Jean Solé dans « Siné Mensuel » : histoire d’un dessin dévoyé

10 avril 2021 44
  • C’est une histoire absurde qui affecte un de nos grands auteurs de bande dessinée : Jean Solé. En cause, un dessin de lui qui apparaît sur la Une de Siné Mensuel représentant le président Macron affublé d’une couronne se frottant les mains par avance de ce que la pandémie va coûter aux Français, allusion à sa célèbre sentence « quoi qu’il en coûte » qu’il a prononcée lors de sa première allocution de cette crise qu’il assimila à « une guerre ». Aussitôt, une vague de réactions sur le Net -parmi lesquelles celles de Bernard-Henri Lévy- qualifiait ce dessin d’antisémite !...

Hein ? Quoi ? Jean Solé antisémite ? LE Jean Solé que nous connaissons depuis plus de 40 ans, le doux, le pétillant, le généreux Jean Solé, souvent mentionné sur ce site, l’illustrateur recruté par René Goscinny dans Pilote et devenu compagnon de route de Gotlib dans L’Écho des Savanes puis dans Fluide Glacial, à qui l’auteur de Gai-Luron confia de reprendre graphiquement son SuperDupont, cette figure de l’antiracisme et de la lutte contre l’extrême droite ? C’est impossible ! On marche sur la tête !

Et pourtant, le malaise est là, « viral » comme une Covid mutante, qui court la toile sous la signature de BHL d’abord, qui fait un appel de note à Je Suis Partout, une feuille haineuse antisémite parue sous l’occupation. Bien qu’il ne lâchât pas le mot « antisémite », il assortit cependant sa réflexion d’une « pensée pour Philippe Val  », rappel de l’Affaire Siné, lorsque le « dessinateur enragé » avait été viré avec perte et fracas de Charlie Hebdo.

La rumeur antisémite court jusque chez l’essayiste Raphaël Enthoven qui insère ce dessin dans le débat sur l’appropriation culturelle :

Tandis que Gilles Clavreul, le fondateur du Printemps Républicain et ancien Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT affirme clairement que «  l’intention de dépeindre Macron en vampire capitaliste est évidente. »

Et puis il y a Gilles Ciment sur Facebook, ancien directeur de la Cité de la Bande Dessinée et de l’Image d’Angoulême, qui fait le lien en argumentant que Solé fait, dans cette Une, opère «  une imitation des caricatures antisémites. »

Jean Solé dans « Siné Mensuel » : histoire d'un dessin dévoyé

Il y eut la caricature diffusée par Les Républicains pendant la campagne présidentielle. Il y eut ensuite celles qui ont...

Publiée par Gilles Ciment sur Mercredi 7 avril 2021

Siné massacre encore

Cette vague virale me fait de la peine car quiconque connaît Jean Solé et son travail depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui sait qu’il n’y a pas l’once d’une intention raciste ou antisémite dans toute sa carrière. Celui qui a dessiné la couverture du Guide du Routard est sans doute l’un des plus grands illustrateurs de son époque et lui faire ce procès revient, en ces temps imbéciles où tout internaute est un procureur en puissance susceptible de réclamer la peine de mort, à salir l’honneur d’un homme.

Car ce n’est bien sûr pas Solé qui est visé dans cette affaire : affubler Macron d’une couronne royale alors que celui-ci organisa son intronisation au Louvre et s’habille régulièrement du faste napoléonien pour asseoir sa présidence, rappeler sa sentence au moment du déclenchement de la crise de la Covid (« Quoi qu’il en coûte »), démarque de celle de Mario Draghi (« Whatever it takes ») qui calma les marchés financiers en juillet 2012, le tout dans l’attitude de l’avare de Molière, n’a rien d’antisémite, objectivement.

Mais cela peut être ressenti comme tel dans la feuille satirique de celui qui, en 2009, a été débouté de sa plainte en diffamation contre le journaliste Claude Askolovitch qui avait qualifié son article dans Charlie Hebdo d’ « antisémite », mais qui, en même temps, gagna son procès contre la LICRA qui, de son côté, avait porté plainte contre lui pour antisémitisme. Un auteur qui, comme la feuille satirique qu’il a créée, prenait régulièrement des positions à l’encontre de l’État d’Israël.

Le Scud donc, est dirigé contre la feuille anarcho-gauchiste, et l’argument antisémite est dans ce cas de figure et en substance, absolument sans objet.

Siné et sa femme, Catherine Sinet, actuelle éditrice de Siné Mensuel (à dr.) en septembre 2009.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Alors sans doute, ce que l’on peut reprocher à Solé -qui est surtout un illustrateur et pas un dessinateur de presse- c’est d’avoir publié un dessin quelque peu ambigu qui peut être lu par tous les antisémites comme une attaque claire contre un président connu pour avoir été un ancien employé de la banque Rothschild (comme Georges Pompidou, notez bien), argument antisémite s’il en est, déjà utilisé dans un tract diffusé puis retiré par les Républicains lors de la campagne présidentielle de François Fillon .

Mais là encore, il y a méprise : ce dessin n’était pas destiné à la couverture et le titre « Quoi qu’il VOUS en coûte  », n’est pas de son fait. On ne peut donc pas lui prêter cette intention.

Solé a dû sans doute être éberlué de voir son dessin ainsi retourné, multidiffusé, surinterprêté, associé aux traits immondes de La Libre Parole ou du Stürmer. Car si Siné se repaissait de l’ambiance de mitraille et des polémiques foireuses, ce n‘est pas le cas pour Solé qui ne faisait que brocarder la dérive monarchique de la Ve République comme Moisan l’avait fait avant lui pour De Gaulle en l’affublant d’une perruque à la Louis XIV ou encore Riss qui dessina Sarkozy en Bonaparte.

Je suis personnellement très choqué qu’un Gilles Ciment par exemple (il est loin d’être le seul), pour assoir sa démonstration, associe l’image de Solé aux pires caricatures antisémites de l’histoire. Comment quelqu’un qui, comme lui, a une pareille culture graphique, feint-il d’ignorer que ces dessins n’ont pas la même portée ? Car c’est l’intention qui fait l’antisémite, l’intention dénigrante, avilissante, qui tente de déshumaniser sa cible pour mieux l’éliminer.

Solé ne méritait pas cela. Je pense d’ailleurs qu’à l’avenir, il se méfiera et qu’on ne l’y reprendra plus de sitôt.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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44 Messages :
  • Merci Didier.
    J’ai publié mon point de vue sur l’affaire ici. Je n’avais pas vu le commentaire de Gilles Ciment mais il valide une observation que j’ai faite : comme "preuve", on m’a sorti de nombreux dessins de propagande antisémite avec cette même figure de personnage censément juif qui saisit la Terre... Comme si tout le monde hallucinait cette allégorie qui ne ressemble ni de près ni de loin au dessin de Solé, dont les détails, comme la couronne aux lys, contredisent à mon sens l’interprétation. D’autres ont aussi vu "un banquier" alors qu’il n’y a aucun détail iconographique qui permette ce rapprochement : c’est bien un souverain qui est représenté, et même si le "quoi qu’il vous en coûte" n’est pas de Solé, il ne renforce pas non plus de cliché antisémite particulier. Pour moi, Siné Mensuel a commis une faute en agrandissant en pleine page et en "une" un petit dessin, qui du coup ne ressemble même pas tellement à du Solé !

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  • Cher Didier,

    Tu me mets sévèrement en cause, ce qui appelle un droit de réponse.
    Cette couverture, aussitôt vue, m’a immédiatement frappé et choqué. Peut-être l’ai-je « lue » trop vite, mais à ton tour tu me lis trop vite, ou feins de ne faire. Car j’écris bien dans mon post : « C’est désormais SINE MENSUEL, sous le crayon de Solé, qui se livre à une imitation des caricatures antisémites » (je mets d’abord en cause le journal, pas directement le dessinateur, mais j’y reviendrai). Mais surtout j’ajoutais (ce qui n’est pas visible dans ta reproduction tronquée de mon post) : « Il faudrait donc que les dessinateurs satiriques suivent une petite formation pour éviter de reprendre - involontairement dans le cas de Solé, j’en suis convaincu - des codes qui font de leurs dessins des objets dangereux. »
    J’estime donc ne pas tomber dans la « dégueulasserie » anti-Solé que tu condamnes. Mais je tiens à expliquer pourquoi je maintiens mon jugement non sur ce dessin, mais sur cette couverture, non sur Solé mais sur Siné Mensuel, car toi-même passes un peu vite sur certains points.

    1. La caricature en question (dont la maladresse est reconnue y compris par les défenseurs de Solé) est associée à un titre, et il est évident que cette association fait beaucoup dans l’interprétation du dessin. Ce « quoi qu’il vous en coûte », juxtaposé à la grimace, au nez et aux doigts crochus et au ricanement, motive le ressenti d’agression antisémite. Si l’on dédouane volontiers Solé, qui n’avait pas conçu ce dessin pour être publié en couverture, et qui n’a pas non plus choisi ce titre, il est tout de même envisageable et même légitime de voir dans cette couverture une démarche antisémite du journal, au corps défendant de Solé.

    2. Le contexte des nombreuses caricatures ouvertement antisémites de Macron que l’on a vues en 2017 (le fameux tract des Républicains pendant la campagne présidentielle) et 2018 (dans les manifestations des « Gilets jaunes », caricatures décalquant des dessins de l’âge d’or de l’antisémitisme représentant Macron en pieuvre, etc.), puis des caricatures d’Agnès Buzyn, est évidemment pour beaucoup également dans le regard porté sur cette couverture et dans l’interprétation qui a été faite de cette image (y compris la mienne). Mais on ne peut nier que les dessinateurs satiristes et les journaux ont forcément ces exemples en mémoire : les « maladresses » n’en sont que moins pardonnables.

    3. Il ne faut pas oublier non plus que l’organe de presse qui affiche cette caricature et ce titre en couverture porte le nom d’un satiriste que j’ai beaucoup aimé, mais dont la carrière a été marquée par plusieurs affaires d’antisémitisme (la dernière en date ayant débouché sur son licenciement de Charlie Hebdo et la création de ce journal qui porte son nom). Il ne faudrait pas dédouaner trop rapidement Siné, avec une petite pirouette du procès perdu « et en même temps » du procès gagné. Car, tout de même, bien avant l’affaire Jean Sarkozy, les propos de Maurice Sinet en 1982 avaient laissé une marque indélébile dans la mémoire de ceux qu’il a blessés : « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde. Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs… Rue des Rosiers, contre Rosenberg-Goldenberg, je suis pour… On en a plein le cul. Je veux que chaque Juif vive dans la peur, sauf s’il est pro-palestinien… Qu’ils meurent ! Ils me font chier… Ça fait deux mille ans qu’ils nous font chier… ces enfoirés… Il faut les euthanasier… Soi-disant les Juifs qui ont un folklore à la con, à la Chagall de merde… Y a qu’une race au monde… Tu sais que ça se reproduit entre eux, les Juifs… C’est quand même fou… Ce sont des cons congénitaux. »

    Ces trois points comptent beaucoup pour comprendre l’interprétation d’un dessin qui porte tout de même en lui des éléments (involontairement) troublants, et l’émotion qu’elle a suscitée.
    Bref : Solé n’est certainement pas antisémite, et il a été pour le moins maladroit, mais le journal qui a publié ce dessin en le surmontant de ce titre n’a pas ajouté de la maladresse à une maladresse : il s’est rendu coupable de ce dont aujourd’hui, injustement, Solé est accusé – mais pas par moi.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 avril à  19:43 :

      Ce n’est pas un droit de réponse, mais une justification pour laquelle nous déclinons toute responsabilité. Pour le droit de réponse, il faudra passer par la voie légale. L’amalgame visuel que tu fais entre le dessin de Solé et les horreurs antidreyfusardes que tu publies sans les contextualiser ne devraient pas te rendre trop fier. En visant Siné, comme le fait BHL et consorts, Siné envers qui ActuaBD n’a jamais eu de complaisance, tu participes à ternir la réputation d’un honnête homme, Solé, qui a bien le droit de critiquer le Président Macron et qui n’a en aucun cas produit ici un dessin antisémite, un dessin par eilleurs qui n’est ni plus ni moins outrageant que ceux de Charlie Hebdo.

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      • Répondu par Gilles Ciment le 10 avril à  21:24 :

        Tu répètes ce que tu as écrit dans ton article, sans tenir aucun compte de ce que je t’ai répondu. C’est un procédé qui me surprend de ta part.
        Tu as été malhonnête en m’accusant, capture d’écran tronquée de mon post à l’appui, de salir un homme alors que mon post lui-même le dédouanait d’une accusation que je reportais sur le journal.
        Et désormais tu me dis qu’en m’attaquant au journal je contribue à salir son dessinateur. C’est un peu gros, et m’amalgamer à « BHL et consorts » ne te grandit pas.
        Une chose est sûre : cette couverture a suscité beaucoup d’émotion, chez beaucoup de lecteurs, émotion due à un dessin maladroit et une mise en couverture scélérate.

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    • Répondu par Jean-Noël Lafargue le 10 avril à  21:30 :

      Robert Sinet est mort il y a cinq ans ! S’il s’est rendu coupable de pas mal de provocs, de considérations vaseuses, de mots condamnables (et même condamnés), il me semble que ce passif ne rejaillit sur Siné Hebdo / Siné Mensuel que par son nom, car ce journal, dont les contributeurs ne sentent pas spécialement le souffre (des gens de France Inter,... Ou de Charlie Hebdo) n’a jusqu’ici pas trop défrayé la chronique dans le douteux — beaucoup moins que Charle, je crois ! Quelqu’un m’a dit "le dessin est antisémite car il est publié par Siné Mensuel qui est un journal antisémite" puis juste après "Siné mensuel est un journal antisémite car il a publié ce dessin"... Preuve circulaire assez absurde !
      Personnellement je ne peux pas réfuter ce que beaucoup de gens ont vu dans le dessin de Solé, mais ça ne signifie pas que ça y était et que ce procès soit juste. Je pense que tout le monde s’accorde à dire que Solé n’a certainement cherché à faire aucun appel du pied aux antisémites, aucun clin d’œil malsain, c’est déjà ça (enfin dans le microcosme, car au delà les gens ne semblent pas du tout connaître Solé), mais je défends, moi, qu’il n’y a pas d’éléments concrets à charge, pas d’indices iconologiques tangibles : un gros nez, qui ne ressemble pas vraiment à celui de Macron, certes... Bon... Mais sorti de ça ? j’imagine mal une publication antisémite utiliser la couronne royale, par exemple.
      Je pense que le contexte de découverte de l’image importe : si on l’a vu dans un post twitter qui s’indigne et la met en vis à vis d’images antisémites historiques, ça provoque un certain effet, qui ne sera pas le même que si on l’a vue introduite par un post qui s’indigne qu’on accuse Solé, par exemple.

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      • Répondu par Gilles Ciment le 11 avril à  08:16 :

        Réponse à Jean-Noël Lafargue : je ne dis pas autre chose ! Puisque j’écris précisément que je suis convaincu que Solé n’est pas antisémite, et que le contexte de ce dessin compte énormément dans son interprétation. Mais pas seulement le contexte de découverte : le contexte de publication aussi, comme je l’explique. Il en résulte une réception et un ressenti, très largement partagés, qui ne peuvent être balayés d’un revers de la main comme le fait cet article.

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        • Répondu par Jean-Noël Lafargue le 11 avril à  14:37 :

          Un deuxième article encore plus ennuyeux que le premier, pour essayer de comprendre ce qui ne va pas, objectivement, dans l’image : https://hyperbate.fr/castagne/2021/04/11/liconographie-antisemite-suite/

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 avril à  16:43 :

            Excellente contribution, Jean-Noël.

            Cela dit, la lecture est aussi politique. Il est intéressant de voir comment la rumeur dévoie le dessin. BHL fait une allusion à Je Suis Partout, l’organe fasciste de Pierre Gaxotte, Robert Brasillach etLucien Rebatet, dont Ralph Soupault est le dessinateur. Or, franchement, Siné Mensuel (qui n’est vraiment pas ma tasse de thé idéologique) n’en est pas là. Là déjà, il y a une outrance inouïe, mais le mot antisémitisme n’est pas lâché.

            Enthoven repère le "nez crochu", Clavreul y voit "grand capital, politique et judéité". Personne ne repère la critique du "monarchisme" macronien.

            Enfin, Gilles Ciment (mais il n’est pas le seul, j’en ai vu d’autres) apporte "la preuve par l’image" en comparant le dessin de Solé à des caricatures de l’Affaire Dreyfus, alors qu’il est censé savoir décrypter une image à sa juste valeur. Le point commun entre les images ? Rien. Rien à voir avec la choucroute antisémite.

            Ce qui me choque, c’est l’outrance de la comparaison avec un dessin qui ne raconte pas ce dont on veut l’affubler, dont le premier défaut est d’être drôle seulement au regard de ceux qui n’ont pas une bonne opinion de la politique de M. Macron (une bonne moitié des Français, si l’on en croit les sondages), donc de ne s’adresser qu’à son public de lecteurs convaincus.

            Alors on me fait de grandes leçons pour dire "il ne faut rien lâcher, même si c’est anodin !"... Il faut dénoncer l’antisémitisme !

            Je dis : pas au prix de l’honneur d’un homme, Solé : un antifasciste reconnu, un dessinateur qui n’a jamais "dérapé".

            Pas au prix non plus d’un aveuglement dans la lecture des représentations et des faits. Je ne défends pas Siné Hebdo (où l’on retrouve Willem dans ce numéro, mais aussi Geluck, Lindingre,... des gens que j’estime), je défends simplement la justice.

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            • Répondu par Jean-Noël Lafargue le 11 avril à  17:47 :

              C’est mon point de vue : justice et discernement, précisément parce que le crime est grave, d’ailleurs : autant ne pas accuser à tort.
              Justice, discernement et même un peu de confiance dans le genre humain, car à être trop vigilant, on prend le risque de voir des choses qui n’existent pas.

              Note pour Gilles Ciment : votre montage avec la "une" de Siné Mensuel est problématique parce qu’elle oriente beaucoup sa lecture. En psychologie sociale on a découvert que si on place une photo de chaussure de sport à côté du portrait d’un politicien, les gens considéreront ce politicien plus sportif que la moyenne ! Parfois en voulant faire une comparaison, on crée une association. Je suis persuadé que vous l’avez faite de bonne foi, parce qu’elle correspond à votre propre lecture du visuel, mais elle n’aide pas forcément ceux qui regardent le montage à se faire une idée claire.

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              • Répondu par Gilles Ciment le 12 avril à  06:43 :

                Je trouve ce reproche assez osé.
                J’ai une lecture de cette couverture (pas du dessin, de la couverture : je m’en explique longuement). J’en expose les raisons, y compris celles qui font de cette lecture une interprétation subjective, et j’illustre mon propos. J’apporte des éléments de comparaison pour expliquer ma lecture. Chacun peut ainsi se faire une idée. Beaucoup sont scandalisés par la couverture en question. Beaucoup d’autres objectent qu’elle n’a rien à voir avec les exemples en question. Voilà l’utilité d’une démonstration par l’illustration et la comparaison. C’est aussi, vous en conviendrez, plus honnête intellectuellement et plus courageux que de lancer un pavé dans la mare sans étayer son propos. J’ai été élevé dans une conception assez démonstrative des parentés artistiques ou esthétiques : comparer un plan de film avec un autre, ou avec un tableau, n’a pas grand sens sans illustration.
                Venir m’en faire le reproche, lorsque l’on évite soi-même de reproduire les caricatures récentes, sans conteste antisémites, de Macron et Buzyn pouvant expliquer l’interprétation contextuelle qui peut être faite de cette couverture, c’est assez logique, en fait. Mais c’est l’illustration de la différence entre deux démarches...
                Par ailleurs, je trouve assez pénible que Didier Pasamonik et vous-même pointiez sans cesse mon post comme salissant l’honneur d’un dessinateur, en le citant de façon tronquée, alors que précisément ce post le dédouane. C’est malhonnête, pour le coup.

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                • Répondu par Jean-Noël Lafargue le 13 avril à  17:24 :

                  J’ai remarqué vous n’accusiez pas Solé — que contrairement à tout le monde je ne connais pas en personne, mais dont l’œuvre, tout le monde sera d’accord, n’a pas une once d’élément louche.
                  J’ai participé à une discussion véhémente sur Twitter, et j’en tire la certitude que Jean Solé n’est jamais la cible de l’ire, de l’indignation ou de la consternation des personnes que le dessin a heurtées, d’autant qu’à ma grande surprise, peu semblent connaître, même de loin (mais j’ai appris aussi que personne ne connaissait le Robin des Bois de Disney !), c’est clairement le journal qui prend, puisqu’il a une réputation, enfin puisque son fondateur a une réputation et indépendamment du fait que le journal lui-même n’a pas de casseroles et accueillent moult contributeurs assez mainstream.
                  Dans le cas de votre publications, il me semble moins établir une comparaison qu’orienter une lecture, par l’association avec des images qui n’entretiennent pas de rapport avec la couverture de Siné Mensuel.
                  Mon but n’est pas de défendre l’honneur de l’auteur, du journal ou du dessin, ni de dire qui a raison et qui a tort, ni de distribuer des réprimandes et des bons points, c’est juste de comprendre pourquoi le dessin suscite des réactions différentes, convoque des images différentes, et parfois même des images objectivement absentes (beaucoup de gens ont sincèrement vu dessiné un banquier, par exemple !).

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    • Répondu par Lone le 11 avril à  07:46 :

      « Il faudrait donc que les dessinateurs satiriques suivent une petite formation pour éviter de reprendre - involontairement dans le cas de Solé, j’en suis convaincu - des codes qui font de leurs dessins des objets dangereux. »

      Être fier d’écrire cela dans un post est étonnant. D’une part, quelle condescendance ! D’autre part, prétendre vouloir "former" les dessinateurs satiriques aux codes de l’idéologie dominante du jour n’est pas sans rappeler les méthodes des régimes totalitaires...

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      • Répondu le 12 avril à  15:53 :

        N’exagérons rien... Les Beaux-Arts, ce n’est pas les mines de sel. Apprendre le sens et la puissance des images, apprendre à les décoder avant de les manipuler, ça s’appelle l’éducation à l’image. Ça s’enseigne à l’école, trop peu, et sans doute pas assez dans les écoles d’art.

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        • Répondu par Lone le 13 avril à  07:28 :

          Il s’agissait évidemment d’une taquinerie, avec exagération ironique, nous sommes d’accord.

          L’éducation aux images et à leurs codes est souhaitable, en effet. Mais il importe également de se méfier des donneurs de leçons, y compris dans les écoles d’art. D’une manière générale, et cela nous éloigne de l’image en question qui est en défnitive assez médiocre, les grands créateurs d’images ne se contentent pas de jouer avec les codes, ils en inventent de nouveaux. Et cela ne s’enseigne pas dans les écoles.

          Enfin, les plus grands "dessinateurs satiriques" sont à mon humble avis ceux qui maitrisent les codes existants et savent susciter l’ambiguïté, voire le malaise et l’indignation des donneurs de leçon.

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      • Répondu le 13 avril à  06:26 :

        L’ « idéologie dominante du jour » serait donc la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ? Elle vous dérange tant que ça ? Du moins la lutte contre l’antisémitisme (car c’est toujours sur elle sue portent les débats contradictoires, dénotant une certaine complaisance) ?

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        • Répondu par Lone le 13 avril à  07:47 :

          Comme indiqué plus haut, je taquinais.

          Le racisme et l’antisémitisme, c’est mal, nous sommes d’accord.

          Mais une société qui traque les images, en particulier les images "satiriques", et qui ne supporte pas leur éventuelle ambiguïté me semble dangereuse. La force d’une image réside précisément dans son ambiguïté, à mon humble avis.

          Le rapprochement entre "Siné Mensuel" et "Je suis partout" est grotesque. Si j’étais "Siné Mensuel" ou Jean Solé, et si je prenais au sérieux un personnage comme BHL, je me sentirais diffamé.

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  • C’était donc ça, "Les Nouveaux Chemins de la Connaissance"...

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    • Répondu par kyle william le 10 avril à  21:38 :

      Ce n’est pas du tout un dessin antisémite. C’est seulement un dessin politique idiot et hors de propos. La dérive monarchique et ultra-libérale de Macron a pris fin après 3 ans de mandats. Avec le Covid, l’Etat est redevenu protecteur et injecte des milliards d’argent public pour soutenir l’économie. Le chômage partiel rétribué n’est pas une politique de droite. Macron est devenu plus keynesien que dans ses pires cauchemars. Et surtout, il n’est pas juif.

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  • Merci pour cet article !
    10 avril 22:08, par Marazano

    Le renversement dialectique est désormais le sport en vogue à droite, qui qualifient les antiracistes de "vrais" racistes, les féministes de "vrais" sexistes, ou encore les homosexuels d’hétérophobes. Merci Didier Pasamonik de montrer qu’on peut ne pas se laisser intimider par ce genre d’attaques assez viles qui relèvent de la calomnie et du confusionisme.

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    • Répondu par PATYDOC le 11 avril à  18:43 :

      C’est l’association du nom Siné avec le dessin qui crée le malaise ! Vous êtes tous aveugles pour ne pas le voir ; d’où une production de "sens synecdochique" (comme on dit par chez vous) !

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    • Répondu par didier M le 13 avril à  06:35 :

      Exactement cela, Richard, quand le sens devient non sens et réciproquement, voire quand certains en viennent à tirer sur tout ce qui bouge en prônant la tolérance ou le vivre ensemble.
      Bonne journée à toutes et tous.

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  • Très bonne synthèse, juste et évidente !

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  • Je ne comprends pas bien. Macron est-il juif ? Solé est-il antisémite ? Si la réponse à ces deux questions est non, comment une caricature de Macron par Solé peut-elle être antisémite ? Décidément, il fait mauvais temps pour les dessinateurs de presse en ce moment. L’hypocrisie et la duplicité de tous ceux qui, il y a quelques années à peine, prétendaient "être charlie" sont de plus en plus flagrantes.

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  • C’est juste la preuve que l’obscurantisme religieux est dans toutes les religions. Et que certains ne savent pas quoi faire pour exister.

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  • Pour voir un dessin antisémite dans cette couverture, il faut être ou d’une totale mauvaise foi ou un crétin fini. Notons toutefois qu’il y a parfois des crétins finis qui sont d’une totale mauvaise foi.

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    • Répondu le 11 avril à  12:49 :

      Voilà un commentaire qui fait drôlement avancer le débat. Ce dessin est perçu par certains comme antisémite, parce qu’il emprunte certains codes visuels aux caricatures antisémites d’avant-guerre. Et parce que Siné était antisémite. Pour le reste, l’attaque est sans objet puisque le sujet, Macron n’est pas sémite.

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  • N’importe quoi. Il y a bien plus de points communs entre les dessins de couverture du Guide du Routard et les dessins antisémites qu’’adore’’ BHL : la Terre, la planète. Avec ce dessin sur Macron il faut être tordu, d’autant que Macron n’est même pas juif à ma connaissance.

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  • Je vois plutôt une référence à Louis XI, avec la représentation d’un monarque incarnant la fausseté, le calcul politique et la méchanceté.
    Peut-être que cette référence ne parle plus beaucoup de nos jours.
    La comparaison avec Je suis partout est absolument ridicule.

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    • Répondu par Lorentzo. B le 12 avril à  00:29 :

      Je découvre avec stupéfaction et écoeurement la "polémique" sur ce grand artiste humaniste qu’est Jean Solé. Humaniste, oui. Pour l’avoir rencontré souvent en dédicaces (je ne suis qu’un citoyen lambda passionné de BD) et "dérivé" sur des sujets de société lors de nos échanges, je n’ai aucun doute sur la bienveillance et la grandeur morale de cet auteur. Nous vivons une époque d’une grande médiocrité, à l’image de ces chaînes d’opinion prompts à diffuser une police de la pensée. Et je suis ainsi de plus en plus nostalgique de l’époque où Jean Solé caricaturait Chirac et Giscard en couverture de Pilote ; ce même journal dont le rédacteur en chef, René Goscinny, était bien sûr attaqué sur son judaïsme par Morris dans L. Luke contre Joss Jamon, avec son nez et son air vicieux... Non mais vous vous rendez compte du grotesque ?! Sur le même air, je pourrais citer d’autres exemples entendus à la TV, mais je n’ai pas envie d’être censuré pour "diffusions politiques". Continuez comme ça les BHL et cie, tout va bien.. Tenez, après les versions BD de 1984 (vous devriez les lire M. Kyle) ça m’a donné envie de relire la bd -nationaliste bien sûr - de Solé, Super Dupont. Une création de celui qui a porté l’étoile jaune, Marcel Gotlib (qui doit se retourner dans sa tombe). "Quelle époque opaque" comme disait le Concombre..

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 avril à  05:29 :

        Pour info ; Joss Jamon est un scénario... de Goscinny. Comme quoi, comparaison n’est pas raison. Une fois de plus.

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        • Répondu par lorentzo.B le 12 avril à  13:04 :

          Au cas où l’ironie de mon intervention n’aurait pas été comprise (l’écrit passe parfois moins bien que l’oral) : mais bien sûr que je savais que Goscinny était le scénariste de ce Lucky Luke (dès Alerte aux pieds bleus il me semble) ! Avec Rahan c’etait l’idole de mon enfance ! Mes propos ne voulaient que soulever l’absurdité, pour ne pas dire autre chose, de cette pseudo-polémique. Car avec un zeste de mauvaise foi allié à de la paranoïa aiguë et aussi, parfois, une certaine manipulation stratégique (voir les commentaires de Gisèle Halimi sur l’épisode Val et Charlie hebdo), on peut trouver beaucoup de messages "subversifs" dans nos petits mickey (ce qui faisait bien rire Goscinny avec tous ces exégètes d’Astérix notamment).
          De toute façon, tout cela va retomber bien vite. Comme me le disait au téléphone un copain qui aime lui aussi beaucoup échanger avec l’artiste, "mais il doit être bien triste l’ami Solé, lui qui est un sensible".
          Cordialement

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 12 avril à  15:21 :

            Il y a de la confusion. Goscinny a scénarisé Des Rails sur la prairie (N°9), puis, Goscinny étant en mission aux USA, Morris a réalisé seul Alerte aux Pieds-bleus (N°10), hélas, et Goscinny a repris à partir de Joss Jamon (N°11) puis continument jusqu’au Fil qui chante (N°46).

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    • Répondu par Renard le 13 avril à  16:52 :

      Tous ceux qui se souviennent des Grandes Gueules de Pilote savent que Solé n’était pas le plus doué du lot (Ah, Ricord ! Ah, Mulatier !...)
      Sauf peut-être un portrait de Zappa...
      Mais, là, le Macron on le reconnait bien. S’il se fait toujours photographier de face, c’est que de profil, il a un nez plutôt grand et busqué. Et l’art du caricaturiste c’est de faire d’un nez grand et busqué un gros pif courbé. Donc caricature.
      Imaginons que les caricaturistes n’aient pas eu le droit de croquer le blair de De Gaulle ou les sourcils de Pompidou...

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  • Dès que j’ai vu ce dessin j’ai pensé à Lord Farquaad dans Shrek, c’est tout à fait ça. Pour y voir un dessin antisémite il faut avoir l’esprit sacrément tordu.

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    • Répondu par remy le 13 avril à  11:37 :

      Oui j y vois le roi dans le robin des bois de Disney, et la main de la sorcière de blanche neige....rien d antisemite, il suffit de voir les véritables photos et les caricature de macron, sa forme du nez est toujours le même car c est celle originale accentuée comme toute carricature , en somme beaucoup de bruit pour rien

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      • Répondu le 13 avril à  21:13 :

        C’est vrai que Macron a le nez busqué voire bourbonien (ce qui va bien avec la couronne), c’est ainsi.

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  • Aïeaïeaïe, pauvre Solé, il ne mérite vraiment pas ça. La grosse bague, la couronne, c’est plutôt une caricature en monarque absolutiste, non ? (comme celle de Giscard faite par Solé dans les années 70) Décidément, être dessinateur de nos jours est une tâche bien périlleuse. On va certainement maintenant lui reprocher d’avoir dessiné Superdupont et d’être un sympathisant du fn. J’imagine déjà certains esprits qui vont aller chercher dans ses ouvrages des nez pas assez droits.

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  • Merci Monsieur Pasamonik pour cet article.
    Je vois surtout cette polémique comme une manière pour deux chiens de garde médiatiques de faire parler d’eux. Il ne manque plus que Brice Couturier pour compléter le trio.

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  • Personne n’aurait pipé mot sur ce dessin s’il était paru en pages intérieures.... La morale de cette histoire me semble être que dans le contexte actuel, l’intention satirique d’un dessin destiné à une couverture de magazine doit être soigneusement évaluée à l’avance si on veut éviter des dommages collatéraux. Que Siné-Mensuel en prenne pour son grade, c’est normal : c’est sa vocation d’origine et il l’assume ! Mais que Solé se retrouve pris dans la tourmente est effectivement très regrettable et totalement injustifié quand on connaît sa personnalité.

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  • Je pense qu’il faut être soit antisémite, soit d’une sensibilité/susceptibilité sévère envers l’antisémitisme, soit d’un anti SINE tisme militant (les deux derniers cas se partageant nombre des commentaires) pour détourner le sens de cette Une. Je ne l’ai lue, avant de lire la polémique, que comme un anti macronisme primaire, que l’on peut estimer outrancier sans pour autant vouloir en réprimer l’expression. Cette outrance sans nuance (définition de la caricature ?) peut même paradoxalement en réinjecter, de la nuance, par réaction, au lecteur, en lui renvoyant en miroir une tentation manichéenne dont la prise de conscience favorisera une réflexion plus, donc, nuancée et ouvrira des possibilités de débat contradictoire moins hargneux et bloqué. Effet (à mon sens) positif qu’ont pu avoir sur moi les provocations les plus excessives de SINE, contre les chasseurs, les curés... qui au lieu de conforter mes préjugés "idéologiques" m’ont conduit à les questionner avec plus de "finesse". Et je propose à tous les "indignés" par ce dessin de s’interroger sur le raccourci psychologique qui leur fait identifier un individu cupide et fourbe à un "juif". Le Grand Vizir Iznogood peut-il se lire comme une caricature antisémite ??? Ce que font consciemment, délibérement, compulsivement, avec constance, les authentiques anti sémites qui existent et s’expriment en ce monde. Que je me garderai de confondre avec les participants au débat, en particulier sur ce site, ni surtout avec jean Solé, ni avec l’ensemble des rédacteurs du mensuel, ni même avec SINE en dépit de ses parfois lamentables mais occasionnelles outrances outrageantes. N’oubliez pas qu’il y a d’authentiques ennemis que nos débats et combats douteux doivent bien faire ricaner.

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  • Si l’antisémitisme est, multiséculairement, le vice le plus désespérant et le plus tenace en France, sous toutes sortes de déguisements rhétoriques et politiques par soucis de convenances, son réarmement systématique en vue d’une disqualification de l’adversaire est navrante et, qui plus est, dangereuse : dangereuse pour le sens réel des mots, des notions, des idées, des luttes qui les soutiennent, et dangereuse également pour les Juifs qu’on tient pour responsables ontologiquement de nourrir cette passion publique à leur égard. Foutre la paix aux Juifs commencerait par y aller un peu mollo sur les lectures à tout bout de champ de la scène agonistique politique à coup d’antisémitisme, notamment quand les cibles ne sont pas juives (il ne reste plus alors que des ricochets analogiques de plus en plus douteux comme principe d’analyse, ce qui est très au dessous du minimum exigible en matière d’images. Je suis navré toute l’année par le manque d’expertise dans le domaine sur toute la scène éditoriale, qui fait regarder les images à travers des prismes complètement inadaptés. Franchement, apprendre à lire une image devrait être au programme scolaire depuis longtemps dans un univers largement dominé par elles). Cette obsession pour les Juifs en France, pays où le plus ignare des badauds est censé avoir un jugement à donner sur Israël et ses colonies alors que la cécité sur les questions coloniales, partout ailleurs, réveille tous les jours la Réaction pour une petite tourette du déni, est, au mieux pénible, au pire, mortifère (ce petit virage par Israël étant le moyen commode trouvé pour permettre de continuer à parler des Juifs sans parler des Juifs, dès lors qu’il a été jugé vaguement immoral de faire une fixette sur eux).
    Ce dessin est coupable d’être nul, et c’est tout. Nul caricaturalement (mais Solé, on l’a dit ailleurs, n’est pas très doué à cet exercice), et nul parce que caricatural (représenter son adversaire politique en méchant grimaçant, c’est le degré zéro de la proposition politique. C’est pourtant la règle, à quelque communauté qu’appartienne le méchant de pacotille en question). Représenter un roitelet en roitelet, un capitaliste en capitaliste, est la moindre des choses quand on se sent faire partie, directement ou indirectement, des victimes de ses manoeuvres. Enfin, subsumer Solé au journal auquel il participe est également un coup bas s’il n’est jamais question de l’interroger lui sur ses intentions, ses relations au canard ou tout simplement son histoire personnelle. C’est le minimum. Cette merde va rester collée sur le front de Solé, associant lentement, à mesure que l’affaire elle-même s’éloignera, son nom au signifiant "antisémite". Qu’on ait vidé ce dernier mot de toute substance réelle pour en faire la figure lexicale du vilain, de l’ennemi, aide beaucoup à le coller sur n’importe quelle tronche.

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    • Répondu le 12 avril à  15:31 :

      N’exagérons-rien. Solé n’est pas assez médiatiquement connu pour que cette polémique lui colle à la peau bien longtemps. Il n’est pas et n’a jamais été un gros vendeur de BD. Ce dessin est foiré et a donné lieu à des interprétations foireuses chez quelques intellos paranos de pacotille. Qui en 2021 accorde encore de l’importance à ce que peut tweeter BHL ? Ce pauvre homme a perdu toute crédibilité depuis longtemps au gré de ses entartages mérités et autre affaire Botul. Son dernier exploit aura été l’invasion de la Libye, pas d’avoir fait passer Solé pour un antisémite. Dans une semaine, on n’en parlera plus.

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      • Répondu par dimitrov le 13 avril à  20:32 :

        C’est Siné Mensuel qui est visé à travers Solé par BHL et mine de rien, BHL réussit sa manoeuvre car je lis ici et là la petite musique pas vraiment contredite comme quoi Siné mais aussi Siné-Mensuel seraient antisémite, ce qui est bien sûr, si on prend le temps de prendre connaissance de l’œuvre et des écrits de Siné et de lire régulièrement Siné-Mensuel totalement faux et aussi dégueulasse que d’en accuser Solé.

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        • Répondu le 13 avril à  23:12 :

          Ce n’est pas si dégueulasse. L’accusation contre Siné ressort car le personnage a eu des antécédents, et bien avant l’affaire qui a conduit à son licenciement de Charlie Hebdo. Il s’est revendiqué antisémite en 1982 en direct à la radio, et même s’il s’est excusé ensuite, invoquant la colère et l’alcool, il a été condamné en 1985 pour provocation à la discrimination, la haine ou la violence raciale.

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