Japan Expo 2019 : Rie Aruga et le handicap

8 juillet 2019 0 commentaire
  • Invitée de Japan Expo, Rie Aruga, autrice de « Perfect World », était en conférence publique ce dimanche où elle est revenue sur son parcours et son travail. Elle s'est montrée particulièrement prolixe pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

Publié chez Akata depuis 2016, et comptant pour l’heure neuf tomes, Perfect World conte l’histoire de Tsugumi, 26 ans, qui travaille au sein d’une entreprise de design d’intérieur et qui est privé de ses jambes depuis un accident. Un soir, lors d’une soirée de travail, il retrouve yukawa, son amour de lycée. Pourra-t-elle aimer un homme "amoindri" ?

La conférence, d’une heure, a passé en revu les débuts de Rie Aruga, puis son travail sur Perfect World pour ensuite s’achever par la réalisation d’un dessin et par une série de questions du public.

Japan Expo 2019 : Rie Aruga et le handicap

Bien qu’elle aimait beaucoup les mangas lorsqu’elle était enfant, Rie Aruga n’a jamais pensé devenir mangaka. Elle a suivi des études classiques qui l’ont amenée à un travail de bureau. Puis arriva le phénomène Nodame Cantabile, un josei manga qui eut beaucoup de succès à l’époque parmi ses collègues. Elle acheta alors régulièrement Kiss (édition Kôdansha), le magazine qui prépubliait cette série, ce qui lui donna envie de ressortir ses crayons et ses feuilles de dessin.

Elle se mit à leur envoyer ses œuvres et en 2011 elle remporta le prix GOLD du sixième concours KissIN grâce à son histoire courte Tentai Kansoku. Elle choisit Kiss à l’époque tout simplement parce qu’elle voulait dessiner des histoires adultes (Kiss est un magazine de josei manga, c’est-à-dire destiné à des femmes adultes).

L’autrice est une autodidacte car elle a tout appris par elle-même sans aucune formation dans l’art. Elle a acheté des livres sur le dessin ainsi que de nombreux mangas afin d’étudier leur mise en scène. L’une de ses œuvres de référence fut Slam Dunk de Takehiko Inoue.

Une fois professionnelle, elle a enchaîné pendant un an les histoires courtes. Sa première série Par-delà les étoiles, en 2013, fut malheureusement annulée au bout de six chapitres. Bien qu’elle n’ait pas été publiée en volume relié au Japon, Akata l’a de son côté publiée en un volume, une exclusivité mondiale donc ! Selon Rie Aruga cet échec vient d’un manque de préparation sur le sujet : l’astronomie, qui n’avait pas été abordé de façon suffisamment pointue et fouillée.

C’est ensuite en 2014 qu’elle reçoit de son éditeur la proposition de réaliser une série sur le handicap. Un projet qui l’inquiète au début car elle ne connaît rien au sujet. Elle va alors se documenter mais aussi se baser un peu du vécu sa sa mère dont elle avait dû s’occuper, cela lui permit d’avoir une première vision de la question de l’aide à la personne. Mais c’est surtout la rencontre avec un architecte en fauteuil roulant, tout comme le héros de Perfect World, qui va se révéler décisif. Il va devenir consultant sur le manga et la mettre en contact avec de nombreuses personnes handicapées.

C’est grâce à lui qu’elle a trouvé l’équilibre dans son récit et a réussi à parler de handicap avec tact. Elle mit les sentiments de ces personnes, ainsi que parfois leurs propos tels quels dans son œuvre, et elle a fini, très modestement, à se mettre à leur place. Elle pense aussi que le fait qu’il s’agisse d’une œuvre de divertissement, et non d’un documentaire, rend les choses plus faciles. Et surtout, elle n’est pas seule : ils sont trois à travailler sur l’œuvre, elle en tant que mangaka, lui comme consultant, enfin son éditeur. Ensemble ils travaillent et réfléchissent à ce qui peut intéresser ou non le public.

Au Japon, la situation du handicap est paradoxale. Si du côté de l’aménagement urbain le Pays du Soleil-Levant est en avance avec des installations adaptées dans tous les lieux publics, les gares et même au sein des entreprises, l’aspect humain reste encore difficile à appréhender. En effet, selon Rie Aruga il existe deux types de comportements : soit l’infantilisation, soit le mépris, et rarement un entre les deux.

La mangaka ne pense pas que son œuvre ait eu un réel impact à grande échelle, mais les adaptations en film et en drama de son manga ont sans doute permis de toucher et d’aider encore plus de personnes, et de cela elle en est déjà fière.

Concernant l’histoire et sa méthode de travail, elle a déjà une vision précise de là où elle veut aller. Elle a des idées pour la fin mais celles-ci peuvent évoluer, même si elle aimerait une fin heureuse. Il lui faut deux semaines pour réaliser et valider ses storyboards. C’est la partie la plus longue et la plus complexe de son travail. Elle dessine sur papier mais réalise l’encrage et le tramage en numérique. Il lui faut quatre jours pour les crayonnés et deux pour l’encrage et le tramage. Elle utilise de simples stylos à mine premier prix acheté au convini du coin.

Rie Aruga montrant un storyboard d’un chapitre à venir de Perfect World

Elle a trois assistants mais qui ne travaillent pas chez elle. Elle communique avec eux par internet et Skype. Son atelier se trouve dans son appartement. C’est une petite pièce avec un bureau et des livres de divers types (mangas, romans et ouvrages sur le handicap).

Lors des questions du public , on lui demanda si son opinion sur le handicap avait évolué. Elle répondit qu’au départ c’était un sujet totalement inconnu pour elle et qu’après les rencontres qu’elle avait faites, elle pensait le comprendre aujourd’hui. Elle considère d’ailleurs l’architecte-consultant qui l’aide dans son travail comme un ami aujourd’hui.

On l’interrogea ensuite sur le retour qu’elle avait eu de la part de personnes handicapées à la publication du manga. Elle craignait ces réactions. Elle se demandait si elle avait réussi à bien traiter le sujet et si le mélange « shojo » et handicap allait fonctionner. Elle a été rassurée grâce aux nombreux retours positifs.

Vint ensuite une question sur la création des personnages. Au départ le duo de protagoniste était plus classique, le héros froid comme souvent dans les shojos, et l’héroïne positive et lumineuse. Elle a changé cela pour rendre leurs caractères plus réalistes.

Concernant les adaptations en film et drama, elle a fait confiance aux équipes et a uniquement validé les chartes au début des projets. Les deux versions se sont révélées très différentes mais aussi complémentaires. Elle en est satisfaite pour cela.

On lui demanda si c’était plus simple de dessiner des choses légères. Elle dit préfèrer continuer dans le « sérieux » car elle se rend compte que ce type d’histoire lui a beaucoup apporté.

Un lecteur voulut savoir si elle ferait un jour une suite à Par-delà les étoiles. Rie Aruga répondit par la négative. Dans la vie il faut avancer, ce qui est fait est fait. Si elle désire reprendre un jour ce thème de l’astronomie, elle préfèrerait que cela soit dans le cadre d’une toute-nouvelle histoire.

Elle conclut la conférence sur les situations et les personnes qui l’ont marquée. Pour la mangaka, chaque rencontre fut forte mais dernièrement, elle a rencontré un jeune handicapé du même âge que son héros dont la positivité et l’optimisme l’ont particulièrement impressionnée. Un modèle...

(par Guillaume Boutet)

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