Angoulême 2008 : « Peur[s] du noir » n’a peur de rien

9 janvier 2008 0 commentaire
  • Le film d’animation de Prima Linea ne recule devant aucune difficulté pour nous livrer un bijou graphique époustouflant signé Blutch, Burns, Caillou, di Sciullo, Mattoti et McGuire. Avec Robial à l’habillage, le film, qui sort le 13 février prochain en salle, est présenté en avant-première à Angoulême.

Il y a d’abord un parti-pris esthétique : le noir et le blanc. « Le dessin dans sa pureté » dit Christophe Jankovic qui produit le film aux côtés de Valérie Schermann. Il y a ensuite un casting d’auteurs éblouissant : Les textes et les dessins des Français Blutch, Marie Caillou, Jerry Kramsky, Michel Pirus, Romain Slocombe et Pierre di Sciullo, de l’Italien Lorenzo Mattotti, des Américains Charles Burns et Richard McGuire, la direction artistique d’Etienne Robial. Des voix d’acteurs comme celle, envoûtante comme toujours, de Nicole Garcia, et puis celles d’Aure Atika, Arthur H, Guillaume Depardieu, François Creton, Louisa Pill, Christian Hecq. Une bande-son plutôt réussie signée René Aubry, Boris Gronemberger, Laurent Perez Del Mar, George Van Dam.

Angoulême 2008 : « Peur[s] du noir » n'a peur de rien
Peur[s] du noir dans la version Mattotti, une animation brillantissime
(C) Prima Linea

Cela donne un OVNI cinématographique qui n’a rien à voir avec la linéarité de Persépolis, mais qui est un trésor d’invention et de respect du graphisme. Car il est là le miracle : On y retrouve le trait virtuose et magique de Blutch qui nous croque un maître des chiens sadique et voltairien, l’univers oppressant et obsessionnel de Charles Burns, la beauté hiératique de Mattotti dont les longs travellings sont des morceaux de bravoure du point de vue de l’animation, la science de l’abstraction et l’intelligence mêlée de fantaisie de Richard McGuire, la plastique « kawaï » de Marie Caillou pervertie par un script « pur jus » de Romain Slocombe, sans compter l’esprit aiguisé de Pierre di Sciullo dont les formes abstraites s’animent aux vibrations du phrasé ciselé de Nicoles Garcia. On pense aux beaux films expérimentaux de Jiři Trńka et d’Osamu Tezuka, tandis que le travail d’Etienne Robial dans l’habillage évoque les génériques Bauhaus de Saul Bass

Model-sheet de Marie Caillou pour Peur[s] du noir
(C) Prima Linea

Produite à Angoulême, cette expérience unique qui donne le vertige et qu’aucun amateur de graphisme, étudiant ou professionnel de l’animation, ne devrait manquer d’aller voir, est à n’en pas douter une date dans l’histoire de l’animation française.

Charles Burns. Croquis préparatoire pour Peur[s] du noir
(C) Prima Linea

Le succès de Persépolis a fait la preuve qu’il y avait une place pour une expression graphique sortant des sentiers battus de l’animation pour enfants.

Peur[s] du noir va plus loin encore : en montrant sa capacité à transposer fidèlement les univers d’artistes très personnels comme Blutch, Mattotti ou McGuire, elle ouvre la voie à une génération de nouveaux auteurs qui vont pouvoir prolonger dans le dessin animé les expérimentations développées sur le papier. Rien que pour cette raison, ce film est incontournable.

Croquis préparatoires de Blutch pour Peur[s] du noir
(C) Prima Linea

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En salle à partir du 13 février 2008. En avant-première nationale à Angoulême.

Peur[s] du noir, sortie au cinéma France le 13 février 2008
en janvier :
Festival de Sundance 2008 (USA), sélection
Festival du Film Fantastique de Gerardmer 2008
Anima 2008 (Bruxelles), en ouverture officielle du festival

Vendredi 25 janvier 19h - salle Nemo : rencontre avec les auteurs, les réalisateurs et le directeur artistique (VF sous-titres anglais)

Samedi 26 janvier 21h -salle Nemo : projection du film (VF sous-titres anglais)

Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême
Du 24 au 27 janvier 2008
Réservation et renseignement sur le site du Festival

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