419 African Mafia - Par Dedola & Bonaccorso - Ankama Editions

30 mai 2014 0 commentaire
  • Un musicien plonge dans l'univers glauque des trafics de la mafia nigériane pour les beaux yeux d'une prostituée. Un polar prenant.

Mino est un jeune musicien qui vit à Lyon. Sa vie prend un tournant inattendu lorsqu’il tombe amoureux de Grace, une prostituée nigériane aux prises avec des traficants d’êtres humains. Décidé à l’aider à s’émanciper de sa condition d’esclave, Mino met progressivement un pied dans le monde du crime et se constitue un dangereux réseau.

419 est le numéro de l’article du code pénal nigérian condamnant un système d’escroquerie soutirant de l’argent aux victimes, via Internet et les réseaux sociaux.

Le point fort de cet album réside dans son aspect réaliste, et l’important travail de documentation de son scénariste Loulou Dédola, également auteur du documentaire French Connections - au cœur des nouvelles mafias, diffusé en janvier 2014 dans l’émission Spécial investigation de Canal+.

Par exemple, les personnages parlent le langage de la rue appelé le pidgin, du broken english, un mélange d’anglais et de dialectes nigérians, dont les dialogues nécessitent très souvent une traduction en dessous des cases. Cet aspect apporte une authenticité à l’album, le lecteur se prend ainsi à savourer autant l’aspect documentaire que l’intrigue policière.

419 African Mafia - Par Dedola & Bonaccorso - Ankama Editions
©Bonaccorso/Ankama Editions

Visuellement, l’album est loin d’être impressionnant au premier coup d’œil. La couverture manque d’impact, et le dessin de Lelio Bonaccorso comporte quelques maladresses. De plus, les images sont peu mises en valeur par une mise en page trop dense ne permettant pas aux visuels, et notamment aux scènes d’intimidation et de fusillades, de tirer leur épingle du jeu.

Cependant, les ambiances brunes et aux tons chauds créent mine de rien une atmosphère immersive mettant en valeur le scénario, et son univers lié à la prostitution, mâtiné d’un soupçon de culture vaudou.

Enfin, le dernier point négatif réside dans la fin bâclée de l’album. On assiste en effet à un déséquilibre flagrant au fil des quatre dernières pages, qui laisse une impression mitigée au lecteur, comme si nous étions privés de la fin légitime de ce polar singulier.

Au final, ce 419 African Mafia bénéficie d’une atmosphère prenante qui permet à l’album, sans mauvais jeu de mot, de se laisser lire d’une traite. Le basculement progressif du musicien Mino vers l’univers des gangsters est intrigant, même s’il reste en retrait derrière l’histoire d’amour qui constitue le thème principal de l’album.

©Bonaccorso/Ankama Editions

En éditant ce one shot au sein du label Hostile Holster, les éditions Ankama persistent dans leur recherche de polars originaux véhiculant des univers forts. La mafia nigériane succède ainsi aux magouilles politiques néo-zélandaises imaginées par Caryl Férey sur Maori, au périple franchouillard humoristique Pizza Roadtrip (par Cha et Eldiablo), aux sacs de nœud mafieux de la côte Ouest américaine de Viktor Kalvachev sur Blue Estate, ou encore au Mafia Tabloïds du même Bonaccorso, inspiré d’une histoire vraie survenue en Italie.

(par Thomas Berthelon)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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419 est également un long-métrage en cours de production, écrit par Loulou Dédola et réalisé par Eric Bartonio, avec Richard Bohringer

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