Arrêtons de déconner : tout n’est pas si pourri à Angoulême !

6 février 2016 15 commentaires
  • Entre la polémique suscitée par l'absence de femmes dans la liste des Grands Prix et une cérémonie de remise de prix ratée qui tourne au règlement de comptes, on a l'impression que le dernier Festival d'Angoulême a été un échec sur toute la ligne. C'est pourtant loin d'être le cas.

Il serait peut-être temps de se calmer et ne pas se laisser aller au dénigrement systématique du Festival International de la BD qui constitue, qu’on le veuille ou non, une séquence d’exposition exceptionnelle de la bande dessinée en France. Peut-être même peut-on tenter d’analyser, alors que les cendres de l’incendie sont encore tièdes et prêtes à se rallumer, quelles sont les raisons profondes de ces polémiques de plus en plus violentes qui saisissent l’un des plus importants festivals de BD d’Europe.

"Après avoir oublié les femmes, de fausses récompenses ont été attribuées lors de la remise des prix. Trop, c’est trop !" titre, furibard, Le Figaro, "From Sexism to Fake Awards Prank, the Angouleme Festival Needs an Intervention" ("Du sexisme à la farce des faux-Prix, le Festival d’Angoulême a besoin d’une réforme") ajoute The Washington Post, le plus prestigieux quotidien américain...

Arrêtons de déconner : tout n'est pas si pourri à Angoulême !
La cérémonie des prix qui fit scandale à lors du 43e Festival d’Angoulême.

Le 5 février dernier encore, lors de l’ouverture de l’exposition "Comix Creatrix" conçue par Paul Gravett et Olivia Ahmad à la House of Illustrations de Londres, le cri de ralliement des 25 créatrices invitées, sur les 100 qui étaient exposées, a été "Up yours Angoulême ! !" ("Va te faire foutre Angoulême !!"). C’est gracieux...

Avant cela, le tout aussi gracieux "Prix Couilles-au-cul", lancé par Yan Lindingre, le rédacteur en chef de Fluide Glacial, (un prix dont ActuaBD.com est partenaire...), remis à Willis de Tunis lors du Off of Off d’Angoulême, fut créé pour une toute autre raison : l’abandon par le FIBD du Prix de la liberté de la presse promis en janvier 2015 et dont, finalement, seuls les membres déjà morts de Charlie Hebdo auront été les bénéficiaires. C’était donc ça : un Prix exclusivement posthume ? Ce prix a voulu réagir contre cette démission.

En l’espace de quelques semaines, des décisions hasardeuses, des bévues sommes toutes anodines comme l’histoire du Festival d’Angoulême en est pleine, sont devenus des séismes de dimension internationale. Comment est-ce possible ?

Une édition 2016 réussie

Avant de revenir sur cette volée de bois vert dirigée contre la direction du FIBD 2016, il est nécessaire de parler de ses réussites. Au niveau de l’organisation, tout d’abord. On n’imagine en effet pas l’enfer logistique que suppose un tel festival : des centaines d’auteurs, d’éditeurs, d’intervenants en tous ordres et de journalistes accrédités, des dizaines de stands à monter dans des structures provisoires, des tonnes de bouquins à acheminer et, depuis le 13 novembre 2015, une attention sécuritaire accrue.

La communication aussi a été, dans son organisation, relativement remarquable : en dépit des couacs, force est de constater que le site Internet du festival est plutôt performant avec ses vidéos bien faites et que le FIBD a communiqué largement cette année-ci. Peut-être à cause de ses bévues diront les mauvais esprits. Mais leur retentissement n’a-t-il pas été aussi grand précisément en raison de ce déploiement médiatique de plus en plus puissant qui suscite curiosité, intérêt et même... jalousie ?

Autre élément à mettre à l’actif de cette édition : une relation apparemment apaisée avec la Cité de la BD, même si les problèmes de fond demeurent. Autres temps, autres mœurs...

Une fréquentation en baisse de 10%, à cause des mesures de sécurité ?

À cela s’ajoutent les expositions et les rencontres, toutes très qualitatives. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le FIBD 2016 n’a pas démérité : une expo Morris qui rassemblait un nombre impressionnant et inédit d’originaux de Lucky Luke, une exposition Corto Maltese non moins bluffante, une rétrospective JC Menu tout à fait passionnante, un hommage vibrant à Otomo, une place de choix faite à Lastman, une forte présence de l’Asie... Mais vous savez tout cela, nous vous en avons parlé sur ActuaBD.com. On a seulement pu regretter l’absence d’une grande exposition rétrospective sur Otomo attribuée, selon les rumeurs, à une dissension à l’intérieur de l’équipe du Festival ou à une décision budgétaire défavorable en raison du coût de l’opération.

En clair, ce Festival n’a pas été en dessous des autres, d’autant que le climat avait des airs de printemps. Discrète (elle a été bien inspirée), la ministre de la culture Fleur Pellerin a honoré le FIBD de sa présence et une poignée de médailles a été distribuée à des auteurs de BD, le plus fort contingent depuis que la BD est gratifiée par ces distinctions, ce n’est quand même pas rien ! Cela témoigne de la reconnaissance à laquelle la BD est parvenue aujourd’hui en France (les Américains ont-ils une pareille décoration de la part des pouvoirs publics ? On en doute).

Jean-Pierre Mercier et Stéphane Beaujean, les commissaires de la superbe exposition Morris à la Cité de la bande dessinée.
Jean-Christophe Menu dans son exposition à Angoulême 2016

Effet de loupe médiatique

Mais pourquoi, dès lors, une telle hargne à son égard ? Sans doute, à cause de la dimension prise par la bande dessinée de nos jours. "La bande dessinée est devenue trop grande pour Angoulême" assénait Benoit Peeters à la suite de la remise contestée des faux-prix. Peut-être, mais l’effet de loupe de début janvier, seul mois où l’ensemble des médias parlent abondamment de la bande dessinée en est aussi la cause. Le succès médiatique de la BD, sans doute dû à un phénomène générationnel (la BD est la culture par excellence des baby-boomers) a pu être constaté à d’autres occasions : "Un de mes collègues me faisait remarquer qu’il vendait des Picasso à plusieurs millions d’euros dans l’année et que personne n’en parlait, tandis qu’un dessin d’Hergé dans une de mes ventes faisait l’objet d’articles dans tous les médias !" remarquait récemment Alain Huberty en faisant ce même constat..

De là, un impact parfois hyperbolique de certains phénomènes : quatre auteures refusent la médaille des Arts et des Lettres ? le scandale devient quasiment aussi grand que lorsque Jean-Paul Sartre refusait le Nobel ou Julien Gracq le Goncourt ! La majorité des auteurs noyés dans le marasme de la crise souffre-t-elle plus que les agriculteurs ou les taxis ? Comme ces derniers, ils ont su le faire savoir à la ministre concernée. Un auteur comme Joann Sfar est sollicité par les médias sur tous les sujets de société et les dessinateurs de Charlie Hebdo sont devenus pour les terroristes une cible plus intéressante que l’assassinat d’un ministre.

L’excellent animateur Richard Gaitet de Radio Nova, l’éditeur de Warum, Wandrille, et les deux présentatrices de la cérémonie. Le premier est à l’origine de la farce des "faux-fauves", le second donna du "Herr Otomo" au célèbre dessinateur japonais.

Mais en quoi, de tout cela, le FIBD est-il responsable ? « On ne peut pas faire porter au festival toutes les plaies de la profession  » déclarait déjà Benoît Mouchart en 2006 , alors directeur artistique du Festival, passé depuis de l’autre côté de la barrière comme directeur éditorial de Casterman...

Des erreurs et de leurs conséquences

Le FIBD est le responsable de ses propres actes, dans un contexte de haute volatilité médiatique où le citoyen ne laisse plus rien passer aux politiques. L’enchaînement des erreurs ne date pas d’hier. En voulant, suite à l’éviction de son précédent directeur général, Jean-Marc Thévenet, sécuriser "son" Festival, son fondateur, Francis Groux, a concédé en 2007, dans la panique, un contrat de dix ans à la société 9eArt+ dirigée par Franck Bondoux, la personnalité qui est au centre de toutes les polémiques actuelles.

Au fil des ans, le patron de 9eArt+ a su profiter d’une association affaiblie, sans identité, sans vision et sans avenir, fondée il y a plus de quarante ans par des collectionneurs de BD et dont les quelque 70 membres sont aujourd’hui pour la plupart totalement déconnectés de la BD d’aujourd’hui, de ses enjeux et de ses réalités.

L’un des rares dessins originaux d’Otomo visibles sur le festival, dans l’exposition-hommage organisée par Glénat.

On se demande comment elle peut encore être au centre d’un jeu qui concerne une région "grande comme l’Autriche" dotée d’un équipement prestigieux comme La Cité de la
bande dessinée d’Angoulême (cinq millions d’euros de budget de fonctionnement) et la toute-nouvelle médiathèque Alpha inaugurée il y a quelques semaines, dans une "vallée" où œuvrent de nombreuses institutions et entreprises liées à l’image. Il serait temps que la puissance publique prenne ses responsabilités par rapport à cette structure désuète et inadaptée qui est, à notre sens, au cœur du problème.

Un palmarès flou

D’autant que les choix faits par l’équipe de Franck Bondoux n’ont pas été des plus avisés. Il y a d’abord cette réforme des prix, cette "sélection officielle" des "Fauves" créés en 2007 par Lewis Trondheim prétendument pour "clarifier" les prix, et contre lesquels nous avons toujours été opposés, vent debout.

Contrairement aux objectifs de cette réforme, sa compréhension souffre précisément aujourd’hui d’un manque de clarté dans les catégories proposées (patrimoine, révélation, BD alternative, série, meilleur album) rendue encore plus floue en raison de l’insertion dans le palmarès de certains prix liés à des sponsors ayant chacun un mode de scrutin spécifique : ainsi, pour le Prix Polar, la SNCF sollicite son public ; les prix Découvertes sont cornaqués par la Caisse d’Epargne et élus par un jury d’enfants ; et le Prix du public est organisé par l’enseigne Cultura par son propre circuit.

Seuls les prix non sponsorisés sont désignés par un jury de personnalités (nommés par le FIBD) sur la base d’une "sélection officielle" concoctée après un savant dosage, très "politique", qui répond à la fois aux sollicitations des éditeurs et à une "ligne éditoriale" que l’on constate avec les ans, de plus en plus pointue (de nombreux titres sont inconnus des spécialistes avant leur arrivée dans cette sélection) et de moins en moins... francophone.

L’enseigne Cultura organise son prix en dehors du jury officiel du FIBD. C’est "son" public qui vote.
Les Prix Jeunesse ("Découvertes") sont décernés par des jurys d’enfants.

Ainsi sur ce dernier point, Charles-Louis Detournay, le rédacteur en chef d’ActuaBD.com, faisait le constat dans un article quasiment passé inaperçu en raison de la déflagration féministe de l’avant-salon qu’en quelques années la représentation de la BD étrangère avait explosé dans les sélections : "Si les jurys se suivent et ne se ressemblent donc pas forcément dans leurs choix et dans leurs goûts, la sélection suit cependant une tendance constante qui devient criante avec les années : la diminution progressive de la représentation des auteurs francophones dans la sélection au profit de choix plus internationaux. En examinant les sélections des neuf dernières années, on constate une confirmation nette de cette tendance : en 2008, près de 68% des albums sélectionnés étaient issus du domaine francophone, une tendance qui demeure à 66% en 2012. 2013 voit s’opérer une première chute à 53% du total de la sélection, puis 51% en 2014, avant de descendre à 46% en 2015. Désormais la sélection d’Angoulême ne représente plus la bande dessinée francophone."

Si le FIBD est sensé lui servir de vitrine, elle l’a perdu de vue ces dernières années.

Hong Kong présent avec un de ses auteurs vedettes : Li Chi Tak.

Un Grand Prix décrédibilisé

L’autre erreur, à notre sens, de la nouvelle organisation des prix est la suppression de l’Académie des Grands Prix. Inventée par David Cameo pour "institutionnaliser" le Grand Prix de la Ville d’Angoulême, le jury s’était constitué de pairs qui se cooptaient les uns les autres. Il y eut très rapidement un effet "Galligrasseuil" (du nom de Gallimard-Grasset et Le Seuil qui trustent les Goncourt depuis des années) qui faisait la part belle à Albin Michel, Dargaud et Casterman. Depuis la réforme, c’est Delcourt qui profitait de l’aubaine. Mais on lui dut quelques choix audacieux : Vuillemin, Robert Crumb, Florence Cestac, Wolinski, Trondheim, José Muñoz, Art Spiegelman, et même Willem  !
Le FIBD décida de faire de cette académie une instance-croupion, avant de la rayer purement et simplement de la carte. Ce faisant, il se mettait à dos les quelque 25 auteurs, de Bilal à Zep, les plus talentueux de leur génération. Chapeau !

Otomo passant le relais du Grand Prix à Hermann. Le premier n’a pas été appellé sur le podium lors de la cérémonie finale, condamné à rester à s’ennuyer tout au long ; le second n’a purement et simplement pas été mentionné, ni lors de la cérémonie, ni dans le communiqué final du palmarès officiel. Rien n’avait été bien calé cette année-ci... Derrière eux, le président quelque peu circonspect de l’Association du FIBD, Patrick Ausou.

Perte de sens

Sans ces prix qui sont la figure de proue du FIBD, à l’étranger comme dans la profession, le Festival est comme un poulet auquel on aurait coupé la tête. La plus grande erreur de M. Bondoux est sans conteste d’avoir mené toutes ces réformes sans une véritable concertation avec les acteurs concernés, par à-coups, sous la pression de la rue, par peur des complications, du scandale, peut-être, cela lui a été souvent reproché, par mépris.

On l’a bien vu avec cette fameuse séquence "féministe" d’avant Festival : personne pour s’apercevoir de la bourde (alors que la présidente des Chiennes de Garde fait partie de l’équipe, quelle perspicacité !), puis on allonge la liste de six auteures qui refusent, vu le scandale, d’y être incorporées. Enfin, on laisse, comme Ponce-Pilate, à la foule la responsabilité de la décision.

Même faiblesse quand il s’agit de dégager sa responsabilité sur un animateur qui n’aurait pas appliqué, dit-on, toutes les consignes... alors que le filage et le déroulé ont été, selon les propres dires du FIBD, vérifiés par leurs services. Césarisme et atermoiements, le cocktail idéal pour que tout vous pète à la gueule...

Et tout ça pour quoi finalement ? Pour désigner Hermann, un auteur que l’académie aurait fatalement désigné un jour ou l’autre et qui figurait depuis longtemps dans sa short-list.

Sans un palmarès clair, le FIBD perd tout son sens. Il se trouve réduit à une foire à la saucisse pas très valorisante pour les auteurs, pour les éditeurs, pour la bande dessinée elle-même. Cette perte de repère devient, par ricochet, celui de toute une profession angoissée par les développements de la bande dessinée à l’avenir, sous les coups de boutoir de la mondialisation, des supports futurs de la BD révolutionnés par les nouvelles technologies et dont on sent confusément que les Japonais, les Coréens et les Chinois si proactifs sur le terrain angoumoisin ces dernières années sont mieux armés que nous pour y réussir.

La Corée et ses webtoons, sa nouvelle "arme secrète" pour le succès.

Voilà pourquoi le Washington Post a raison : il faut réformer Angoulême. Ce n’est pas le problème d’un homme (Bondoux), ni même du FIBD qui n’a pas tant démérité que cela, soyons honnêtes cinq minutes, ces dernières années. C’est juste la nécessité de s’adapter au monde qui change.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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15 Messages :
  • Finalement, le FIBD rend bien service au 9ème Art… Enfin… Si celui-ci daigne relever le gant et provoquer en duel celui par qui le scandale arriva.
    Car de ses bourdes (?) ne devrait-on pas retenir, et utiliser, que le FIBD aujourd’hui n’est plus que lui-même, sans représenter l’ensemble de la bande dessinée. Regardons la Sélection Officielle… Représente-t-elle réellement une année de parutions ?
    Il y a bien trop longtemps que le FIBD n’est plus en harmonie avec son support. Il y a bien trop longtemps que la bande dessinée se laisse porter par les sirènes charentaises. Tout cela au détriment d’une réelle reconnaissance de ce qu’est devenue la bande dessinée au XXIème siècle.
    Il va falloir du courage, du travail et aussi un peu d’argent, pour libérer la BD de son contraignant et emblématique Festival. Qui sera le Georges Cravenne de la bande dessinée, celui qui fut fondateur de l’Académie des Arts et Techniques du cinéma, qui mit sur pied les César, et porta aux yeux du public de télévision une cérémonie ego-centrée certes, mais populaire et représentative autant que possible de l’année du cinéma ?
    Aujourd’hui, la bande dessinée sait s’appuyer sur les réseaux sociaux pour communiquer. les auteurs, les éditeurs connaissent les ficelles pour dévoiler les à-côté de la sortie d’un livre. la bande dessinée, si elle n’a pas encore trouvé sa place dans le monde numérique, peut utiliser le support internet pour se faire connaître ou reconnaître. et cela, sans frontière.
    Une Académie du 9ème Art ne serait aujourd’hui pas si difficile à mettre en place. la collecte d’informations chez les éditeurs pour constituer les collèges de votants prendrait quelques semaines. Cerains sites recensent déjà toutes les parutions mensuelles. Ils pourraient servir de base de donnée pour les votes et créer les nommés dans chaque catégories. Les catégories pourraient proposer en sélection la diversité des genres que la bande dessinée parcoure aujourd’hui, toutes sortes de récits, de thèmes, de graphismes et de narration.
    Les réseaux de vente, libraires spécialisés, généralistes, grandes chaines ou vente en ligne, retrouveraient dans la sélection la force de la création en bande dessinée.
    le FIBD, ainsi débarrassé de cet encombrant fardeau, deviendrait véritablement un Festival, indépendant, fort de ses choix maitrisés. il ne dépendrait plus pour sa communication d’un Grand Prix qu’il n’a pas choisi. Après Cannes pour le cinéma, ou Avignon pour le théâtre, Angoulême deviendrait un vrai Festival National de la bande dessinée.
    il resterait à mettre en place la cérémonie de remise des Prix. Moment fort et symbolique. après un premier tour de vote par catégorie en janvier, un second tour sur liste réduite en février, les Prix pourraient être remis en mars, au moment du Salon du Livre de Paris. je ne dis pas - dans le Salon du Livre - mais au moment… au moment où les médias sont tournés vers le livre, dans la capitale française siège de nombreux supports de communication. une soirée animée de concerts de dessin, contes dessinés, tac au tac et autres animations graphiques. une soirée qui verrait se présenter aux yeux du grand public, via une chaine de télévision publique, ou les sites web partenaires, les créateurs de la bande dessinée d’aujourd’hui.
    Ceux qui vendent beaucoup, il n’y a pas de honte à cela, ceux qui innovent, ceux qui entretiennent le patrimoine, ceux qui écrivent pour ceux qui dessinent, ceux qui mettent en couleur… L’humour, le policier, le roman graphique ou les récits historiques… un panel choisi par la profession, avec ses erreurs et ses surprises.
    Et l’Académie honorerait ses talents. mettrait en avant un ancien, inviterait à l’internationale.
    une soirée riche, diverse, créatrice.
    Et Finalement, le FIBD aura bien rendu service à la bande dessinée, car il lui aura donné son indépendance.
    Mais tout cela n’est qu’un rêve comme dirait Little Némo.

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    • Répondu par Pirlouit le 6 février 2016 à  20:09 :

      Oui, c’est un rêve, pour l’instant les dirigeants s’accrochent à leurs avantages et rémunérations, avec on ne sait quel soutien, car la presse (nationale et américaine) a exprimé son indignation devant cette mauvaise plaisanterie. Mais bon, le cumul de ces erreurs stratégiques permettront à d’autres festivals importants (Saint-Malo ou Blois par exemple, mais il y en a beaucoup d’autres)de relever le gant.

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      • Répondu le 25 février 2016 à  00:53 :

        Si rien n’est réglé d’ici l’an prochain, ce sera certainement le chant du signe du festival d’Angoulême …

        Ça ne m’étonnerait pas que les éditeurs organisent un contre-festival à Paris, ou se déportent sur d’autres festivals BD. Dans ce cas, les responsables de la ville, du département, de la région, de l’association, et ceux de 9eArt+ n’auront plus qu’à assumer leurs responsabilités !

        En effet, quand on veut se donner une réputation à l’international, il faut assurer à 100%. Ou bien renoncer !

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    • Répondu par Lili le 7 février 2016 à  13:11 :

      On ne peut pas faire un festival de BD en mars, au moment du Salon du Livre de Paris ! Ce serait du "gavage" dans la presse, tellement il y a de livres qui paraissent dans l’année et tellement on ne parle que d’une cinquantaine. Donc si en plus il fallait rajouter la BD ça ferait trop ! De plus, étant une forte consommatrice de bédé ET de littérature je ne pense pas que je pourrais, en mars, acheter des livres ET de la bédé. Cela exploserait mon budget.

      "Ceux qui vendent beaucoup, il n’y a pas de honte à cela". Là n’est pas le problème, de honte ou pas. Je ne pense pas que le salon du livre doit mettre en évidence Marc Levy ou Guillaume Musso, même si je trouve toujours ça bien que ces auteurs fassent lire. Je pense que le propre d’un salon est de s’en foutre des ventes et de consacrer les bons livres.

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  • "Tout n’est pas si pourri"... mais quand même si, un peu beaucoup, si on lit l’article en entier ^^

    Ce chauvinisme très français qui voudrait que la BD francophone soit tellement géniale qu’elle ne puisse être comparée qu’avec toutes les autres BD mondiales, nous fait perdre notre spécificité régionale.

    Il manque un salon purement Européen, en plus d’un salon international. Histoire de donner une visibilité plus large de nos auteurs "moyens-plus" au-delà des quelques génies que le Monde nous envie.

    Par exemple, laissons la spécificité internationale à Angoulême, qui continuerait d’arbitrer entre les 3 grands pôles mondiaux de la BD, et décidons que le Festival de St Malo ne soit plus un simple "Quai des Bulles" départemental avec 4 petits prix accessoires, mais la véritable vitrine de la BD "franco-belge et au-delà" (je reste un peu chauvins ^^).

    Par exemple, donc, il y aurait : les Eisner Hawards, la BD Européenne (St Malo), le Prix international du manga... et un Angoulême international pour chapeauter tout ça (je dis n’importe quoi, bien sûr, mais il y a un réel manque)

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    • Répondu par Lili le 7 février 2016 à  13:14 :

      Mais pourquoi Angoulême ne prend pas exemple sur le Salon du Livre de jeunesse de Montreuil qui reçoit près de 140 000 visiteurs chaque année et 2 000 auteurs et illustrateurs en dédicaces. Ce salon existe depuis 30 ans, ça reste une grosse "foire" mais l’organisation est plutôt bonne et les prix sont vraiment représentatifs de la créativité du livre jeunesse.
      Pourquoi Angoulême et ses 200 000 visiteurs ne peut pas prendre exemples sur les autres ??
      De même, les prix Eisner aux USA, ça m’a l’air pas mal aussi.

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  • Autres temps, autres mœurs, en effet : ces dernières années, il était impossible, interdit, tabou, d’apporter la moindre nuance critique dans le concert de louanges obligées. Tu en sais quelque chose, Didier, toi qui as été « blacklisté » pour avoir émis quelques réserves sur tel ou tel point de la politique du festival, notamment ses agressions répétées contre la Cité de la BD (soyons clair dans l’usage de l’expression « autres temps, autres mœurs ») ou contre les financeurs publics.

    Aujourd’hui, suite aux innombrables cafouillages de cette 43ème édition, les langues se délient et les critiques fusent, notamment de la part des auteurs qui, dans l’élan de leur mouvement revendicatif plus que légitime, ont libéré leur parole et osent dire ce qu’il en est de la façon dont ils sont traités. Des déclarations tonitruantes de Florence Cestac aux lettres ouvertes d’Antoine Ozanam, Eric Wantiez et Tarek, en passant par les tribunes du Collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme, les tweets et autres posts de Sfar, Trondheim et de centaines d’autres, où l’on vit même se répandre assez largement le mot-dièse #BondouxDemission, les auteurs n’ont pas eu de mots assez durs contre le FIBD.
    Les éditeurs n’ont pas été en reste, et pas seulement au sujet des « faux Fauves » (voir par exemple les déclarations de François Pernot, patron du pôle Images du groupe Média Participations)...
    Quant à la presse, en effet, elle relaya cette grogne, ces tempêtes. Mais c’est que c’était tellement nouveau, et tellement éclatant (après des années où la cocote minute saturait), que c’était la véritable information : on ne parle guère des trains à l’heure quand un TGV a déraillé...

    Alors, oui, il faut être honnête à l’heure du bilan : il y avait des réussites dans ce festival. Tu les soulignes, et c’est bien.
    Mais ce sont essentiellement des réussites dues à la routine : pas de véritable innovation, pas de parti-pris de programmation audacieux, pas de prise de risque (quand il y en eut, on vit le résultat, mais ne revenons pas dessus).

    Et si l’on veut être honnête jusqu’au bout, on ajoutera que les deux gros scandales (le sexisme des nominations puis le cafouillage dans le mode d’attribution du Grand Prix, la cérémonie de remise des Fauves) ont aussi sauvé cette édition de beaucoup d’autres griefs qui lui auraient été faits, qui ont ainsi été totalement occultés et sur lesquels je passerai pour ne pas tirer sur l’ambulance.

    Alors, certes, les chapiteaux étaient bien montés - encore qu’on eut à déplorer quelques fuites - et la moquette bien posée. Encore heureux, à la 43ème édition, et au prix que ça coûte ! Mais si l’on doit juger cette organisation à son savoir-faire logistique, alors séparons les choses, comme vous l’aviez naguère suggéré : laissons cette tâche à un loueur de stands, trouvons quelqu’un qui saura attirer des sponsors et surtout les conserver (l’hémorragie est inquiétante), et confions la ligne éditoriale, la programmation et la communication à des professionnels qui éviteront de froisser deux grands maîtres du manga coup sur coup, de mettre en colère toute la profession, de lasser les festivaliers et de voir la fréquentation s’éroder d’année en année.

    Oui, le Washington Post a raison : il faut une sérieuse réforme du festival. Et cela passe par la libération de la parole critique. L’autosatisfaction arrogante affichée par l’organisateur à l’issue d’une édition secouée par autant de « couacs » (l’année de la gloire d’Interduck, ça ne manque pas de piquant) n’est d’aucune utilité pour construire le renouveau d’une manifestation à bout de souffle.
    Une manifestation qui a pris beaucoup de retard ces dix dernières années : sur le manga, ouvrant un boulevard à JapanExpo, sur les blogs, sur la révolution numérique, sur la féminisation de la profession, sur la situation précaire des auteurs, et même sur la BD alternative (JC Menu honoré après 30 ans de carrière !).
    Une manifestation qui n’a pas su inventer de nouvelles formes de médiation (les concerts de dessin, dernière invention d’ailleurs due à Zep, datent de... 2005 !), qui n’a pas su sortir de la mécanique bien huilée des expositions monographiques pour mettre des sujets en perspective, poser un regard transversal sur la bande dessinée dans son époque ou parmi les arts.
    Une manifestation qui continue d’irriter par l’opacité de gestion de son prestataire, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, par le flou artistique le plus total sur les chiffres de fréquentation ou par son manque de considération pour les forces vives locales et plus largement pour la population angoumoisine.

    Mais Franck Bondoux saura-t-il établir le dialogue, être à l’écoute des critiques et en tenir compte pour relancer la machine, ou restera-t-il arc-bouté sur ses acquis ?

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  • Les relations au beau fixe entre la CIBDI et le FIBD ? En surface, peut-être, mais ce n’est pas ce qui se dirait dans les confidences.
    Et d’ailleurs, même sans être dans les petits papiers, il suffit de lire entre les lignes de la communication sur l’expo Morris, où chacun joue sa partition et cherche à tirer la couverture à lui ; il suffit de constater que le Vaisseau Moebius a été délaissé par le festival (qui le juge "pourri" par voie de presse, comme on le dit toujours de l’intérieur d’« amis » qui
    nous ont reçus chez eux pendant des années ; il suffit de voir le festival organiser une soirée d’ouverture le mercredi soir, avec proclamation du Grand Prix, à l’Alpha (nouvelle médiathèque de l’agglomération), pile au même moment que la traditionnelle « soirée du Joir d’avant » organisée au musée de la BD, façon peu courtoise de brûler la politesse à ses nouveaux « amis ». Dans le genre entente cordiale, on a vu mieux ! Ce Bondoux est incorrigible.

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    • Répondu le 7 février 2016 à  10:58 :

      Je crois que l’article tendait à dire que le spectateur , le visiteur a pu savourer le festival grâce à de multiples manifestations ou événements. Toute cette ambiance négative n’est perceptible que par ceux qui s’y intéressent de plus près. Tous ces couacs et puis ces bagarres internes n’ont pas affecté la très grande majorité des visiteurs .

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      • Répondu le 7 février 2016 à  12:23 :

        Les visiteurs viennent pour les expos et rencontrer leurs auteurs favoris, évidemment. Et c’est ce qui intéresse au final les auteurs et les éditeurs aussi. Franck Bondoux et les gens du FIBD sont remplaçables, pas les auteurs et les bons éditeurs.

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  • Discussions avec des auteurs et des éditeurs cette semaine :
    - moins de monde cette année (et les mesures de sécurité existaient déjà l’an passé)
    - des polémiques justifiées qui bouffent tout l’espace médiatique (or, la majorité des grands médias ne reparleront pas BD en profondeur avant un an)
    - une absence de sponsors qui permettraient au festival "d’accélérer", de devenir plus riche en événements, en surprises et donc plus alléchant (mais quel sponsor aurait aujourd’hui envie d’investir sur le festival d’Angoulême ?)
    - de belles expos certes mais : une expo Morris montée grâce à Dargaud et une expo Corto vue à Paris (Pinacothèque)
    - une météo ... non, rien
    - une image très abimée pour le festival et pour la ville d’Angoulême mais des conséquences encore plus importantes pour les éditeurs ... et les auteurs.
    Je me trompe ?

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    • Répondu par Nexus le 11 février 2016 à  09:54 :

      Si on se met ensuite du côté du point de vue du visiteur, fan de BD de base, tout cela est une expérience schizophrène. Car tout cela ne le concerne jamais directement.
      Lui il vient souvent, de loin. Il a dépensé au moins 500 euros par personne pour ce WE. Il a vu de très belles expos, il a vu et même parlé avec des auteurs, il a quelques jolies dédicaces. Il a fait quelques achats. Il vient oublier ses soucis dans un monde dont il attend de la détente et du plaisir.
      Quand il rentre chez lui, il garde un avis agréable sur son week-end, il reviendra surement. Mais quand il discute avec des amis, eux ne lui renvoient chaque année que l’image d’un festival pris dans des perturbations éthiques, financières, avec des auteurs fâchés et des éditeurs fâchés. Alors lui il est fan, peut-être qu’il y retournera, mais il sait que ses amis, eux, n’y mettront pas les pieds.
      Alors il se dit que le problème de la reconnaissance des femmes lui semble être un problème de la BD, et pas du festival, mais que lui il a déjà tout Brétecher ; Il se dit que les prix et grand prix il s’en fiche un peu en tant que festivalier, d’autant que c’est connu qu’à la fin, et que tout ça devrait être fait en dehors et en amont du festival et donner lieu à une expo surprise de plus ; Il se dit qu’il pourrait essayer un autre festival où il pourra aller avec ses amis, et qu’avec de la chance les jolies expos d’Angoulême tourneront en France. Mais que c’est dommage, car pour lui ce n’est pas le festival qui est malade, c’est la BD.

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  • http://www.lesoir.be/1130847/article/culture/2016-02-23/festival-d-angouleme-menace
    une quarantaine d’éditeurs menacent de boycotter Angoulême en 2017. La tête de Bondoux vacille de plus en plus.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 23 février 2016 à  19:24 :

      "Ne demandez pas de droits pour le peuple tant que le peuple demandera des têtes" (Victor Hugo,décembre 1830).

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      • Répondu le 24 février 2016 à  09:09 :

        Quel peuple ? Les éditeurs, les auteurs ou les lecteurs ?

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