Ange (1/2) : « "Jack Black" est, comme "La Geste", un moteur d’histoires »

12 janvier 2012 3 commentaires
  • Nouveau héros pour les scénaristes réputés que sont Ange : dans les pas d'un James Bond trop beau pour être honnête, ils livrent le secret d'une agence qui forme de super-agents-secrets. Inventivité, punch, clins d’œil, une série bien partie pour délivrer son lot de surprises et de péripéties !

Cette nouvelle série, dont le premier tome paraît le 18 janvier, se compose ainsi : depuis les années 1880, Jack Black est au service secret de sa majesté.
 Jack Black est plus qu’un agent. C’est une fonction, une arme, une solution. Toujours différent, il est l’histoire que se racontent les Forces Spéciales Britanniques pour s’endormir le soir, avant un assaut sur une ambassade, il est le cauchemar et souvent la dernière vision de ses adversaires...

Le duo de scénaristes Ange innove avec cette nouvelle agence qui se met au service d’un seul surhomme, pour personnaliser cette légende. Comme pour La Geste des Chevaliers dragons, nous sommes donc face une idée : au lieu d’une vierge qui peut combattre un dragon, il s’agit d’un homme dont on a dopé le potentiel biologique, de laquelle une multitudes de scénarios peuvent découler. C’est en tout cas ce que souhaitent les scénaristes...

D’emblée, les premières pages de Jack Black sont un clin d’œil à 007, avec la séquence d’ouverture de GoldenEye. Vous faites d’ailleurs souvent référence à Ian Fleming : une façon de moderniser son James Bond ?

Ange (1/2) : « "Jack Black" est, comme "La Geste", un moteur d'histoires »Comme on le voit dans l’album, c’est plus Ian Fleming qui a utilisé Jack Black pour écrire James Bond que le contraire... On sait tous que Ian Fleming était agent du renseignement de la marine durant la guerre. C’est ce qui lui a donné l’idée d’écrire James Bond... Mais on va un tout petit peu plus loin en révélant qu’il a écrit James Bond en prenant Jack Black comme modèle, car même si le premier tome de Jack Black se passe de nos jours, le service est en place depuis bien longtemps avant le premier James Bond qui date de 1953 ! En ce qui concerne les premières pages et pour ne rien déflorer, c’est juste ce qui devrait vraiment se passer si les films d’action étaient traités de façon réaliste...

On parle souvent des "nouveaux soldats", des surhommes dopés par la science. Est-ce votre porte d’entrée pour lancer Jack Black ?

Le concept du super-soldat existe depuis la nuit des temps et dans toutes les civilisations, que ce soit Achille, Cú Chulainn ou Captain America... simplement, si on veut faire un thriller, c’est plus facile de donner une origine technologique (en opposition au mystique), aux capacités de notre héros... Donc, Jack Black est un pur produit de la technologie de son époque. Et qui dit "son" époque dit que si l’époque est différente, la technologie et les capacités le seront également... Paradoxalement, nous voulons réaliser une série réaliste : dans la vraie vie, quand quelqu’un prend une balle, il tombe ; il faut donc trouver des solutions pour expliquer comment nos personnages peuvent continuer à courir avec quelques balles dans le corps.

Entre terrorisme bactériologique et services ultra-secrets, on s’éloigne quelques peu de la Geste et autre Heroïc Fantasy. Est-ce que vous avez besoin de toucher à d’autres thématiques pour vous ressourcer ?

Ce n’est pas comme si on écrivait que de l’Heroic Fantasy. On a déjà deux ou trois thrillers à notre actif, ainsi que de la SF... Ceci dit, une série de thriller est plus risquée à proposer au public et ce, même si des séries comme XIII ou Largo Winch existent et on un succès énorme. Mais malheureusement, la grande majorité de ces lecteurs de séries qui vendent à plus de 150.000 exemplaires séries ne mettent quasiment pas les pieds en librairie spécialisée ou dans les rayons BD, et ne poseront même pas un œil sur Jack Black ! Les têtes de gondole sont faites pour que les livres se vendent sans que les lecteurs se déplacent. Une très grosse partie du tirage de XIII se vend en face des caisses ou dans le hall des Fnac/Virgin. Pareil pour Astérix et Blake et Mortimer ! Et quand tu as un album qui a un tirage "normal", qui ne bénéficie pas de super-promo, de PLV ou de Box, alors ces lecteurs-là ne te connaissent pas et ne se posent pas la question de savoir si tes albums pourraient les intéresser...

Effectivement, tous les auteurs recherchent ce type de succès, que vous avez d’ailleurs atteint d’une certaine façon avec Les Blondes, une raison pour varier les genres ?

Un scénariste ou un auteur en règle générale n’est pas obligé de se cantonner à un seul genre. C’est très français comme attitude de mettre les gens dans des cases et, effectivement, c’est ce qui nous a poussé à prendre un pseudo de plus pour Les Blondes, puisque nous avons pensé (à tort ou à raison) que personne ne nous suivrait sur ce terrain-là sous notre nom le plus connu.

Pour revenir à Jack Black, vous multipliez les références (séries, meurtriers connus, films, etc) pour ancrer votre héros dans la réalité ?

Ah, mais Jack Black se déroule dans le monde réel. Les menaces sont réelles, les réponses à ces menaces aussi, et donc les références, qu’elles soient culturelles ou géographiques, le sont également. Le réseau secret sous Londres existe, les laboratoires de l’armée soviétique en Ukraine aussi, vous pouvez boire une pinte dans le Pub que l’on voit dans l’album, tout est véridique. On vit à l’heure de l’hyper-terrorisme, nous sommes au bord d’un gouffre économique sans fond et nous sommes prêts à faire un grand pas en avant. Tous les peuples se replient sur eux-mêmes et vers des nationalismes plus ou moins extrêmes. Franchement, il ne faut pas chercher plus loin. Tous les thrillers s’appuient sur le monde réel, même James Bond.

Psychologiquement parlant, c’est rare de voir le bon gosse faire fondre toutes les poupées, alors qu’il est marié et papa. Une envie de bousculer les genres en faisant le roi des phéromones ?

Nous voulions encore une fois répondre à une question : ça n’a jamais étonné personne de voir Roger Moore faire craquer toutes les minettes dans James Bond alors qu’il pouvait être leur grand-père et qu’il avait du mal à se déplacer ? Il était forcément aidé et pas seulement par le viagra ! Pour agir à de tels niveaux inconscients, rien de tel que les phéromones. Jack Black est donc un véritable mâle alpha, il attire les femmes et les hommes ont envie de servir sous ses ordres. C’est plutôt pratique dans son domaine d’activité ! Après, c’est une question de conscience : il est effectivement marié, papa, mais à la base c’est un soldat des forces spéciales et souvent, le métier passe avant la famille...

Plus globalement, situeriez-vous la série dans le style des super-héros, ou plutôt comme une prise de conscience écologique d’une humanité qui court à sa perte en consommant tout ce qu’elle détient ?

Jack Black est un thriller dont le héros est un personnage d’exception. Comme James Bond, Jack Bauer, Jason Bourne... (tiens, tiens, toujours ces initiales... décidément, le programme Jack Black a eu des fuites !), et qui dit personnage d’exception dit menace d’exception. Il y a des scènes dans Jack Black qu’on ne voit pas habituellement dans la BD franco-belge, parce qu’Afif Khaled a assimilé des procédés "comics" et les a adaptés à la narration franco-belge. Et ça permet à l’écriture du scénario de le pousser un peu plus dans ses retranchements. On pourra discuter longtemps de savoir si le "méchant" du premier tome est justement un méchant ou un visionnaire... Mais en tout cas, ce n’est pas une prise de conscience écologique, du moins au sens électoral du terme. C’est plus une prise de conscience globale. Nous sommes trop nombreux sur notre planète et nous en consommons trop vite les ressources, je crois que nous sommes tous d’accord là-dessus. Notre méchant du premier tome, Sir Richard Nicholas, pense avoir la solution à ce problème et les moyens de la mettre en œuvre... Qui sommes-nous pour lui dire qu’il a tort ou qu’il exagère un peu ?

Comment va se comporter la série ? Déjà une idée d’un second tome sans trop se répéter ?

Ce n’est pas nous qui décidons du comportement de la série, mais les lecteurs. Si Jack Black rencontre un public, nous espérons continuer le plus longtemps possible, comme tous les auteurs de fiction. Jack Black est comme la Geste, c’est un moteur d’histoires. Potentiellement et sans dévoiler trop de choses, nous couvrons la période qui s’étend de la fin du XIXème siècle à nos jours. Il y a de la place pour de nombreuses aventures, des traitements radicalement différents... Après le premier tome de la Geste, on nous a posé les mêmes questions pour savoir comment allions-nous éviter les répétitions. Cette série compte pour l’instant 13 tomes et ils sont tous différents, dans les histoires, les traitements, les conflits... Comme pour la Geste, le tome 2 de Jack Black sera lié au tome 1, tout en demeurant complètement indépendant. On en découvrira plus sur les personnages secondaires y compris Vera, la "secrétaire" du programme Jack Black. En fait, il y a des « easter eggs » partout dans Jack Black ! Juste pour ActuaBD, on va en révéler un ou deux : Vera était le prénom de la secrétaire de Ian Fleming et le modèle de Moneypenny, elle est donc tout à fait à sa place... et dans le premier tome de Jack Black, on voit au moins trois Jack Black différents...

On peut donc s’attendre à des albums auto-conclusifs qui se déroulent à des périodes différentes ?

Si tout se passe comme on le souhaite, Jack Black fera la même carrière que La Geste. Avec des albums indépendants, la plupart du temps, par des auteurs différents désireux de donner leur meilleur pendant 46 pages. Jouer avec des dessinateurs différents permettra de coller au mieux à la période...

Les deux premiers tomes de Jack Black sont contemporains, mais on pourra visiter d’autres époques : 1917, la Seconde Guerre mondiale, l’Irlande du nord dans les années 1970, sans oublier la période contemporaine, bien sûr, et l’origine de Jack Black sous le règne de la Reine Victoria. Croyez-nous, un décor qui s’étend sur plus de 120 ans recèle bien des secrets... On les connait tous et on les révélera au fur et à mesure...

Si vous savez déjà tout, que peut-on connaître du futur tome 2 ?

L’album suivant sera également un one-shot, et se déroulera juste avant le premier tome. En réalité, il se passe avant et il se termine juste avant. Et il sera très... optimiste. Si, si ! En principe, c’est un dessinateur espagnol qui va s’y coller et il est en train de travailler sur le perso (celui qu’on voit dans les huit premières pages du tome 1...). Concernant la parution, cela sera plus sûrement pour le prochain Angoulême. Enfin, s’il y en a un...

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire notre précédente interview d’Ange : « Marie des Dragons n’a rien à voir avec la Geste »

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