Alix T. 38 : Les Helvètes – Par M. Jailloux et M. Bréda – Casterman

2 décembre 2019 2 commentaires
  • « Alix chez les Helvètes ». À quelques lettres près, on dirait une aventure d’Astérix, mais cette aventure, contrairement de celles du Gaulois à la potion magique, est basée sur un fait historique avéré : la migration des Helvètes en Gaule, prétexte à de nouvelles victoires pour le général romain.

Pour des raisons qui sont encore aujourd’hui inconnues, vers -60 av. J.-C., les Helvètes migrèrent vers le pays des Gaulois. Cet événement joua un rôle important dans la Guerre des Gaules, chose que nos auteurs d’Alix n’ignorent pas. C’est pourquoi ils décident de mener notre blond Gallo-Romain en mission secrète chez les Helvètes, mandaté par Jules lui-même.

Le récit de Mathieu Breda et de Marc Jailloux regorge de références historiques solidement appuyées : sur celles du général romain et de ses commentaires bien connus rapportés dans La Guerre des Gaules, qui est en réalité une suite de rapports de batailles destinée au sénat romain ; sur les travaux des historiens de la période, dont Jérôme Carcopino (qui inspira aussi Astérix...) fut l’un des pionniers ; sur les travaux récents des archéologues suisses qui ont fait évoluer le regard que les historiens ont eu sur le sujet.

Alix T. 38 : Les Helvètes – Par M. Jailloux et M. Bréda – Casterman
Alix T. 38 : Les Helvètes – Par M. Jailloux et M. Bréda
© Casterman

Le fait majeur de cette période est la Bataille de Bitracte qui se conclut par un triomphe pour l’armée romaine pourtant inférieure en nombre et qui aboutit à refouler les Helvètes chez eux afin qu’ils contiennent les invasions germaniques. Peut-être est-ce le souvenir de cette migration qui fait que, de nos jours, les Helvètes se méfient tant des migrants…

Trop propre...

Le cahier de charge : « apprendre l’histoire en bande dessinée », imposé par Jacques Martin et ses héritiers, est respecté. La BD de Breda et Jailloux se moule dans le modèle martinien jusque dans le trait : c’est celui, vériste, de la période « Iorix le grand  » ; dans les couleurs, grâce à Jean-Jacques Chagnaud, un des meilleurs coloristes de France ; et donc dans la restitution historique où les mœurs des Helvètes, leur religion et leur organisation sont relatés au mieux de la connaissance historique actuelle de ces peuples.

Alix T. 38 : Les Helvètes – Par M. Jailloux et M. Bréda
© Casterman

Mais il faut bien le dire, le souffle de l’aventure -celui que l’on a connu dans Le Sphinx d’or, la Griffe noire ou Le Dernier Spartiate- est un peu absent de cette histoire honorable dont les personnages sont un peu trop caractérisés et les fils scénaristiques un peu trop voyants, à la limite du fan service. La série gagnerait à mieux se recentrer sur les personnages, leurs psychologies, leurs attentes personnelles et leurs ambitions.

Tout cela est trop propre, réputation suisse oblige, direz-vous. Peut-être y manque-t-il l’ambigüité martinienne. On aimerait bien qu’un bout de pain tombe dans la fondue, histoire qu’Alix ait un gage au lieu de jouer, comme ici, aux ectoplasmes.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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