David Vandermeulen : « J’essaie de ne pas être manichéen, ce qui est un défi dès lors que la bande dessinée est un art de synthèse »

16 décembre 2010 3 commentaires
  • David Vandermeulen vient de faire paraître deux albums : le troisième volet de la biographie qu’il consacre au chimiste Fritz Haber, et le premier livre de la série des Anabaptistes de la Réforme, dessiné par Ambre. Deux façons de dire comment des questions identitaires ont pu influer sur le cours de l’Histoire.

Le hasard fait que nous avons cet entretien le jour de la commémoration de l’armistice. C’est un tremplin facile pour une première question : qu’est-ce qui vous a incité à déposer une gerbe au pied de Fritz Haber ?

Ça n’est certainement pas la Première Guerre mondiale. Si Fritz Haber avait vécu durant les guerres napoléoniennes, je me serais intéressé aux guerres napoléoniennes. C’est le personnage, et plus particulièrement sa question identitaire, qui m’ont intéressé avant tout. Quand on consulte des dictionnaires historiques (ou simplement Google), Haber est tout de même peu glorieux. Il est considéré comme un sale type.

David Vandermeulen : « J'essaie de ne pas être manichéen, ce qui est un défi dès lors que la bande dessinée est un art de synthèse »
Le troisième tome de Fritz Haber
© Vandermeulen - Editions Delcourt

Vous aviez envie de faire un portrait plus nuancé de cet inventeur ?

En fait, ce qui m’a interpellé, ce sont ses amitiés. J’avais lu un article plutôt à charge le concernant, mais qui évoquait ses amitiés avec Weizmann et Einstein, sans plus de développements. Ça m’a paru bizarre, car ces deux personnages sont assez positifs et reviennent de façon lumineuse dans l’Histoire. Il y avait quelque chose à gratter : ou bien Einstein et Weizmann ne sont pas aussi lisses qu’on nous le rapporte, ou bien Haber n’est pas aussi méchant et belliciste… Je me suis documenté, pour réaliser que tout cela était extrêmement complexe. Au départ, je n’étais pas du tout convaincu d’en faire une bande dessinée. C’était par pur intérêt personnel.

Un intérêt pour la science ou pour le problème identitaire ?

C’était le problème identitaire avant tout. Parce qu’il s’agit d’un juif allemand qui a ce côté schizophrène : il cache sa conversion au protestantisme à son entourage juif et cache sa judéité dans le monde prussien. Or, il côtoyait véritablement les deux milieux, on le trouvait à l’intersection. C’était un juif allemand qui reniait son héritage, et ceci trouve un véritable écho avec mon histoire personnelle, que je ne vais pas développer ici.

Je pense que j’ai découvert l’histoire de Fritz Haber au bon âge. J’étais en plein questionnement à cette époque : je venais d’avoir 30 ans, j’étais père, je réfléchissais beaucoup. Haber fut le personnage emblématique de cette question-là. Il a eu une vie assez incroyable, romanesque. Certains épisodes de sa vie sont étonnants et tout à fait rocambolesques. Il y a du corps dans sa biographie, rien que d’un point de vue action et péripéties. J’ai également été intéressé par le trouble lié à l’Allemagne de l’époque, à l’Europe de ces années-là où tout commence à se construire. Il y a cette transgression éthique, scientifique, la question identitaire, la question de l’homme privé avec sa femme (qui est assez abominable alors que, dans le même temps, on le disait extrêmement débonnaire et rigolard avec ses élèves), c’est un scientifique qui le premier intègre ses inventions à l’industrie… Bref, tous mes centres d’intérêts étaient dans Fritz Haber, et dans les gens qui l’ont côtoyé. J’avais là un sujet extrêmement trouble et je me suis posé la question de savoir si l’on pouvait rendre cette complexité en bande dessinée. Je me suis lancé, avec l’envie d’être le plus neutre possible.

Un extrait de "Fritz Haber"
© Vandermeulen - Editions Delcourt

Mais on n’est jamais totalement objectif...

Bien sûr, j’oriente malgré tout mon lecteur, je le sais bien même si j’essaie de ne pas prendre parti. Je reste d’ailleurs très vague quand on me demande ce que je pense de lui. À vrai dire, mes sentiments sont fluctuants : je peux avoir de la compassion, ou le trouver abject. Un jour, mon ami Xavier Löwenthal, qui m’avait aiguillé sur Fritz Haber, m’a dit : « si tu t’occupes de Fritz Haber, que tu le veuilles ou non, tu vas être obligé de l’aimer, sinon tu vas rater ton livre ». C’est une phrase qui m’est restée dans l’oreille, car je pense qu’il a raison.

La biographie met en avant son extrême abnégation, qui frise l’entêtement. On a l’impression que rien ne peut l’éloigner de ses objectifs, notamment ses objectifs en chimie. Pas même le profond mal-être de certains de ses proches…

Oui tout à fait. Il se considérait vraiment comme un sauveur de l’Allemagne. Parce que, très jeune, il a été subjugué par les théories de Thomas Carlyle, un philosophe anglais germaniste, très lu par la jeunesse allemande de la fin du dix-neuvième siècle. Cet Anglais, qui avait introduit Goethe et Schiller en Angleterre, était un penseur tout à fait particulier qui avait développé l’idée d’une aristocratie du héros : la théorie des grands hommes. Le jeune Haber (c’était aussi le cas de Marcel Proust et d’André Gide) s’était totalement identifié à ce bouquin de Carlyle, qui est dans l’oubli le plus total aujourd’hui. Par deux fois, Haber a voulu sauver lui-même l’Allemagne.

Tout d’abord, avec l’idée d’une arme chimique qui allait faire une percée dans les tranchées et écourter le conflit. Aujourd’hui, tous les historiens s’accordent pour dire que la guerre des gaz est un phénomène qui a participé à l’enlisement du conflit : les forces alliées ont répliqué très vite aux attaques chimiques allemandes.

Puis, il y a un autre exemple, à l’époque de la déflation du mark, vers 1923-24. Quand le ticket de métro valait un milliard de marks, il a cette idée folle : il est persuadé qu’il y a de l’or dans l’eau de mer (ce qui est vrai) et part avec un bateau qui ressemble à une forge de Vulcain dans les mers du Sud.

C’est presque du Jules Verne…

Oui ! Mélangé au Vaisseau fantôme de Wagner… C’est abracadabrant. Il part sur les côtes d’Amérique du Sud pendant six mois pour filtrer l’eau de mer. Son but était de revenir avec des tonnes d’or et de sauver l’Allemagne. En réalité, il ne rapportera que quelques pépites…

Il avait réellement pris au pied de la lettre cette théorie du Héros !

Tout à fait. C’est ce qui l’a motivé et ce qui a participé à son aveuglement. Sa vie privée avec Clara Immerwahr, sa femme, était catastrophique. C’était une très brillante chimiste, la première femme juive à sortir d’une université en Allemagne. À peine marié, Haber lui fit un gosse, la mit à la maison, dans une prison dorée. Elle se suicidera d’une balle dans le cœur avec son arme de poing. Toutefois, on ignore les vraies raisons du suicide de Clara. On a des lettres envoyées à ses anciens professeurs où elle explique son grand désarroi quant à l’abnégation de son mari à aller au Front et à mener son travail scientifique dans le domaine militaire. Elle est extrêmement dubitative. Il faut savoir que Clara Immerwahr a été fortement vampirisée par les mouvements féministes des années 1970. Des raccourcis historiques ont, à cette époque, été construits pour en faire une icône, une espèce de madone, martyre de son mari. Ça n’est pas faux, mais il me semble que sa personnalité fut beaucoup plus complexe. Cinq suicides dans sa famille, des problèmes psychologiques dès la prime enfance…

Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’elle s’est suicidée parce que Haber est entré en guerre. Même si cela y a probablement concouru. J’essaie de ne pas être manichéen, ce qui est un défi dès lors que la bande dessinée est un art de synthèse. De fait : peut-on évacuer le manichéisme dans la synthèse ?

Extrait de "Fritz Haber"
© Vandermeulen - Editions Delcourt

Vous mettez face à face deux personnages qui s’éloignent de plus en plus. On a l’impression qu’avec Albert Einstein et Fritz Haber, ce sont deux conceptions de la science qui s’affrontent…

C’est-à-dire qu’Einstein va, d’un point de vue intellectuel, totalement se désolidariser de Haber et de la plupart des Allemands. Il sera très courageux, puisque son Contre-appel sera considéré comme un acte anti-patriotique. Et l’on ne rigolait pas sur ce sujet à l’époque : on était dans un esprit généralisé de guerre nationaliste. C’est ça, la Première Guerre mondiale !

C’est pour cela que je m’intéresse principalement à des personnages juifs-allemands qui font partie d’une diaspora, des sans-terre qui auront un rapport avec le nationalisme tout à fait troublant. Ça n’est pas pour rien que le nouveau sionisme politique naît dans ces années-là également. Je voulais parler de cette époque au travers d’une diaspora qui a un questionnement propre par rapport à la nation.

Le climat en Allemagne au début du vingtième siècle est vraiment délétère. Avec notre recul, on voit dans ce que vous racontez les germes de ce qui va émailler le siècle. Dans ce contexte précis, Haber a un rapport très particulier à la religion, il zigzague entre les groupes sociaux. Comment pensez-vous qu’il ait vécu ce climat ?

Fritz Haber a évacué sa judaïté totalement. Ça n’était pas quelqu’un de religieux, mais il s’est tout de même marié avec deux juives. Il a caché à tout le monde sa conversion au protestantisme. Il avait besoin de ce ticket d’entrée… Mais il était totalement prussien. D’ailleurs, à la fin de sa vie, en 1933, il ne comprend pas les premières lois antijuives, qui le plongeront dans un énorme désarroi. Depuis Manchester, Weizmann va l’appeler pour lui proposer de devenir le recteur de l’Université de Jérusalem, qu’il venait de mettre en place. Haber tombe des nues, il ne sait pas très bien comment réagir, il demandera un temps de réflexion à son ami. Il mourra avant d’avoir donné une réponse… Une semaine après sa mort, une lettre du Japon lui sera envoyée : on lui donnait carte blanche pour conduire des travaux militaires, là-bas. Ces deux propositions sont arrivées en même temps, on ne saura jamais ce qu’il aurait choisi, même si, personnellement, je pense qu’il serait parti au Japon.

Haber était belliqueux ?

Je dirais même : belliciste comme un pou ! Il a reçu le Nobel de chimie pour ses travaux sur l’ammoniaque, une invention civile qui était un adjuvant pour la fertilité de la terre. Mais cette invention a également permis la construction d’explosifs et indirectement l’entrée en guerre de l’Allemagne en 1914. Il ne s’est jamais excusé, il n’a jamais renié. Jusqu’à la fin de sa vie, il a répété qu’il était dans une logique de mettre fin au conflit, qu’il trouvait immonde.
Alors qu’ Einstein, à partir des année 1918-1920, s’éloigne de plus en plus de Haber, alors que celui-ci l’avait introduit à Berlin. Ce qui a mis Einstein dans une situation complexe ; Haber était son mentor, un véritable génie de la science, une sommité. Einstein était comme un chien dans un jeu de quilles. Je trouve qu’il s’en est remarquablement sorti, même s’il fut mis en face de contradictions inévitables.

La terrible utilisation du gaz dans les tranchées...
© Vandermeulen - Editions Delcourt

Le système graphique mis en place évoque le cinéma muet, il y a un jeu sur le rendu des couleurs. Pouvez-vous nous expliquer comment vous composez vos planches ?

Il y a un travail particulier. Je pense être le seul à procéder de la sorte. Je n’explique pas vraiment l’entièreté de ma technique, parce que je ne suis pas un inconditionnel de l’envers du décor. C’est comme un magicien qui raconte son truc. Mais voici ce que je peux dire : pour moi la bande dessinée, c’est l’art de la tricherie. Je ne crois pas en l’efficacité pure (par exemple, ma fille de onze ans a réalisé une des cases du tome 2). Les planches de Fritz Haber sont des aquarelles faites à l’écoline sépia, rehaussées à l’eau de javel. Ce produit chimique mordant mange les pigments et redonne des éclats et des contrastes avec le papier que l’on ne peut pas obtenir avec une simple aquarelle.

C’est de la chimie ?

Oui, tout à fait, c’est pensé par rapport au sujet. Pour raconter la vie de Fritz Haber, cette technique s’imposait. Encore une fois, c’est Xavier Löwenthal qui m’a initié à cette technique.

Les pages sont ensuite numérisées pour l’insert des panneaux et les textes des dialogues ?

Oui. Il y a aussi un apport photographique. J’ai adopté cette méthode, parce que je savais que cette biographie allait occuper quinze ans de ma vie. Les premières planches datent de 2003. Mais de 1998 à 2003, j’ai lu sans interruption sur le sujet. Je pense même que j’avais fait une première séquence de huit planches dès l’an 2000.

À plusieurs reprises dans votre carrière, vous avez manifesté de l’intérêt pour le mythe de Faust. Pourquoi ?

J’ai commencé à m’intéresser à l’Allemagne et plus particulièrement à l’Allemagne littéraire des dix-huitième et dix-neuvième siècles. Pour chaque personnage important (Einstein, Rathenau, Haber, Weizmann…) j’ai cherché à connaître leurs livres de chevet. Et je me suis décidé à lire toute cette bibliographie.

Ça représente des milliers d’heures de lecture !

Oui, mais c’est un plaisir personnel également, c’est un enrichissement intellectuel. C’est ma nature d’approfondir les choses quand je m’intéresse à un sujet. J’essaie de comprendre dans un grand spectre. C’est pourquoi, parmi cette abondante bibliographie, le Faust de Goethe a été important,… La personnalité faustienne de Haber collait totalement. Ce texte est fondamental et complexe. C’est Ambre qui a dessiné l’adaptation. On a travaillé le Faust comme cela. Il faut comprendre cette bande dessinée comme un écho de Fritz Haber. Il y a un lien cohérent, ce sont deux récits que l’on peut lire dans le même temps.

Joß Fritz, la passion des Anabaptistes
© Vandermeulen - Ambre - Editions 6 pieds sous terre

Venons-en à Joß Fritz. Un livre assez monumental, en tant qu’objet, il est magnifique, à nouveau vous n’êtes pas avare de présentation littéraire (préface, postface) et de citations…

Oui, c’est mon côté didactique !

Vous m’avez dit dans un précédent entretien avoir un problème avec la fiction. Est-ce que le fait d’emmagasiner autant de lectures, de mettre autant de citations en tête de chapitres, est un moyen d’accrocher vos récits dans le réel et donc de s’éloigner de la fiction ?

Disons que c’est avant tout le plaisir de partager mes intérêts de lecture, historiques, philosophiques. Je me vois comme un passeur, je partage des vues. J’ai envie que mes bandes dessinées soient des introductions à des pans de l’Histoire, ou à des questionnements philosophiques.

Un extrait de "Joß Fritz, la passion des Anabaptistes"
© Ambre - Vandermeulen - Editions 6 pieds sous terre

Dans le cas de Joß Fritz, c’est un épisode méconnu. Sans votre introduction, la plupart des lecteurs seraient perdus.

"Lipstick traces"
par Greil Marcus (éditions Allia)

Il était effectivement indispensable d’écrire des textes d’introduction. Parce qu’à l’heure actuelle, l’histoire de la théologie n’est pas forcément un centre d’intérêt répandu… Moi, j’ai eu la connaissance des Anabaptistes et de la Guerre des Paysans vers l’âge de 25 ans, dans la prose situationniste et marxiste. Dans des textes politiques de Guy Debord, Vaneigem, Engels,… Je pense aussi au livre Lipstick Traces, un texte fondamental sur la culture underground. Un ouvrage qui parle du mouvement punk, des Sex Pistols, mais qui le ramène au Dadaïsme, au Surréalisme, et à toute une contre-culture révolutionnaire qui s’est finalement fait bouffer. Un livre fascinant.

Les Anabaptistes ont formé un groupe révolutionnaire que l’on peut qualifier de proto-communiste. C’est très surprenant de voir qu’une expérience de la sorte se soit tenue dès les premières années des Temps Modernes…

Oui, tout à fait. Il faut préciser que c’est un communisme qui est empreint de théologie…

On est complètement dans une autre logique que Fritz Haber qui a un détachement de la religion, même si elle apparaît comme repère identitaire… Lui peut vivre sans religion, les Anabaptistes pas.

Oui, c’est le contexte historique qui explique cela. Beaucoup de textes situationnistes des années 1960 et 1970 parlaient des Anabaptistes en évacuant le côté théologique pour ne reprendre que l’engagement révolutionnaire paysan. De nouveau, il me semblait que c’était un beau défi que de raconter cette histoire en parlant de Dieu, qui est finalement omniprésent. Les Anabaptistes étaient un groupe révolutionnaire mais aussi extrêmement réactionnaire puisqu’ils voulaient revenir à la pureté des Évangiles… Cette recherche d’une pureté originelle est un schéma classique des mouvements révolutionnaires. Avec Ambre, on a proposé un livre qui s’ancre dans un moment historique et qui utilise la culture historique de l’époque pour la mettre en images. Fritz Haber a traversé les années 1920, j’utilise des codes du cinéma des années 1920. Joß Fritz, c’est le seizième siècle, on prend comme modèle les graveurs allemands du seizième.

Un extrait de "Joß Fritz, la passion des Anabaptistes"
© Ambre - Vandermeulen - Editions 6 pieds sous terre

Un autre point commun entre les deux projets, c’est que dans les deux cas, on est dans moment charnière de l’Histoire.

J’aime les moments où les choses naissent. Au 16ème, Luther et l’arrivée de la Bible sont une grande étape de modernité. Haber, c’est l’époque de la naissance du néo-capitalisme, la transgression éthique, la guerre industrielle, la naissance du sionisme, les thèses nazies…

Ambre a réalisé un travail remarquable sur les typographies, les lettrines,…

On voulait faire croire à un livre d’époque. Si ce n’est que ce sont des éléments qu’on insère dans une bande dessinée qui est moderne, par ses cadrages, notamment. En fait, le résultat de tout ça donne des pseudo-reliques. Mais l’effet sur les lecteurs reste efficace.

David Vandermeulen à Bruxelles
en novembre 2010

Une dernière question pour conclure : quel est le livre qui vous a donné envie de faire ce métier ?

L’auteur qui m’a fait venir à la bande dessinée, c’est Lewis Trondheim, notamment ses premières productions. Puis ceux qui m’ont donné le courage de faire Fritz Haber : Vincent Fortemps et Aristophane.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos © M. Di Salvia

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A propos de David Vandermeulen, sur ActuaBD :

> "Haber a agi très fortement sur son temps, l’Histoire Universelle lui doit beaucoup" (entretien en octobre 2005)

> "Bande dessinée et identités juives"

> Fritz Haber exposé à l’Historial de la Grande Guerre à Péronne

> Une enquête du Commissaire Crémer T1, T2

> Fritz Haber T3

 
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3 Messages :
  • pas de manichéïsme ! tout est complexe.

    Avec ce genre de complexités, on retrouve cette année deux livres "complexes" dans les favoris du public et de la critique :
    Il était une fois en France raconte l’histoire (vraie) d’un juif collabo.
    Fritz Haber raconte l’histoire (vraie) d’un juif belliciste dont les inventions ont conduit à inventer les gaz de la première guerre mondiale puis des camps de la mort.

    Qu’est ce qu’on essaie de nous dire ? Avec cette "complexité", avec ce rejet du "manichéïsme" ?

    Ces histoires ont beau être vraies, les retrouver toutes les deux publiées en ce moment et en France a énormément de sens.

    Rien à dire sur la qualité des livres, ni de leurs auteurs. mais ce sont des baromètres, des symptomes.

    Je crois qu’on essaie de nous expliquer que le monde est très complexe, que les bons et les méchants ça n’existe pas. Ces parallèles juif/collabo puis juif/gazeur c’est trop croustillant, non ?

    Est-ce que ces livres ne répondant pas à une envie très profonde et assez malsaine ? Est-ce qu’ils ne participent pas de l’envie de solder des choses ? Le même genre de plaisir qu’on éprouve quand on braille que les soldats israéliens ne valent pas mieux que les SS ?

    Je ne discute pas la qualité des livres. Mais leur concomitance. La jouissance qu’ils procurent manifestement. Les envies sous-jacentes et très contemporaines qu’ils disent.

    Les auteurs francophones ont décidément une passion pour les juifs qu’ils ne parviendront jamais à cesser de traîter comme des symboles, ou des exutoires.

    J’ai du mal à m’associer à ces plaisirs coupables.

    avez-vous vu cette case, dans "il était une fois en france" dans laquelle le juif rentre chez lui et on découvre que son appartement est éclairé par un chandelier à sept branches ? Les auteurs ne l ont pas fait méchamment, mais dans leur imaginaire c’est comme ça, les juifs s’éclairent avec des chandeliers ! Je vous laisse, je dois aller égorger des petits enfants pour préparer Pâques.

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    • Répondu le 16 décembre 2010 à  15:28 :

      Vandermeulen est belge, et pas français, mais c’est un détail.
      Limiter le propos de Fritz Haber comme vous le faites est un peu court, d’autant que ce troisème tome met l’accent sur l’opposition avec son contempotain et ami Albert Einstein, tout aussi juif et infiniment moins belliciste. Ce qui frappe plutôt dans Fritz Haber, c’est la montée d’un antisémistisme de plus en plus structuré. Le caractère et les errances de Fritz Haber viennent en grande partie du fait qu’étant juif, il est de fait stigmatisé et exclu des circuits de la réussite sociale. Dès lors, conciemment ou non, il devient plus belliciste que les Allemands de "pure souche". Le destin de Fritz Haber est symbolique d’une humanité qui se perd, et le récit de vandermeulen est frappant de modernité, malgré une esthétique qui ancre clairement le récit dans le début du XXème siècle (couleurs sépia, découpage évoquant les films muets). Un discussion sur lma convention de Genève et les gaz de combats utilisés à Ypres n’est pas sans rappeler le cynisme des discussions sur les armes de destructions massives en Irak.
      A travers "Fritz Haber", il n’y a aucun jugement etil ne faut pas voir en cette histoire une tentation antisémite, mais plutôt un symbôle d’une humanité qui se suicide. IL s’agit du destin d’un homme, destin exemplaire d’un homme qui l’est beaucoup moins. Se dire qu’un homme a utilisé son intelligence pour faire progresser l’humanité en permettant le développemnt des engrais industriels grâce à la fixation des nitrates, deviendra finalement le père des gaz de combat, invention abjecte s’il en est, et que son travail servira finalement à exterminer le "peuple" dont il faisait partie, même s’il a toujours tenté de la faire oublier... un tel destin est trop riche d’enseignements pour s’arrêter au simple fait qu’il était juif.

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      • Répondu le 27 janvier 2011 à  21:03 :

        Le message précédent ne parlait pas d’auteurs français, mais d’auteurs francophones.

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