David Vandermeulen : « la violence de Ric Hochet me marque parce que personne ne la voit »

3 octobre 2012 2 commentaires
  • Visible depuis le 7 septembre au BIP de Bruxelles, une exposition de « Planches Mémorables », organisée dans le cadre de la Fête de la BD 2012, propose cette année de (re-)découvrir Tibet et son personnage Ric Hochet à travers le regard de David Vandermeulen, auteur de Ric Remix et d'une [biographie acclamée de Fritz Haber.->art2972]

David Vandermeulen : « la violence de Ric Hochet me marque parce que personne ne la voit »Quelle est la thématique de cette expo ?

C’est Éric Verhoest, le galeriste de Champaka qui en a eu l’idée. Il a initié une série d’expositions qu’il a baptisé « Planches Mémorables ».

Concrètement, Éric Verhoest demande à un auteur contemporain de porter son regard sur l’œuvre d’un grand auteur belge de BD qui nous a quitté et qui a marqué le neuvième art. Vu que j’avais déjà travaillé sur l’œuvre de Tibet, on m’a demandé de choisir neuf planches de Ric Hochet.

Quelles sont ces planches ?

Lorsque l’on m’a demandé que représente pour moi Ric Hochet et Tibet, j’ai répondu que cela m’évoquait surtout des cases. J’ai plus une idée de « cases mémorables » concernant mon travail sur Tibet, c’est pour cela que sur Ric Remix, j’avais mélangé des cases prises ici et là pour les ré-assembler en planches.

Pour en revenir à la question concernant cette exposition, j’ai choisi de mettre en avant les combats de Ric Hochet contre ses ennemis, tout au long de la série, c’est-à-dire une période de 45 ou 50 ans.

Case mémorable récurrente : Ric Hochet se faisant assommer Pour moi, c’est très significatif car le scénariste André-Paul Duchâteau a pris soin de régulièrement renouveler la galerie des ennemis de Ric Hochet. Au début, ceux-ci sont assez classiques et se rapprochent de ce que l’on voyait au cinéma à cette époque mais, plus on avance dans les albums et dans le temps, plus ces combats deviennent imaginatifs et parfois même farfelus ! Il y a cette petite chose caractéristique dans les albums de Tibet et Duchâteau qui fait que l’on ne sait jamais si l’on doit rire ou pleurer. Pour moi, c’est cela, Ric Hochet !

S’il ne fallait choisir qu’un seul adversaire de Ric Hochet, lequel serait-ce ?

Je ne sais pas mais si on se réfère à l’expo, celui qui a le plus marqué le public c’est Dédé le Hérisson. Il s’agit d’un adversaire déguisé en un gros hérisson en mousse et qui assomme Ric avec une pancarte sur laquelle il est inscrit : « boom au Lombard ». Cette planche est magnifique car elle est dessinée avec beaucoup de sérieux mais il y a justement cet effet dont je parlais tantôt qui est que l’on ne sait pas si il faut en rire ou pas.

Dédé le Hérisson contre Ric Hochet

Selon vous, est-ce que ces adversaires définissent Ric Hochet ?

Je pense que la spécificité de Ric Hochet, c’est qu’il y a toujours les mêmes gimmicks qui reviennent : Ric casse sa Porsche, il se prend cinq ou six beignes, il se fait assommer au moins deux fois par album. Il y a des personnages secondaires tels que le Commissaire Bourdon et Nadine et il y a toujours une grande confrontation avec un méchant que Ric Hochet fini toujours par démasquer. Et effectivement, je dirais que c’est l’ennemi qui définit et fait évoluer la série. Tibet et Duchâteau nous racontent toujours la même chose mais en réinventant dans le même temps les histoires de leur héros. Ce qui fait qu’un lecteur est très à l’aise lorsqu’il commence un Ric Hochet car tout est balisé. Je pense que c’est assez rare dans la BD franco-belge de trouver une série telle que celle-là, aussi bien installée.

Vous semblez marqué par la violence de Ric Hochet.

Mais pour moi, Ric Hochet c’est violent !

Pourtant, la violence est présente dans énormément de BD franco-belges. Pourquoi celle de Ric Hochet vous marque-t-elle plus que celle d’une autre ?

Parce que personne ne la voit véritablement. Lorsque l’on demande à quelqu’un de définir Ric Hochet, généralement, il ne citera pas la violence parmi les caractéristiques principales de la série. Les gens parleront de sa Porsche, de ses vestes tweed en pieds de poule mais ils ne vont jamais soulever ce point-là. Pourtant, lorsque l’on y prête attention, on se rend compte qu’elle est omniprésente. C’est quelque chose de très pensé par Duchâteau.

Pensez-vous que l’on devrait poursuivre cette série ?

Je n’en ai aucune idée et pour être franc, cela ne me concerne pas. Néanmoins, si c’était une volonté de Tibet et si ses ayants-droit le souhaitent aussi, pourquoi pas.

Expo Planches Mémorables

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire aussi : Ric Remix, un pastiche un peu vain.

L’exposition TIBET « Ric Hochet » : Planches Mémorables se tient au BIP de Bruxelles jusqu’au dimanche 14 octobre 2012.

BIP, 2-4 rue Royale 1000 Bruxelles.

Le BIP est ouvert tous les jours de 10h à 18h.

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En médaillon : David Vandermeulen - Photo DR - (C) Le Lombard

 
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