Éric Albert : "Le scénario original de "Corpus Christi" avait prédit la démission du pape"

30 mai 2013 0 commentaire
  • C'était dans l'air : Alors que ce printemps était marqué par l'actualité vaticane, Corpus Christi d'Éric Albert et François maingoval se trouvait élu par le conclave des édinautes de Sandawe. Retour sur la genèse de cette BD avec ses auteurs, à l'occasion de leur exposition au Centre Belge de la BD.
Éric Albert : "Le scénario original de "Corpus Christi" avait prédit la démission du pape"
Eric Albert & François Maingoval au CBBD
Vernissage de l’expo consacrée à Corpus Christi.
Photo : Daniel Fouss

Pouvez-vous vous présenter ?

François Maingoval : Je suis le scénariste de Corpus Christi, qui est mon vingtième album de BD.

Éric Albert : Quant à moi, je suis issu du milieu de l’illustration, du dessin animée et de la publicité et Corpus Christi est mon second projet BD.

Comment vous est venue l’idée de cette album ?

François Maingoval : Je serais incapable de le dire. Les idées me viennent comme ça. Certaines sont oubliées, d’autres me restent en tête. Dès que l’une d’elles prend corps, alors ça devient un scénario de BD.

Quelques planches de Corpus Christi
Maingoval & Albert (c) Sandawe

Quelles sont les inspirations de Corpus Christi ?

François Maingoval : Je lis beaucoup, des livres, des BD. Je vais souvent au cinéma. J’ingurgite beaucoup d’influences, je les digère puis, il en sort quelque chose. Alors, je pourrais dire que j’ai été influencé par Indiana Jones mais il n’y a pas que ça. Corpus Christi est une synthèse de tous les récits d’aventures que j’ai lus et dans ce cadre là, je pourrais même remonter jusqu’à Tintin !
Mon premier objectif, c’est de raconter une histoire qui me plairait si j’en étais le lecteur.

Éric Albert, comment avez-vous rencontré François Maingoval ?

Éric Albert : J’ai rencontré François via un ami dessinateur. François cherchait de nouvelles collaborations car il n’était pas satisfait du dessin que lui proposait son collaborateur de l’époque. La rencontre avec François s’est faite au salon du livre de Limoges, il y a quelques années. Nous avons commencé notre collaboration en proposant à Casterman un projet de spin off pour Alix. Finalement, celui-ci n’a pas été retenu mais vu que nous nous étions tellement bien entendus François et moi, humainement et professionnellement, il m’a aussi tôt proposé un autre scénario.

François Maingoval : Avant de poursuivre, j’aimerais ouvrir une petite parenthèse. Vos lecteurs ne le savent peut être pas mais Patrick Pinchart, le fondateur de Sandawe est aussi le créateur d’Actua BD. Je fus un des premiers contributeurs de votre site d’infos. J’ai fais cela quelques temps puis, je me suis retiré petit à petit, étant donné la grande charge de travail que cela me demandait et que je manquais de temps pour développer mes autres projets.

Un jour, Patrick m’a recontacté pour m’informer qu’il lançait les éditions Sandawe, car j’étais entretemps devenu scénariste de BD. Nous nous sommes rencontrés et je lui ai montré tout une série de scénarios, dont en exclusivité celui de Corpus Christi. Contrairement aux idées reçues, Corpus Christi n’avait pas encore été présenté aux autres maisons d’éditions ! Patrick a flashé sur cette histoire et j’ai donc convaincu Éric d’éditer ce projet chez Sandawe. Corpus Christi fut la première bande dessinée à être proposée sur le site de crowdfunding de Patrick Pinchart.

Votre scénario a quand même subi quelques modifications...

François Maingoval : Effectivement, nous avons suivi l’actualité récente de la papauté et nous l’avons introduite dans notre album car nous trouvions que c’était un gag énorme ! C’est un hasard extraordinaire qui n’arrive qu’une seule fois dans la vie ! Au début, lorsque Éric m’a appelé pour m’informer que le pape Benoit XVI avait démissionné, je ne l’ai pas trop cru car Éric est un grand farceur. Mais en vérifiant rapidement cette info sur Internet, j’ai bien dû admettre la véracité des propos de mon compère. J’ai alors appelé Patrick en lui demandant si il n’était pas trop tard pour modifier mon scénario, car la mise en couleurs de l’album était terminée et il allait passer dans eu de temps à l’impression. Avec son accord, j’ai donc pu changer deux trois petites choses et nous avons ajouté le petit macaron sur lequel est inscrit :" la véritable raison de la démission du pape".

Ces modifications ont elles chamboulé le dessin que vous aviez déjà effectué, Éric ?

Éric Albert : Non, pas vraiment. J’ai retouché ici et là deux-trois choses, rallongé un petit peu certains textes mais, fondamentalement, il n’y a pas eu de grand bouleversement car ironiquement, la fiction avait rejoint la réalité. Le scénario original de François avait prédit un tel évènement.

François Maingoval : Maintenant, il reste à savoir si on découvrira aussi un jour le cadavre du Christ... (rires).

Vous avez aussi introduit un élément assez provocateur dans le scénario : l’idée d’un parc d’attractions sur le concept des grandes religions monothéistes. N’est ce pas un peu too much, surtout à notre époque où la question des religions est devenue un sujet hyper-sensible ?

Éric Albert : François devrait faire de la voyance car dernièrement, j’ai entendu à la radio un reportage sur un parc aux États Unis qui s’appellait "Hollyland Experience", dont l’attraction principale est la crucifixion du Christ, pour les touristes en short. Il y a aussi un restaurant qui vous propose des hamburgers Marie-Madeleine !

François Maingoval : Bon, ce n’est pas vraiment prémonitoire car je vais souvent aux USA. Je connais bien ce pays et ses mœurs et je sais que dans certaines régions telles que dans le centre, ce type de choses peuvent être possible. Je dois aussi dire que la cathédrale de cristal qu’Éric a dessinée dans l’album existe vraiment. Elle est situé en Floride. Il y a des prédications toutes les trois heures et assister à un culte dans cet endroit est vraiment impressionnant car il y a des transes et des choses hallucinantes !

Peut-on s’attendre à une suite ?

François Maingoval : Eh bien..., l’histoire en elle même est terminée. C’est un one-shot mais nous nous laissons la liberté de réutiliser ces personnages dans une histoire différente, si Corpus Christi a du succès.

Comment avez-vous vécu cette expérience dans le crowdfunding ?

Éric Albert : En ce qui me concerne, j’ai fonctionné de manière classique, c’est à dire que j’ai attendu que le financement soit bouclé pour commencer à travailler sur la BD.

Combien de temps à pris le financement ?

François Maingoval : Le financement a pris un an et trois mois mais nous n’avons pas été actif pendant près d’un an car nous avions mal compris le principe du financement participatif. C’est seulement lorsque nous avons commencé à animer notre page que le public s’est montré réactif. Nous avions régulièrement organisé des animations, des ventes aux enchères, des concours, etc. Cette présence sur le site de Sandawe et les réseaux sociaux s’est révélée payante, car le financement s’est accéléré pour se boucler en trois mois seulement. Mais cela nous a demandé beaucoup trop d’énergie ! À l’avenir, l’idéal serait que les auteurs fournissent la matière première et que l’animation du site et des réseaux sociaux soit prise en charge par l’éditeur.

Votre critique est intéressante... Néanmoins, on assiste à l’heure actuelle à une multiplication des projets de crowdfunding et pas seulement dans la BD [[À ce sujet, visitez le site Kiss kiss bank bank].]. Selon vous, qu’est ce qui explique cet engouement pour le financement participatif ?

François Maingoval : En ce qui concerne les autres médias et supports, je ne peut vraiment pas me prononcer. Toutefois, je m’interroge sur l’importance du vivier que représente la BD. Je me demande si nous n’allons pas retomber inlassablement sur les même personnes prêtes à financer les projets. La question prend du sens, surtout si l’on tient compte du fait que les bourses ne sont pas extensibles... Et puis, il faut aussi avoir à l’esprit que nous sommes des pionniers dans notre domaine. Le site de Sandawe et le système du crowdfunding sont assez jeunes et il faut leur laisser le temps de se développer. Enfin, il faudrait aussi une "grosse locomotive" au niveau BD pour entrainer vers le haut les autres productions.

Éric Albert : Actuellement, il y a deux profils d’édinautes (internaute éditeur, selon le jargon de Sandawe) dont un, je pense, qui va bientôt disparaitre. Il y a d’une part l’édinaute qui pense pouvoir gagner beaucoup d’argent. Je pense que dans le milieu de la BD, ce n’est pas du tout acquis. Il faut savoir que chez un éditeur classique, sur dix albums, il y en a deux ou trois qui seront à l’équilibre. Quatre ou cinq seront en perte et un seul qui sera vraiment rentable et fera gagner de l’argent. Dans le système du crowdfunding, c’est celui qui mise sur le bon cheval qui va rafler la mise. Je pense que c’est ce profil d’édinaute-là qui va disparaitre. Il restera alors les passionnés. Ceux qui sont là par amour de la BD. Ils investissent de petits montants, ils aiment dialoguer avec les auteurs et sont friands des petits cadeaux liés au monde du neuvième art.

Encore une fois, j’en reviens à la notion de locomotive, il faut un blockbuster pour Sandawe afin d’entrainer tous les autres projets vers le haut.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

(par Christian MISSIA DIO)

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Corpus Christi s’expose au Centre Belge de la Bande Dessinée du 14 mai au 15 juin 2013.

20, rue des Sables
1000 Bruxelles
Belgique

Téléphone : +32 (0)2 219 19 80

Fax : +32 (0)2 219 23 76

E-mail : visit@cbbd.be

Permanence téléphonique du mardi au vendredi de 10h à 18h.

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Le site des éditions Sandawe

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