenirs fort douloureux… mais aussi nous fait découvrir qu’une étincelle d’espoir insoupçonnée était jadis cachée dans les tréfonds de la planète infernale.

Au programme également, une vieille idée de Jack Kirby qu’il a malheureusement à peine le temps d’esquisser, celle de Superman découvrant « Superville », la cité des Néo-Dieux de Néo-Genesis. Entre ces murs le célèbre Kryptonien s’y révèle « normal », voire banal, rendant vain son statut de super-héros et l’amenant à s’interroger sur sa place dans le monde. Une idée intéressante, portée par quelques bonnes situations et des dialogues justes, mais indéniablement trop rapidement jetée en fin de tome, mais cela pour une bonne raison : Le Quatrième Monde touche à sa fin et se terminera dans le prochain tome.

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Big Barda et le Folles Furieuses en action
© Jack Kirby / DC Comics / Urban Comics

Le King n’aura pas eu le temps de développer jusqu’au bout son grand récit épique, et aura dû à s’accommoder vers la fin de quelques demandes de son éditeur, comme la présence de Deadman dans les pages des Forever People… alors qu’il n’appréciait pas le personnage !

Cependant, si ce troisième tome riche en révélations et en séquences hors norme amorce la dernière ligne droite du Quatrième Monde, Jack Kirby comme à son habitude avait encore de nombreuses idées fascinantes à coucher sur le papier… comme les Bestioles qui apparaissent dans l’épisode neuf des New Gods : des créatures humanoïdes vivant sous la surface de Néo-Genesis, organisées telles des fourmis, cherchant et volant leur nourriture… et méprisés par les Néo-Dieux qui les extermineraient bien !

Riche à foison de personnages et de concepts, de combats de titans et de questionnements sur la guerre et le divin, le tout sous l’écrin graphique et narratif inimitable du « King of Comics », Le Quatrième Monde demeure cette épopée incroyable qui n’a rien perdu de sa puissance renversante plus de quarante ans après !

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Le monde des Bestioles ou celui du plus fort
© Jack Kirby / DC Comics / Urban Comics

(par Guillaume Boutet)

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Le Quatrième Monde T3. Par Jack Kirby. Traduction Laurent Queyssi, Patrick Marcel & Jérôme Wicky. Urban Comics, collection "DC Archives". Sortie le 27 janvier 2017. 400 pages. 35,00 euros.

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Le Quatrième Monde sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1,
- Lire la chronique du tome 2.

La Collection "DC Archives" d’Urban Comics, sur ActuaBD :
- Kamandi T1,
- Kamandi T2,
- Batman la Légende T2,
- Green Arrow & Green Lantern,
- O.M.A.C. par Kirby,
- Flash, la légende T1.

[1Les épisodes contenus dans Le Quatrième Monde T3 sont :
- Superman’s Pal Jimmy Olsen #146-148 (décembre 1971 à février 1972),
- Forever People #7-10 (décembre 1971 à juin 1972),
- New Gods #7-10 (décembre 1971 à juin 1972),
- Mister Miracle #7-9 (janvier 1972 à mai 1972).

 
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4 Messages :
  • A ce moment , au début des années 70, alors que la décennie précédente ,arrivé à maturité et fort de son vécu ,il a révolutionné la narration dans les comics, impliquant le lecteur comme jamais auparavant avec un succès considérable :Jack Kirby ,le "King of Comics" esthétise de plus en plus ses planches de BD et perd des lecteurs en conséquence.
    Après celle des années 50 que Kirby avait largement contribué à mettre à plat, l’industrie des comics ne va pas tarder à connaître une nouvelle crise sérieuse, qui cessera début 80 avec le succès inattendu de la série qui met en scène les nouveaux X-men chez l’éditeur concurrent Marvel ;série qui par rebonds relancera les ventes de la plupart des éditeurs en place.
    Cette crise de l’industrie des comics des années 70 ,coûtera la tête de Carmine Infantino , autre légende des comics, devenu le grand responsable éditorial chez DC Comics qui ,lui-même, aura coupé les ailes de Kirby dans cette affaire, faute de ventes conséquentes. Kirby qu’infantino avait fait venir chez DC.Kirby le graphiste qui allait gagner définitivement le coeur des esthètes au détriment des lecteurs purs et durs, pour finir sa carrière dans un relatif anonymat, peu conforme avec sa dimension.

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    • Répondu par Zot ! le 17 mars à  22:27 :

      Il y a peut être une dégénérescence du talent, une forme de paralysie cérébrale qui contrôlant le talent du trait, condamne les auteurs vieillissant à ne plus produire que des sous-produits caricaturaux de leurs grandes oeuvres. Il me semble que c’est la même chose chez beaucoup d’auteurs français ou belges, hélas... Mais on ne peut leur reprocher d’avoir TOUT donné pendant les vingt ou trente premières années de leur carrière. Ensuite, c’est la machine qui tourne en rond....comme un disque rayé sur une platine...

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      • Répondu par Pascal Aggabi le 18 mars à  10:43 :

        Vous avez raison, mais Jack Kirby, lui, n’a pas régressé, il est même resté très solide jusqu’au bout. Il a seulement évolué vers une plus grande stylisation de la forme, presque une abstraction, au demeurant magnifique plastiquement mais qui s’ est faite au détriment de la représentation dans le domaine du vivant. Un domaine dont le lecteur a besoin pour s’ imprégner au mieux dans l’histoire qui lui est proposée , pour la vivre comme s’il en était le protagoniste.
        Le lecteur d’histoires dessinées a besoin de certains repères "signifiants" difficilement contournables , qui s’ adressent en grande partie à son inconscient ;la BD, l’art séquentiel est avant tout une ecriture.
        Une trop grande esthétisation créé une distance , une froideur, une rupture.Le lecteur pur et dur n’y trouve pas toujours son compte.

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        • Répondu par Zot ! le 18 mars à  23:38 :

          Voilà, donc on savait depuis 1970 environ (passage à la DC) que le dialogue n’était pas vraiment le point fort du King. Ensuite, il y a sans doute la lassitude et un certain manque d’enthousiasme qui poussent à accepter des travaux alimentaires (Vous avez lu ses Super-Powers chez DC où le trait pousse plus vers le cartoony que vers l’abstraction ?), puis c’est vrai que ses comics sont apparus ringards à coté des stars comics de la fin des années 80 (McFarlane, Lee et Liefeld, notamment), et son passage sur le dessin animé n’avait pas contribué à raviver la flamme. J’étais à New-York à l’été 90, ses planches étaient proposées entre 20 $ et 80$, pour une splash. Il aura fallu attendre sa mort, puis l’issue de longues procédures judiciaires, la publication du Jack Kirby Collector Journal et enfin la publication en librairie de ses oeuvres chez Marvel et DC sous différentes formes (Masterwoks, Essential, Omnibus, etc) pour que son apport essentiel et fondamental soit reconnu de tous post-mortem.

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