Des super-héros arabes font régner la justice au Proche-Orient

13 septembre 2005 0 commentaire
  • Au Caire, la société AK Comics a lancé une série de comic-books qui ont pour but de promouvoir des super-héros du Proche-Orient. Une entreprise qui semble avoir du succès...

C’est en 2003 que l’Egyptien Ayman Kandeel décide de créer une société portant ses initiales, AK Comics, dont l’objet est de promouvoir des super-héros qui font la justice au Proche-Orient. Comme pour le Mecca-Cola vis-à-vis du Coca Cola : ça a le goût d’une BD américaine, mais ce n’est pas un comic-book américain. Avec une certaine habilité, l’éditeur fait illustrer des scénarios écrits par une plume égyptienne, notamment la sienne, par des artistes égyptiens, mais surtout américains, afin de proposer des comics qui soient une alternative aux super-héros des États-unis.

Des super-héros arabes font régner la justice au Proche-Orient
Jalila.
(c) AK Comics

Zein, le dernier Pharaon (par Axel Ortiz, Jack Nolang et Jeff Ong) est un héros on ne peut plus égyptien. Un groupe de terroristes met la main sur des armes nucléaires inventées par le docteur Ibrahim, seul connaisseur des codes qui permettent leur déclenchement et qui devient leur otage, dans le but de détruire « La Cité des Origines »... Zein, « le dernier Pharaon », saura sauver les mânes de l’Egypte.

Jalila, protectrice de la Cité de toutes les Croyances (par R.V. Valdez, Kelleher et Blonde) découvre qu’au moment où le Dr Ansam (son alter ego scientifique) est en train de déployer un bouclier protecteur sur « La Cité de toutes les Croyances », Aton, son pire ennemi, est ressuscité et se trouve sur le point d’envoyer trois têtes nucléaires sur sa cible. Jalila, dont le champ d’action va de la péninsule arabique à la Perse, arrête deux de ces missiles mais le troisième atteint malheureusement Amjad City.

Zein
(C) AK Comics

Aya , la Princesse des Ténèbres (par Todd Vicino, Chad Smith, Jack Nolan, Mike Kelleher et R.V. Valdez), est née en Algérie. Elle combat José Darian, le magnat de la mafia du Moyen-Orient qui jette contre l’héroïne ses séides comme Number Zero et ses hommes de main, parmi les plus terribles de la région.

Enfin, Rakan, le combattant solitaire (par Tod Vicino, Rafael Kras, Scott Rockwell, Legio Studio et Ellen Valdez) est une espèce de Conan le Barbare dont les parents ont été tués par les Mongols.

Si ces histoires, éditées en arabe mais aussi en anglais [1], n’abordent pas explicitement la religion, quelques fines allusions renvoient cependant à la situation au Proche-Orient, comme cette usine nucléaire de Dimondona qui n’est pas sans évoquer celle de Dimona située en Israël. L’ennemi d’Aya est un certain José Darian (patronyme proche de celui de Moshé Dayan) qualifié de « chef de gang du monde souterrain » (allusion aux Protocoles des sages de Sion dont la télé égyptienne a financé une adaptation en feuilleton interdite de diffusion en Europe et aux États-Unis ?).

"Super-héros du Moyen-Orient"

Rakan
(c) AK Comics.

L’association israélienne La Paix Maintenant [2], citant le Jerusalem Post, signale cependant que l’éditeur égyptien avait envoyé un certain nombre d’exemplaires commandés par des écoles israéliennes. Ravi de cette commande, notre éditeur égyptien a décidé de ne pas la faire payer par ses commanditaires : « Nous essayons d’être un pont entre les pays de la région, dit Marwan el-Nashar, PDG de la société, au Jerusalem Post. Voilà pourquoi nous nous appelons "superhéros du Moyen-Orient", et non "superhéros arabes ».

Le succès s’annonce, puisque, selon le journal égyptien Al Haram Weekly de Janvier 2005, 1100 abonnements ont d’ores et déjà été souscrits et les ventes sont passées de 400 à 11.000 exemplaires par mois distribués en Egypte ces 11 derniers mois. En outre, la compagnie d’aviation Egyptair en a vendu 10.000 exemplaires en août et 8.000 en novembre 2004. Le lectorat touché semble être les 7/14 ans. Malgré les pertes de lancement accumulées dues à un positionnement-prix trop cher pour le marché égyptien et auquel l’éditeur répondit en mettant sur le marché une version noir et blanc bien moins chère, la diffusion s’étend à partir de juin de cette année en Arabie Saoudite, au Koweit et aux Emirats Arabes Unis. D’autres pays comme le Liban, la Syrie et la Jordanie devraient suivre tandis que les premiers produits dérivés alimentaires à l’effigie des personnages apparaissent sur les étals et qu’un dessin animé serait en cours de préparation.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le site de AK Comics (en arabe et en anglais).

[1AK Comics avait un stand à la dernière Convention de San Diego

  Un commentaire ?