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Fantask, le nouveau mook, baromètre des cultures pop d’aujourd’hui

  • Rodolphe Lachat, fondateur du label Huggin & Muninn dédié à la culture Geek qui n’est selon lui que « l’autre nom de la culture populaire », lance aujourd’hui le Mook « Fantask », complètement dans la ligne de ce premier label qui en appelait déjà aux mânes des Trois mousquetaires, de Tom Sawyer, de Little Nemo, de Fantômas, de Tarzan, de Belphegor... pour promouvoir des beaux livres, pardon des Coffee Table Books, de Dark Vador, Mario Bros, Largo Winch, Naruto, Dexter, Batman, voire Yakari. Premier sujet de ce livre-magazine : la tentation du mal. En couverture, l’anniversaire d’un trentenaire : le thriller glaçant « Le Silence des Agneaux. »

Avec Rodolphe Lachat, on est souvent dans le référentiel. Déjà Huggin & Muninn renvoyaient aux corbeaux d’Asgard, deux noirs volatiles accompagnant Odin et dont les noms, en vieille langue scandinave, signifient « esprit » et « mémoire ».

Pour lancer Fantask, Lachat paraphrase Sacha Guitry : « Contre le mal, tout contre… » dit-il. Et de pointer cette gentrification de la culture populaire récupérée par le grand capital. Il écrit : « Les combats avant-gardistes d’hier seraient-ils condamnés au sort de reliques vénérées par les arrière-gardes d’aujourd’hui ? En quoi une revue pourrait-elle faire sens à l’époque de WhatsApp, dépassé par TikTok qui sera outrepassé demain par on-ne-sait-quoi d’encore plus instantané ? » Alors, il mobilise le mot « collector », rappelle que Fantask était une revue de super-héros publiée par les éditions Lug en 1969, interdite par la commission de contrôle et de surveillance de la Loi pour la protection de la jeunesse de 1949 en raison de sa « science-fiction terrifiante. » Aujourd’hui, c’est le futur-même qui nous terrifie.

Depuis, les temps ont changé : « ... la culture de l’émancipation a été dévorée par la culture de la distraction  » écrit Lachat dans son éditorial. Les censeurs ignoraient que se forgeait là un nouvel avatar de mythologies ancestrales, à commencer par l’affrontement entre le bien et le mal.

Fantask, le nouveau mook, baromètre des cultures pop d'aujourd'hui

Incarnation du mal "evergreen" : Hitler. Une occasion pour ressortir un vieil Elvifrance interdit par la censure. C’est pop...

Pour appréhender ce futur en mutation récupéré par la marchandisation, Lachat se fait bravache, revient à la publication « papier » « contre les faiseurs de désespoir virtuel et numérisé », revendique une critique « à l’ancienne », comme Bernière ses Cahiers de la bande dessinée, ce qui ne l’empêche pas de joliment renouveler le genre. Et de mobiliser, pour explorer le mal, « un revenant d’outre-tombe » : Fantask.

Dans la famille des Villains, ne pas oublier de sortir son Joker.

Au sommaire, du ciné avec des interviews de Jodie Foster et d’Anthony Hopkins, de l’imagerie avec la représentation fantasmatique du diable à travers la culture populaire, avec son avatar nazi, Hitler, devenu un véritable mythe, franchement tendance, servi avec le secours de toutes les saucières de la nazisploitation ; de la littérature et de la BD avec les (sexy, disent-ils) serial-killers de la murderabilia.

Bref, le mal dans tous ses états, exploré par le texte et par l’image. Ébouriffant.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Fantask n°1 : la tentation du mal – Mook Semestriel – 248 pages - 19,90 €

Disponible en librairie le 28 mai 2021

Photos : L’Agence BD.

 
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3 Messages :
  • Merci Didier, cela semble intéressant.
    Une coquille à la fin Disponible en librairie le 28 mis 2021

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 25 mai à  17:06 :

      C’est corrigé. Merci du signalement.

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  • "Le silence des agneaux", gros succès en salles puis en vidéo, n’aurait sans doute pas le même succès aujourd’hui, du fait du tueur série qu’il met en scène. Pour simplifier, un homme qui veut changer de peau en écorchant ses victimes féminines. C’était déjà plus ou moins le cas du film adapté du précédent roman de T. Harris, "Dragon rouge" : ’le 6ème sens’ de M. Mann.
    Les débats actuels sur le genre invitent aujourd’hui à une lecture très différente de ce type de personnage (et ce n’est pas un mal, pour le coup...).
    Curieux de lire ce nouveau Fantask, quoi qu’il en soit.

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