Iris et Zviane (L’ostie d’chat) : « Notre but premier dans ce projet, c’est d’avoir du fun. »

27 mars 2011 1 commentaire
  • Elles sont jeunes, elles sont talentueuses, elles sont québécoises. Depuis 2009, elles animent {L’ostie d’chat}, un blog-feuilleton qui ne cesse de faire des accros. Zviane ({Apnée}, éditions Pow Pow) et Iris ({Justine}, La Pastèque) nous parlent de leur complicité, de leurs projets et de la parution prochaine de {L’ostie d’chat} en album

L’ostie d’chat, c’est une histoire d’amitié entre Jasmin Bourvil et Jean-Sébastien Manolli, deux anciens copains d’école qui se partagent la garde de Legolas, un chat particulièrement laid. Au fil des pages, les auteures se plaisent à nous raconter leur passé, leurs amours et leurs revers professionnels. Les rebondissements sont multiples, tout comme les moments drôles ou touchants.

Comment ce projet est-il né ? Parlez-nous un peu du concept de départ…

Zviane : On avait le projet de faire un blog-feuilleton, puis on a créé les personnages et leur contexte en buvant de la bière dans un petit bar d’Angoulême. Depuis notre première note en mars 2009, on a pris quelques pauses, mais nous sommes tout de même demeurées assidues, et on n’a pas encore couvert la moitié des idées qu’on avait lancées autour de cette bière...

Iris : Cette même fois à Angoulême, nous avions fait un fanzine à deux, et nous nous étions rendus copte que nous travaillions très bien ensemble, ce qui nous a donc donné l’envie de prolonger cette rencontre par le blog ! Nous avons aussi été un peu inspirées par le blog Chicou-Chicou, qui était un genre de blog-feuilleton à plusieurs auteurs.

Zviane : On avait envie de créer une longue histoire semi-improvisée, puis le blog nous permettait une diffusion immédiate. L’avantage du feuilleton, c’est qu’on peut travailler sur ce projet à temps partiel, parallèlement à nos projets personnels ou nos contrats. De plus, la réaction des lecteurs peut influencer nos choix par rapport à l’évolution du récit.

Iris : Moi, j’avais vraiment très envie de faire un feuilleton classique avec des « à suivre… », qui tiennent les lecteurs en haleine. Ça m’amuse énormément…

Que genre de réactions avez-vous eues ? Quels sont vos lecteurs, et quelles thématiques aiment-ils voir développées ?

Iris : On a de très bons commentaires sur le web, les gens veulent vite la suite et semblent pour la plupart accros au blog ! Mais bon, les commentaires anonymes sur Internet, j’en prends et j’en laisse. Je crois que notre lectorat et majoritairement français et québécois, quoique le blog est en train de se faire traduire en coréen… Je sais pas si c’est lu en Corée ? Ce que j’aime le plus, c’est qu’une personne me dise lors d’une première rencontre : « Hein ! C’est toi qui fais L’ostie de chat ? Je le lis à toutes les semaines ! » Je crois que ce qui accroche les lecteurs, c’est le fait qu’ils peuvent se reconnaître assez facilement dans nos personnages et aussi le fait que nous sommes assez régulières dans les mises à jour.

Zviane : Iris et moi avons beaucoup de plaisir à faire L’ostie d’chat, et je crois que cela se sent. Notre but premier dans ce projet, c’est le fun.

Iris et Zviane (<i>L'ostie d'chat</i>) : « Notre but premier dans ce projet, c'est d'avoir du fun. »
L’ostie de chat dessiné par Zviane
© Zviane et Iris

Expliquez-nous un peu le fonctionnement de votre feuilleton à quatre mains. Planifiez-vous les intrigues et les rebondissements à l’avance ou bien donnez-vous libre cours à votre inspiration ? Collaborez-vous de façon très étroite ou bien travaillez-vous de façon indépendante ?

Iris : Au début, on était assez indépendantes. Moi, je mettais en scène Jasmin, Zviane mettait en scène J-S, etc. On essayait aussi parfois de se tendre des pièges dans le scénario : mettre les personnages dans des situations incroyables, juste pour le plaisir de voir comment l’autre va se démerder !

Depuis qu’on a su que ça allait être publié, on a eu besoin de mieux structurer notre récit pour l’amener à la finale. Avant, comme on ne savait pas jusque où ça irait, on se laissait aller, mais maintenant on travaille en se consultant régulièrement, en scénarisant ensemble, et en se rencontrant de façon hebdomadaire minimum.

Zviane : C’est devenu un peu un casse-tête de faire rentrer toutes nos scènes dans un nombre précis de pages, c’est sûr que ça a eu de l’influence sur notre méthode de travail. Quoi qu’il en soit, sauf quelques rares exceptions, si on scénarise à deux, on découpe les scènes chacune de notre côté ; ça se voit beaucoup puisqu’Iris et moi n’avons pas du tout le même style de découpage. Heureusement, on est complémentaires alors ça fonctionne très bien !

Les deux personnages principaux du feuilleton sont Jasmin Bourvil et Jean-Sébastien Manolli, deux hommes dans la vingtaine avancée qui habitent à Montréal. L’ostie d’chat, c’est donc un peu l’histoire de deux filles qui se glissent dans la peau de deux gars…

Iris : Haha ! On peut voir ça comme ça oui… Par contre il faut bien faire la distinction : je ne suis pas du tout Jasmin et heureusement, Zviane n’est pas Jean-Seb ! C’est vraiment des personnages qu’on a inventés, mais oui, on aimait bien l’idée de se glisser dans la peau de gars. D’ailleurs je crois qu’on réussit assez bien, on se fait parfois appeler « mec » par des lecteurs dans les commentaires !

Zviane : J’aime beaucoup quand les gens pensent que l’auteur est un gars. C’est signe que nos personnages masculins sont réussis. On nous l’a dit souvent d’ailleurs, ça me rend assez fière. Enfin, je ne veux pas parler pour Iris, mais de mon côté, y’a pas mal de moi-même dans Jean-Seb... c’est sûr que quelqu’un qui me voit ne fera pas nécessairement le lien, mais bon, intimement, je sais que partage certains de ses côtés...

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Quels sujets avez-vous envie de traiter ?

Iris : Pour ma part, j’aime beaucoup traiter de relations humaines et surtout, de tous les malaises qu’elles occasionnent. Et je crois que Zviane est souvent plus poétique ou sensible dans ses notes (il y a plus de drames, de silences, etc.). Pour ma part, j’aime énormément les notes drôles où il y a des gaffes et où la mise en scène est un peu slap-stick.

Zviane : C’est cool parce qu’en travaillant avec Iris, j’apprends un peu à freiner mon côté un peu trop « pathos » et j’ai énormément de plaisir à jouer dans l’humour. Quoi qu’il en soit, je crois qu’on est aussi bien capable d’aller dans les situations drôles que dans les ambiances un peu plus intimistes. On s’est nous-mêmes vraiment attachées aux personnages !

L’ostie de chat dessiné par Iris
© Iris et Zviane

Des rumeurs circulent comme quoi L’ostie de chat pourrait être publié en Europe. Peut-on avoir plus de détails ? Qu’est-ce qui vous amène à choisir l’Europe plutôt que le Québec ?

Iris : Ouais, ce sera effectivement publié, en trois tomes, chez Delcourt dans la collection Shampooing. Idéalement, c’est clair qu’on publierait au Québec, mais même avec toute leur bonne volonté, les éditeurs québécois ne peuvent pas encore (notez bien le pas encore, parce que je crois que ce n’est qu’une question de temps) nos offrir les avantages que nous offre un gros éditeur européen comme Delcourt.

En plus de L’ostie de chat, vous avez chacune un blog individuel. Quel équilibre trouvez-vous entre la vie virtuelle, vos projets de BD en format « traditionnel » et vos autres obligations.

I : Je capote et j’essaie de garder la tête hors de l’eau.! Cceux qui ne font pas de BD auront peut-être du mal à le croire, mais même si une note de L’ostie d’chat prends 1 minute à lire, moi, ça peut me prendre 3, 4 ou même 5 jours avant de la finaliser. C’est énormément de travail, mais on ADORE ce projet. Puis, c’est très stimulant de travailler à deux.

Zviane : Pour ma part, L’ostie d’chat est devenu mon blog principal, sinon mon projet personnel principal. J’alimente pas mal moins mon autre blog, mais je n’inverserais cet ordre de priorité pour rien au monde ; j’ai rarement eu autant de fun sur un projet de bande dessinée

Iris, vous venez de publier l’album Justine chez La Pastèque. Parlez-nous un peu de ce dernier ouvrage.

Iris : C’est un projet que j’avais entamé pendant mon Bac en BD à l’Université du Québec en Outaouais. Pour le projet final, on devait faire un projet d’une dizaine de pages. Le livre à La Pastèque est la version très très très augmentée et colorée de ce projet. Je suis contente de ce livre, mais ça a été tellement long ! Pendant plus de quatre ans, j’ai alterné des phases très productives à d’autres plus calmes. Au final je suis très satisfaite de l’album et La Pastèque a fait un super job éditorial !

Zviane, vous êtes l’une des lauréates du concours de bande dessinée Hachette Canada 2010 (Esquive , Partie de pêche, Glénat Québec). Vous avez également remporté le premier prix de l’édition 2009 de ce concours (Histoires d’hiver) grâce à votre récit Mauve ciel. Votre album Apnée (éditions Pow Pow) est également en nomination aux prix Bédélys. Selon vous, quel est l’impact de ces prix dans le milieu de la BD québécoise ?

Zviane : Honnêtement, je ne sais pas. J’ose espérer que ça peut amener une espèce de notoriété à certains titres ou certains auteurs. Par exemple, en fin de semaine dernière se déroulait Puces Pop : les éditions Pow Pow y avaient une table et quand on disait que Apnée était nominé pour des prix, on voyait que ça attirait des gens, ils feuilletaient le livre (alors qu’autrement peut-être qu’ils ne l’auraient pas pris dans leurs mains). Je souhaite surtout que ça serve les éditions Pow Pow. Je crois beaucoup en cette maison d’édition.

Zviane (à gauche) et Iris (à droite)
© Zviane et Iris

Quels sont vos projets à venir ?

Iris : Pour ma part, je travaille sur un livre illustré avec Caroline Allard (auteure des Chroniques d’une mère indigne) qui sera publié chez l’éditeur Septentrion. Sinon…heu…ben il reste encore beaucoup de travail à faire sur L’ostie d’chat alors je ne sais pas trop comment ça va être après… J’aurais envie de faire plein de fanzines, des objets pour mon magasin virtuel, une expo de peinture avec mon chum, etc. Ha, et sûrement : me reposer un peu !

Zviane : J’ai un trip de voyages, j’ai envie de voyager pour faire mes projets, alors j’ai aucune idée d’où je serais en 2012. Sinon à plus court terme, je vais faire un petit fanzine pour le festival de BD de Québec (si tout va bien) et mis à part L’ostie d’chat, qui me prend beaucoup de mon temps, j’ai d’autres embryons de projets en chantier qui devraient éclore en 2012. Normalement…(rires)

(par Marianne St-Jacques)

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