Junko Kawakami : « Au Japon, il y a une concurrence féroce ».

13 septembre 2008 0 commentaire
  • Le premier volume de sa série « It’s Your World », vient de paraître en exclusivité en France, c’est une première, avant le Japon. Une initiative des éditions Kana qui correspond à sa volonté de consolider des catalogues avec des séries en propre qui ne seraient pas issues de seules licences venant des grands éditeurs japonais.
Junko Kawakami : « Au Japon, il y a une concurrence féroce ».
"It’s Your World" de Junko Kawakami
Ed. Kana

Il faut dire que Junko Kawkami habite Paris et qu’elle a épousé un Français. Après une carrière commencée dans le fandom, bientôt repérée par un éditeur de Kadokawa, elle publie dans la revue Young Rosé avant de rejoindre le studio d’artistes Show Cream. Commence pour elle une carrière, d’abord productrice de dizaines d’histoires courtes, qui marque un nouveau point de départ avec la publication en 2004 de sa première longue série, Paripari densetsu – La légende de Paris-Paris pour la revue Feel Young, qui sera reprise en recueil chez Shodensha, une auto-fiction qui raconte sa vie quotidienne à Paris. Le succès est immédiat. Depuis, elle a une demi-douzaine de séries à son actif, dont ceIt’s Your World qu’elle publie en exclusivité mondiale chez Kana. Rencontre.

Le fait d’être publiée par un éditeur français plutôt que japonais a dû changer radicalement vos méthodes de travail.

C’est très différent, en effet. Au Japon, il y a l’éditeur et puis l’auteur. Ici, on travaille plus ensemble, de façon moins directive. Au Japon, du moment que l’on rend le travail à temps, on ne s’inquiète pas de savoir où vous en êtes, ça tombe sous le sens. Ici, s’il n’y a pas un contact régulier, si vous ne répondez pas au téléphone, c’est la panique, on ne trouve pas cela normal.

Junko Kawakami en août 2008 à Paris
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Le statut d’auteur au Japon est-il très différent de celui de la France ?

Au Japon, il y a une concurrence féroce mais davantage d’opportunités pour les jeunes auteurs. Les Japonais aiment travailler et quand cela marche, ils travaillent beaucoup. Personnellement, je n’aime pas la pression. Quand j’ai fait 100% Orange Pink, c’était pour un quotidien genre Le Monde. Je devais livrer deux pages deux fois par mois. C’était horrible, pour moi, d’être astreinte à un délai. À peine avais-je fini mes pages qu’il fallait en faire d’autres ! C’était très stressant.

Quel est le tirage moyen d’un manga « ordinaire » ?

10.000 exemplaires, 15.000 exemplaires peut-être.

Ce sont des chiffres qui font rêver les éditeurs français où l’on a l’habitude d’être plus prudents. Dans It’s Your World, qui raconte l’intégration d’immigrants japonais en France, entre le père dans les nuages, la mère un peu « fofolle », la fille fashion victim et le garçon qui a le plus de mal à s’adapter, vous racontez un peu votre histoire ?

Oui, Hiroya, le jeune garçon de la famille, pourrait très bien rester coincé dans son modèle, se dire qu’ils ne partage pas les mêmes valeurs que les Français, en plus du problème de la langue. Mais comme il est plus jeune, il pense qu’il peut changer les choses, faire le chemin vers les autres. Il y parvient grâce à Fatima, une Française dont il ne perçoit pas la différence de statut par rapport aux autres jeunes filles. Au Japon, il y a plusieurs nationalités, mais la mixité des races est plutôt rare. Qu’une personne ait une couleur de cheveux différente, c’est déjà un évènement. Alors ce mélange des races que l’on constate à Paris étonne de premier abord.

Pourtant, la principale hostilité que rencontre Hiroya, est un jeune garçon japonais comme lui, mais métis, de parents franco-japonais. D’où vous est venue l’idée ?

Je ne sais pas. Cela m’est venu comme ça. J’avais retrouvé récemment une amie japonaise qui s’était mariée avec un Franco-japonais élevé au Japon. Ils viennent parfois à Paris. Je me suis peut-être inspiré de lui.

It’s Your World de Junko Kawakami
(c) Ed. Kana

Comment avez vous rencontré les éditions Kana ?

Je travaillais dans un atelier partagé par plusieurs artistes. Parmi eux, il y a un dessinateur dont la femme est japonaise et qui a également vécu à Tôkyô. C’est lui qui m’a mis en relation avec les éditions Kana.

Pourquoi, selon vous, la bande dessinée française marche-t-elle si peu au Japon ?

Sans doute, ce qui plaît aux Japonais diffère de ce qui plaît aux Français. Je ne sais pas. Peut-être faudrait-il dessiner des personnages avec des « grands yeux » (rires)

Quels sont vos projets ?

En septembre, je publie une série intitulée Cookies et ensuite une autre intitulée Da Vinci, en même temps que la suite des séries en cours, ce qui constitue une production de 25-30 pages par mois que je réalise seule.

Utilisez-vous un logiciel d’assistance au dessin ?

Non, pas encore. Mais on m’a dit que cela prenait plus de temps que de les faire à la main (rires).

Propos recueillis par Didier Pasamonik en août 2008.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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