Bretécher ou les petits plaisirs du déconfinement

11 juin 2020 0 commentaire
  • Elle en a dessiné des personnages affalés sur leur canapé. Elle a mis en boite les gauchos, les ados, les bobos, lcathos et même… elle-même. Elle détestait les clichés, les étiquettes, les concepts qui enferment, les confinements... En clair, Claire, fallait pas la faire chier. L’Obs consacre un numéro-hommage à celle qui nous a quitté le 10 février dernier 2020. Petits souvenirs, petits plaisirs.

Elle était tout le contraire d’une pimbêche qui faisait la moue comme sur cette photo où elle pose pour F Magazine et que L’Obs reprend en couverture de ce numéro-hommage à la grande dessinatrice. Chaque fois que j’ai pu la croiser à Paris ou à Angoulême, elle pouffait, s’amusait des simagrées qu’on pouvait lui faire, des compliments qu’on pouvait lui adresser. Elle était nature, comme son dessin, mais jamais inconséquente ni légère, avec cette façon de botter en touche chaque fois que la conversation prenait un tour un peu trop grave.

Bretécher ou les petits plaisirs du déconfinement

Son trait, jeté, virevoltant, mais pas « cradingue » comme affectait de l’être son ami Reiser, était élégant et stylé, dans la lignée de l’éditorialiste graphique du New Yorker Jules Feiffer ou du sophistiqué illustrateur britannique Ralph Steadman. Je me rappelle d’un André Franquin qui était bluffé par l’apparente spontanéité de son dessin, lui qui ne pouvait pas dessiner simplement. Elle succède au Nouvel Observateur, où elle entre en 1973, à Copi qui le premier invente pour ce journal ces scénettes où l’absurde file le parfait amour avec l’observation sociale, puis à Reiser qui porte davantage le trait dans un registre cruel. Pas de ça chez Claire. Elle se souvient peut-être du mot d’ordre de René Goscinny : ne s’attaquer qu’aux clichés !

Lors de la publication de sa "Vie de Sainte-Thérèse d’Avila" dans "Le Nouvel Observateur", Claire fait scandale.

C’est un plaisir que de feuilleter ce numéro de L’Obs qui lui rend hommage avec un retard justifié par la crise sanitaire. On a bien aimé la visite de son atelier faite avec son fils Martin par Arnaud Gonzague, son parcours raconté par Eric Aeschiman, ce texte de Marcel Gotlib qui parle d’elle, les souvenirs de ses compagnons de route comme le pétillant Jean Daniel, mort le 14 février quasi centenaire, qui l’a rejointe quelques jours après son décès. Nous les avions rencontrés il y a cinq ans. Ces deux-là s’aiment d’intelligence.

"Agrippine" par Claire Bretécher
© Dargaud

Nous avons apprécié aussi la relire dans un choix de pages bien senti et lu avec plaisir les hommages que lui font Catherine Meurisse, Posy Simmonds, Catel, Charles Berberian, Blutch et d’autres. Merci pour cette madeleine de déconfinement.

L’hommage de Catherine Meurisse
© Catherine Meurisse

Voir en ligne : LE SITE DU NOUVEL OBSERVATEUR

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Retrouvez ce matin sur France Inter à 10 heures ou en podcast, dans l’émission d’Ali Rebeihi, « Grand bien vous fasse » : le journaliste Éric Aeschimann qui, avec l’équipe de L’Obs a fabriqué ce numéro, en présence de la dessinatrice Catel, d’Amélie Mougey, rédactrice en chef de La Revue Dessinée et de votre serviteur, Didier Pasamonik, qui y représentera la rédaction d’ActuaBD.com.

"L’Obs", dans tous les bons kiosques.

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