Hugo Pratt et JC Menu à Angoulême 2016

30 janvier 2016 7 commentaires
  • Pratt et Menu, deux noms qui n'ont pas grand chose de commun, en principe. Un Italien et un Français, deux générations, deux styles, deux passions. Pourtant, chacun à leur manière, ils ont été des expérimentateurs pourvus de l'ambition de donner des lettres de noblesse à la bande dessinée. Ils ont marqué leur époque. Ce n'est pas rien.

L’une des expositions immanquables d’Angoulême 2016 est sans conteste l’exposition JCM -Jean Christophe Menu, l’enfant terrible de la bande dessinée alternative, cofondateur de L’Association, label mythique qui révéla la plupart des grands noms qui comptent dans la "Nouvelle Bande Dessinée" française des années 1990-2000, et surtout l’auteur d’une œuvre finalement méconnue, énervée et toujours de qualité. On la retrouve sur les murs de l’Hôtel Saint-Simon à Angoulême à l’occasion de la 43e édition du FIBD.

"Ce lieu est important pour moi, explique l’auteur qui a lui-même scénographié sa propre expo. C’est ici que j’ai vu à Angoulême les expositions qui m’ont fait le plus plaisir : Reiser, Willem, Alex Barbier... Qu’on me propose ce lieu, a été très important pour moi, plus que d’être simplement à Angoulême. J’ai essayé de faire une rétrospective. Stéphane Beaujean tenait à ce que toutes mes facettes soient présentes puisque j’ai été éditeur, graphiste, auteur de bande dessinée et puisque, pendant pas mal d’années, mon activité d’éditeur, notamment avec L’Association, a pas mal occulté mon travail d’auteur."

Plus que trente ans d’un travail insoupçonnable, dispersé dans les multiples publications de L’Association et ailleurs et que l’on voit ici en planches originales, magnifiées en grand format, alors que souvent elles étaient publiées réduites, quelquefois en pattes de mouche. "Il y a des choses très diverses et très variées qui ont été conçues pour l’exposition, pour le livre. Il y a beaucoup de vitrines avec des livres et des objets, beaucoup de périodes..."

Hugo Pratt et JC Menu à Angoulême 2016
Dans une vitrine, le logo de L’Association...

Cela va d’une première planche appliquée, uen des premières qu’il ait réalisées, quasiment réaliste où figure son autoportrait, à cette fusion parodique entre Chaminou et le Khrompire de Macherot et Adieu Brindavoine de Tardi, un exercice quasiment "oubapien" qui fonctionne admirablement, contre toute attente. Plus loin, des hommages à Hergé ou au Don Bosco de Jijé... Macherot, Jijé, Hergé chez Menu ? Oui, ce grand admirateur de Chaland, trouve ses premières influences dans l’École Belge, mais il s’en écarte rapidement pour absorber celle de Crumb et de l’Underground qu’il remixe, comme s’il le ferait sur une platine, avec celles des Surréalistes, des Situationnistes et de bien d’autres encore.

Derrière JCM, une momie du Mont-Vérité
Des cartels spécialement dessinés par l’auteur.
JC Menu rend hommage

Cela donne des passages étranges où la momie d’un moine du Mont-Vérité, accompagné d’une soundtarck envoûtante, mélange de chants liturgiques et de sons punk, voisine avec des images entêtantes, des interprétations de rêves ou des exercices d’écriture automatique, le premier étage étant plutôt dédié à la musique. Chaque œuvre fait l’objet d’un cartel dédié, dessiné par l’auteur, où il fait un commentaire décalé, superbement calligraphié, qui signe la scénographie.

On est ébloui par ce styliste foisonnant et foutraque dont le travail est innervé par l’enthousiasme. Et si souvent, dans ses attitudes et dans ses écrits, JC Menu a pu paraître péremptoire et autoritaire jusque dans l’invective, c’est, oui, par amour, des autres même s’il ne s’aime pas, et de l’art, ce 9e art qu’il porte haut et dont il a écrit, avec quelques autres, un chapitre de son histoire.

JC Menu visite l’expo Pratt

Pratt is back

Pratt faisait partie de ces "Prix de circonstance" qui ont échappé aux petits calculs des Grands Prix d’Angoulême, comme Bretécher, Morris, Uderzo, Sfar, Toriyama, et que l’on a attribué parce qu’on ne pouvait pas faire autrement, ces auteurs étant incontournables. Le dessinateur de Corto Maltese avait obtenu celui du 15e anniversaire en 1988.

L’exposition « Hugo Pratt, rencontres et passages » nous vient à Angoulême après avoir été vue au Musée Hergé à Louvain-La-Neuve en octobre dernier. "On retrouve dans cette exposition des aquarelles d’Hugo Pratt (certaines sont devenues mythiques, mais d’autres sont moins connues car plus rares), mais aussi une quantité de planches et de couvertures qui n’avaient sans doute jamais été réunies dans le même lieu, écrivait alors Charles-Louis Detournay. Corto Maltese est naturellement mis à l’honneur : on le suit de la première planche où il apparaît dans« La Ballade de la Mer salée », à l’ensemble de ses aventures. C’est l’occasion de remarquer le trait rapide pour des cases qui sont devenues des véritables images de référence pour le public, mais également de noter l’évolution dans le format des planches et la façon de les dessiner. Outre l’incroyable qualité de l’échantillon rassemblé (plus de 140 œuvres originales), le parcours des figures littéraires chères à Pratt ne manquera pas de séduire le passionné. Le visiteur pourra aussi s’intéresser à l’interview filmée ou aux documents présentant des récits moins connus."

Le parcours, rythmé par les présences mythiques d’écrivains comme Rudyard Kipling, Jorge Luis Borges, Fenimore Cooper, William Butler Yeats, Jack London, Hermann Hesse, R. L. Stevenson… se conclut par les planches de la version de Pellejero et Canalès, écrasées par l’ombre portée du maître. Un grand moment.

Une sidérante aquarelle d’Hugo Pratt

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

- JCM - Exposition Jean-Christophe Menu
Hôtel Saint-Simon
Du 28 janvier au 28 février 2016

- Hugo Pratt, rencontres et passages
Espace Franquin, salle Iribe
Jusqu’au 21 janvier 2016

 
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7 Messages :
  • Hugo Pratt et JC Menu à Angoulême 2016
    30 janvier 2016 17:57, par max

    Outch, Jean Christophe Menu qui rend hommage à Hergé !!! C’est comme si Serge Dassault portait un pull peace and love. C’est surréaliste.

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    • Répondu par evariste blanchet (Bananas) le 30 janvier 2016 à  18:35 :

      Comme tout vrai grand auteur moderne Jcm adore les classiques : il suffit de lire les hommages qu’ il leur a rendu dans certaines de ses histoires.

      Assurément la plus belle expo avec celles sur pratt et morris

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    • Répondu par Pirlouit le 30 janvier 2016 à  19:46 :

      L’hommage aux Sept boules devait à la base être édité par l’Asso...

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      • Répondu par Mael R. le 1er février 2016 à  20:55 :

        "Les 16 boules de cristal" a été publié en 2005 par l’Association, en cadeau adhérant commandable dans la boutique.

        Sinon en effet rien de surprenant à l’amour des classiques de Menu, il l’a toujours proclamé et montré, il faut ne pas vouloir le savoir pour l’ignorer (particulièrement Macherot mais il parle avec un grand amour de Franquin, TIllieux, Peyo... et M le magicien c’est Pif !)

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    • Répondu par Laurent Colonnier le 30 janvier 2016 à  21:57 :

      Jean Christophe Menu a toujours aimé les classiques de la BD, vous n’avez rien compris au personnage Max.

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      • Répondu par joel le 30 janvier 2016 à  22:38 :

        un hommage aussi a Ducobu sur la photo non ?

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        • Répondu par Pirlouit le 31 janvier 2016 à  20:07 :

          Menu porte des pulls à rayures depuis des années, c’est son signe distinctif. Maintenant il a le droit d’aimer Ducobu, comme Lucky Luke, Spirou, Tif et Tondu, Michel Vaillant. Même s’il a proclamé sa haine du 48 pages couleurs cartonné, du produit facile à vendre en supermarché ! Ses contradictions rendent l’homme passionnant !

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