Tebo : « Avec Zep sur "Captain Biceps", on se titille, on se cherche réciproquement, pour tirer le meilleur de nous-mêmes. »

2 décembre 2019 0 commentaire
  • Récemment auréolé d’un Fauve jeunesse et d’un prix Saint-Michel jeunesse, Tebo revient avec un septième tome très attendu de "Captain Biceps", la série qu’il réalise avec Zep depuis plus de quinze ans.

Plus de cinq ans nous sépare du précédent Captain Biceps. Pourquoi ce certain délai en attendant ce nouveau tome ?

Tebo : « Avec Zep sur "Captain Biceps", on se titille, on se cherche réciproquement, pour tirer le meilleur de nous-mêmes. »Parce que Zep et moi, nous étions chacun occupé de notre côté. Puis, nous aurions aussi pu ne plus réaliser de nouveau Captain Biceps, et nous arrêter là.

Cela signifie que vous n’aviez plus d’envies ? Ou plus d’idées ?

Lorsque nous nous retrouvons Zep et moi, on commence bien sûr par échanger des nouvelles, puis par rigoler. Enfin, on finit toujours pas parler boulot. Ces derniers temps, lorsqu’il voulait me proposer une collaboration, c’était plus pour co-scénariser ou suivre un autre dessinateur, ce qui ne me bottait pas spécialement, ou alors il me donnait des idées pour lancer une nouvelle série… Finalement, je lui ai dit : « Franchement, je préfère qu’on refasse un Captain Biceps » ! Et on s’est amusés comme des fous !

Quel est le moment le plus fun lorsque vous dessinez un album de la série ?

Lors de la préparation ! J’arrivais avec ma liste de super-héros, et on partait sur des délires pendant 2-3 jours. On a le même humour, c’est pour cela qu’on est devenus amis. De ce ping-pong, Philippe repart en Suisse avec des notes, et il écrit des scénarios sous forme de storyboards qu’il m’envoie. Je valide ce qui est bon, je renvoie ce qui est mauvais, puis je me mets au dessin. Lorsque j’envoie mes planches, Zep garde aussi son œil critique. Sur certaines planches, il me dit : « Oulà, tu t’es ramolli sur les bagarres, tu dois mettre plus d’énergie. ». Alors je me remets au travail pour trouver de meilleures idées, comme ce concept de la réaction en chaîne du coup de poing, qui génère une sortie de la boîte crânienne qui sort lui-même le cerveau. Dans le même temps, je me permets aussi de lui mentionner quand ses histoires ne sont parfois pas assez drôles. Bref, on se titille, on se cherche réciproquement, pour tirer le meilleur de nous-mêmes.

Qui est le plus trash d’entre vous deux ?

Le public croit souvent que je pervertis Zep, mais je peux vous assurer que je dois souvent le freiner ! Sur cet album, en réalisant le chemin de fer sur base de son scénario, j’ai remarqué que cela virait un peu trop souvent dans le domaine scatologique, et je lui ai dit de se calmer.

Vous préférez limiter ce registre car avec ce septième tome, votre série devient de plus en plus un univers à part entière et qu’il ne faut pas le dévoyer ?

Non, je pense qu’on peut aborder ce registre tant que cela reste exceptionnel. Le public a parfois l’impression que ce domaine est régulièrement abordé dans les albums, mais lorsqu’on réalise un décompte page par page, on remarque qu’il y a en a peu, mais qu’il marque plus intensément les lecteurs. Pour le coup, je dois avouer que nous avons explosé les scores dans ce septième opus.

Si d’anciens de vos super-héros sont bien présents, cette nouveauté se caractérise surtout par une nouvelle galerie de surhommes inédits. C’était votre envie : renouveler un peu la donne ?

J’avais effectivement envie de dessiner Superman ou Spider-Man car on les avait précédemment peu vus. Dans le même temps, avec la vague Marvel qui a envahi les cinémas, même ma mère connaît ces super-héros, ce qui nous a permis d’incorporer Thanos par exemple, ce qui aurait impossible dans le tome 6. Ce qui a aussi permis de renouveler la série, car auparavant, soit on se limitait aux ultras-connus, soit on les inventait nous-mêmes.

Ce regain du Comics représente donc du pain bénit pour Captain Biceps ?

Bien sûr ! Etant enfant, je prenais beaucoup de plaisir à dessiner les super-héros ou les super-méchants, mais à ma façon. Pour le coup, je m’amuse énormément en agrandissant le registre. Nous avons d’ailleurs même dû nous limiter. Zep voulait utiliser Deadpool, mais je le trouvais déjà trop drôle à l’origine, ce qui rend l’exercice assez compliqué et peu utile.

Vous avez volontairement laissé les décors à l’arrière-plan, voire les supprimer, pour vous concentrer sur les trognes et les castagnes ? Vous prenez de plus en plus de plaisir à pousser le curseur encore plus loin ?

Je pense que l’évolution par rapport aux premiers tomes est entre autres due à l’évolution de mon dessin. Le personnage lui-même a évolué. Il avait tout d’abord des énormes poings, mais c’était très compliqué dès qu’il devait réaliser des activités classiques, comme manger par exemple. Puis la série devait implanter son univers. Maintenant que l’on connaît ses codes, on peut parfois faire abstraction de certains décors pour se concentrer sur les personnages.

En parlant de personnages, vous vous êtes vous-mêmes mis dans votre album ?

Pas du tout ! C’est Zep qui m’a mis dans l’album, et j’étais bien obligé de me dessiner ! Car je n’éprouve pas de plaisir particulier à me dessiner. C’est un gag récurrent pour Zep, car il m’avait déjà placé dans Titeuf et dans Les Chronokids. Alors en tant que co-scénariste, je me suis vengé en plaçant Zep sortant son chien.

Une des marques de fabrique de la série reste bien présente dans cette nouveauté : les grandes doubles-pages qui déconstruisent et assurent de nouvelles voies de lecture en BD ? D’où tirez-vous ce plaisir qui doit être si complexe à mettre en œuvre ?

De Philémon, je pense. Lorsque Fred le dessinait se baladant d’une page à l’autre. Ou ces doubles-pages font partie de la série, elles proviennent de mon envie de dessiner un réel combat entre deux personnages, tout en maintenant une vraie chute en fin de gag : une planche ne me suffisait alors pas. Cela a d’ailleurs provoquer une petite part de jalousie de la part de confrères : dès le premier tome, Tarquin et Dorison sont respectivement venus me trouver en me disant qu’ils auraient eu super envie de réaliser cette série. Je profite donc d’un double retour : les lecteurs en dédicace ainsi que les copains auteurs de BD, ce qui reste assez gratifiant.

Captain Biceps vs. Stan Lee
© Glénat / Dessin : Tebo

Le gros avantage de la série est qu’elle est multi-générationnelle : on peut la lire avec le degré que l’on désire, car finalement, un seul s’y retrouve, le premier degré !

Oui, en dédicace aujourd’hui, un gamin de 9-10 ans précédait un lecteur de 72 ans, un français vivant aux Etats-Unis qui lit la série depuis ses débuts.

La série évolue également. On retrouve ainsi plus de petits encarts en 4 cases, qui marquent des pauses entre les grosses castagnes. Est-ce une envie créer un rythme dans l’album, des respirations ?

Bien sûr ! De plus, Zep a écrit pleins de scénarios pour l’album, tellement qu’on a dû en mettre à la poubelle. Puis d’autres sont parfois un peu redondants : dans le gag, le style ou la chute. Or je n’aime pas répéter dans le dessin : on décide alors d’en garder certains pour le tome 8, ou alors je varie les postures de combat pour éviter tout effet de lassitude. Du point de vue scénaristique, c’est pareil : j’ai l’habitude de relire tous les albums afin de commencer à travailler, et si je détecte un élément qui se rapproche d’un gag déjà réalisé, je le mentionne à Zep. Et je ne lâche pas l’affaire, car je trouve qu’un album coûte cher, et je veux être certain que le lecteur en aura pour son argent !

Pour être certain d’assurer, est-ce que vous réalisez beaucoup de croquis avant de vous lancer sur la planche ?

Énormément ! Je fais une série invraisemblable de croquis avant de trouver une posture qui me conviennent pour un seul dessin. Je reviens aussi régulièrement en arrière sur ce que j’ai dessiné auparavant. Je réalise aussi beaucoup de storyboard pour m’assurer que l’enchaînement sera le plus efficace. Pour revenir au crâne qui décroche le cerveau, j’avais eu cette idée il y a longtemps, je l’avais notée dans un carnet en attendant de la replacer à bon escient. Je vais d’ailleurs réaliser quelques statues des plus beaux combats de Captain Biceps chez Fariboles.

Cela signifie que vous continuez de crobarder Captaine Biceps à tout moment. Comme voyez-vous l’avenir de la série ?

Zep et moi ne l’avons jamais vue comme une série commerciale, avec une sortie annuelle. La série prend sa force dans les retrouvailles entre Zep et moi, les délires qu’on se prend à parler de Captain Biceps dans les restos ou les chambres d’hôtels. Bref, Captain Biceps est un vrai plaisir qu’on partage à nous deux, à notre rythme. Et cela restera ainsi !

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

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