Biographie de Franquin (2) : l’épopée Spirou

14 septembre 2004 0 commentaire
  • C'est dans le journal "Spirou", dont il va vite reprendre le personnage générique, que Franquin entame vraiment sa carrière. Aux côtés du fondateur de l'école de Marcinelle, Jijé, qui rassemble autour de lui le gratin de celle-ci, un quatuor qu'on nommera loooongtemps plus tard: "La bande des Quatre".

1946
Franquin reprend Spirou.

"C’est grâce à Morris, qui avait déjà publié des dessins humoristiques et des caricatures dans le "Moustique", le journal de programmes radio des Editions Dupuis, que nous avons appris que "Spirou" était à la recherche de dessinateurs. Morris nous a donc introduits dans la maison.

A l’époque, Jijé était "le" dessinateur du journal. Il réalisait énormément de choses ("Spirou", "Valhardi", "Don Bosco", "Emmanuel"... ) et c’est à lui que revenait la tâche de s’occuper des petits jeunes. Il donnait son avis sur leurs productions.
Charles Dupuis, l’éditeur, m’a envoyé chez lui avec l’intention de me faire reprendre "Spirou". Il m’a donc installé dans sa maison, qui servait également d’atelier. Will s’y trouvait déjà et Morris nous a rejoints. Jijé voulait se libérer de ses séries pour se consacrer à "Emmanuel", la vie de Jésus. Paape a repris Valhardi et moi j’ai commencé "Spirou", sans avoir jamais rien vu du travail de Rob Vel et très peu de dessins de Jijé. J’étais insouciant... Et très naïf ! Morris, de son côté, a poursuivi les aventures d’un cow-boy qu’il avait créé pour le studio de dessin animé, Lucky Luke.

Comme test, j’ai réalisé une histoire dans l’"Almanach 1947", puis Jijé est parti en Italie, me laissant sur les bras l’histoire qu’il avait entamée, dans la plus totale improvisation... Cela s’appelait "Spirou et la maison préfabriquée". Et je l’ai reprise en plein milieu."

Biographie de Franquin (2) : l'épopée SpirouA la case ci-contre, très exactement...

En parallèle, Franquin continue à dessiner pour d’autres journaux.

"J’ai publié des illustrations dans une revue scoute, "Plein-Jeu", qui était dirigée par un bonhomme formidable. Il s’appelait Jean-Jacques Schellens et il est devenu, par la suite, un véritable monument de l’édition en Belgique (il a créé la collection "Marabout-Flash", lancé "Bob Morane", les "Marabout-Université", etc.). Il débordait d’astuce pour animer les revues scoutes. Moi qui n’avais jamais mis les pieds chez les scouts !"

1948
Le premier album de Spirou paraît aux Editions Dupuis.

1948-49
Franquin quitte l’Europe et s’installe aux USA avec Morris et Jijé.

"Une véritable période de guerre froide a suivi la seconde guerre mondiale. Jijé était très angoissé. Il voulait quitter l’Europe, de peur que le conflit ne recommence. Morris, lui, avait envie de travailler aux studios Disney. Nous sommes donc partis aux Etats-Unis. Will, trop jeune, est resté. De Los Angeles, nous avons pris la route de Mexico à bord d’une voiture d’occasion achetée par Jijé. Nous continuions à dessiner dans les hôtels et nous envoyions nos planches aux Editions Dupuis par simple courrier postal.

Un jour, j’en ai eu marre et je suis rentré. Morris et Jijé sont restés. C’est là-bas qu’ils ont rencontré Goscinny. Mais ils ont fini par revenir, eux aussi."

1950
Ding, dong, les cloches sonnent. André épouse Liliane.
La même année, paraît le premier récit de longue haleine de Franquin, "Il y a un sorcier à Champignac".

"Le château de Champignac est un véritable château. J’ai pris comme modèle celui de Natoye, en Belgique, dans la province de Namur. Il était alors inhabité et très délabré, car les Allemands, qui l’avaient occupé, l’avaient pillé avant de partir, puis dynamité. Plus tard, le propriétaire l’a restauré. L’ayant reconnu dans "Spirou", il m’a écrit. Et j’ai enfin pu en voir l’intérieur !"

Deux personnages importants y font leur apparition. Le maire et le comte du petit bourg de Champignac.
"Pacôme, Hégésippe, Adélard, Ladislas, comte de Champignac. C’est en fouinant dans des calendriers que nous avons trouvé, ma femme et moi, ces prénoms à rallonge.Quant aux discours du maire, ils m’ont probablement été inspirés par les textes de l’Os à Moëlle, de Pierre Dac. A l’époque, j’écoutais beaucoup ses feuilleton à la radio, dont le célèbre "Signé FURAX". Je devais travailler énormément le texte de ces discours. La succession apparemment logique des mots, minutieusement choisis, devait être drôle avant tout."

1952, le 31 janvier
Dans "Spirou et les Héritiers", apparaît un étrange singe à pois noirs et à la longue queue. Le marsupilami.

"Son nom est une contraction des mots "marsupial" —j’ignorais alors que les marsupiaux ne vivent pas en Amérique du Sud mais en Australie— de "Pilou-Pilou", un personnage de Segar que j’avais beaucoup aimé quand j’étais enfant, et de "ami" car il était sympathique.

"Pour retrouver son origine, il faut revenir à l’époque où je travaillais avec Jijé, Morris et Will au studio de Peyo. Nous allions régulièrement à Bruxelles en tram. Durant le trajet, nous déconnions pour passer le temps. Dans chaque tram, il y avait un receveur qui devait faire énormément de choses. Nous lui avions donc imaginé un appendice qui pourrait l’aider, une longue queue arrière. Et je m’en suis souvenu quand j’ai créé le Marsupilami.
Je ne comptais pas le garder, à l’époque. Mais il m’a plu, alors je l’ai fait revenir plus tard."

1953
Seccotine fait sa charmante apparition dans "La corne du rhinocéros". Et Spirou et Fantasio se retrouvent aux commandes de la turbotraction, une voiture révolutionnaire.

(par Patrick Albray)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Les commentaires de Franquin proviennent d’entretiens inédits,
mêlés à des citations librement remaniées extraites de
"Signé Franquin" (Dupuis, 1992)
et de "Et Franquin créa la gaffe" (Schlirf/Dargaud, 1985). Les illustrations de ce dossier sont ©Marsu-Productions, ©Dupuis, ©Audie/Fluide Glacial et ©Lombard.

Le catalogue de l’exposition peut être commandé sur Internet.

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