Emmanuel Proust : « je ne fais pas ce métier pour devenir un fonctionnaire de l’édition. »

3 juin 2004 0 commentaire
  • Depuis quelques années, Emmanuel Proust fait un parcours étonnant dans le monde de la bande dessinée. Cet ancien journaliste pour « Femme Actuelle » a réussi à bâtir un catalogue qui ne laisse pas indifférent. Il vient de lancer une nouvelle collection, « Ciné 9 », dont les scénaristes sont des cinéastes. Lautner, Bouhnik, Guediguian figurent au générique. Une démarche originale qui nous a poussé à le rencontrer.

Emmanuel Proust : « je ne fais pas ce métier pour devenir un fonctionnaire de l'édition. » Actua BD : Quelle est la ligne éditoriale d’Emmanuel Proust Editions ?

Je souhaite accueillir une nouvelle vague d’auteurs. Pas exclusivement des auteurs de bande dessinée. Mais également des auteurs venus de la littérature et du cinéma. Pour accueillir ces nouveaux talents, j’ai développé six collections, soit six écrins bien précis : Trilogies (des cycles courts en trois tomes) ; Atmosphères (une bd d’auteur Internationale) ; Petits Meurtres (des polars fleuves en noir et blanc) ; Ciné9 (la rencontre entre les réalisateurs de cinéma et les auteurs de BD) et la collection dédiée aux écrivains de romans policiers en couleur : Agatha Christie (adaptation en BD des romans de la Reine du crime), Tony Hillerman, George Chesbro et James Ellroy.

A l’Attaque, un Conte de l’Estaque
Une adaptation fidèle et inventive d’un film de Guediguian.

-  Quel est votre rapport avec le Groupe La Martinière ?

Le Groupe La Martinière est actionnaire majoritaire dans la société EP éditions. Je détiens à titre personnel 35 % des parts, le reste étant détenu par le Groupe. Il est important de le préciser : j’ai créé cette maison d’édition avec et grâce à la complicité d’une personne dont j’admire le parcours : Hervé de la Martinière. Il était important, après les expériences de Hachette et Vivendi, de trouver quelqu’un capable d’être à la fois éditeur et bon gestionnaire. J’ai donc conscience d’avoir une chance incroyable puisque Le Groupe et son PDG (Hervé de la Martinière) sont à l’écoute et ne me mettent pas une pression démesurée. La pression existe bien sûr, mais je pense que tout le monde a conscience que cette très jeune maison d’édition évolue dans un contexte économique difficile, et que l’avenir lui sourira si l’on ne met pas la charrue devant les boeufs.

-  Cette nouvelle collection, « Ciné 9 », est une nouvelle phase de votre développement ?

J’ai deux réponses pour votre question.
Oui, car elle aura une influence majeure dans notre capacité à passer un cap. Elle permettra normalement d’élargir notre public et de nous faire connaître de nombreux souscripteurs et j’espère de dessinateurs de talents qui auront envie à leur tour de tenter « l’expérience Ciné9 ».
Et je vous répondrais non, car il n’y a pas de calcul derrière cette nouvelle collection. « Ciné9 » existe simplement parce que je suis un grand fan du cinéma français. Et comme je tiens à publier ce que j’aime loin des démarches marketing... Aussi, je connaissais des réalisateurs de cinéma intéressés par le Neuvième Art, je voulais leur offrir cet espace de création, voire de récréation pour certains ! Bref, c’est plus passionnel que rationnel, mais ça reste organisé. Car, dans ce métier, les mécènes n’existent pas, je donc bien obligé de rêver dans la réalité

Baraka de Lautner et Will Maury
Un étonnant scénario de Lautner.

-  A force d’aller chercher des écrivains et des cinéastes pour écrire des scénarios de BD, n’allez-vous pas vexer ceux qui en font leur métier ?

Je pense qu’il n’y a pas de complexe à avoir. Un bon scénariste de bande dessinée est irremplaçable pour le médium. Mon but était d’apporter d’autres problématiques d’histoires, une régénérescence. Surtout, j’ai introduit mes goûts personnels : je lis Daeninckx, je regarde les films de Bouhnik, etc. Pourquoi se priver de tels talents ? Que ça soit clair : je ne fais pas ce métier pour devenir un fonctionnaire de l’édition, c’est pourquoi les habitudes du sérail m’indifférent. J’espère ainsi bousculer les habitudes tant au niveau des thématiques, des choix des auteurs et des maquettes ! D’ailleurs, je remarque que les majors ne se plaignent pas trop que je prenne des risques à leur place puisque je vois certaines de mes idées aujourd’hui reproduites à plus grande échelle. On parlera donc d’hommage pour ne froisser personne... Et pour en revenir à votre question sur les scénaristes BD, regardez de près le catalogue, il y a quand même une part importante de scénarios signés par la nouvelle génération de scénaristes : LF Bollée, Baloo, Jean-Blaise Djian.. Pour résumer : peu importe le CV ! Dans un contexte de surproduction, je lance quand même à la fin de l’année de nombreux premiers scénarios de jeunes qui n’avaient jamais rien publié. Je vous les cite : Erwan Courbier pour la trilogie psy-polar "Simon Radius" ; Hughes Fléchard pour la trilogie onirique "Mr Deeds", Tanguy Ferrand pour la trilogie "Vaudou dou Wap" ; Didier Quella-Guyot pour la trilogie historique "Pyramides" ; Hugues Marron pour une adaptation d’Agatha Christie, etc. Ce qui n’est pas négligeable chez un éditeur de ma taille. Mais je trouve nécessaire de lancer de nouvelles sensibilités, sinon j’aurais l’impression de ne pas remplir mon rôle.

Propos recueillis par Didier Pasamonik, le 1er juin 2004.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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