L’Écho des Savanes à la recherche d’un repreneur

29 décembre 2006 6 commentaires
  • Le titre mythique créé en 1972 par Nikita Mandryka, Claire Brétécher et Marcel Gotlib tirerait-il sa révérence après 34 ans de bons et loyaux services ? C’est possible, car la « suspension » du titre par Lagardère Active Média se confirme. Plusieurs collaborateurs ne cachent pas leur déception face à une situation dont ils n’ont été avertis qu’au dernier moment.

Les plus jeunes n’imaginent pas la révolution qu’a été l’Écho des Savanes en 1972. Ce journal d’abord trimestriel a été créé sur un coup de tête par Mandryka, qui embarqua avec lui deux autres jeunes loups de la nouvelle BD française née dans Pilote, Gotlib et Brétécher. « J’avais envie de faire un journal du même format qu’un comic-book américain, déclare Mandryka dans une interview accordée à Benjamin Stroun, avec différentes histoires complètes par plusieurs auteurs. Le choix de Claire Brétécher et Marcel Gotlib m’a semblé évident parmi les auteurs satiriques autour de moi. J’étais très heureux de travailler dans Pilote, simplement je voulais essayer une autre approche : s’emparer de sujets laissés à la littérature et au cinéma et s’autoriser à travailler dans les mêmes conditions que celles qui sont concédées à un écrivain. Chacun travaillait en toute liberté pendant trois mois pour produire seize pages qui, une fois réunies, donnaient L’Écho des Savanes. Pendant deux ans, L’Écho fut un magazine trimestriel, ce qui permettait à Brétécher, Gotlib et moi-même de concevoir des pages avec un soin particulier. Cela me changeait des planches réalisées souvent dans l’urgence pour un hebdomadaire. »

L'Écho des Savanes à la recherche d'un repreneur
L’un des premiers numéros de L’Echo

Premier support de bande dessinée significatif vraiment orienté vers les adultes en France (Pilote, sous la houlette de Goscinny, faisait le grand écart entre les bandes dessinées de Reiser et les aventures de Tanguy & Laverdure, les autres expériences s’avérant ephémères), Il est surtout la première production « indépendante » française (c’est-à-dire d’auteurs se publiant eux-mêmes), aussitôt imitée par la bande à Fluide Glacial (1975), puis celle de Métal Hurlant (1975), eux-aussi "autogérés" par des auteurs. Un choc dont la BD contemporaine ne s’est pas encore remise. Le mensuel accueillit très vite de nouvelles plumes : Veyron, Pétillon, Vuillemin, Lob, Solé, Moebius, Druillet… C’est dire l’impact de cette formule novatrice sur la BD d’aujourd’hui.

Si Mandryka abandonna le titre en 1979, après que Gotlib ait fondé Fluide Glacial et que Brétécher soit passée au Nouvel Observateur, le titre perdura jusqu’en 1982 avant de passer sous la houlette d’Albin Michel et de Hachette qui en font un magazine masculin avec force femmes nues et autres « striptease des petites copines ». Des titres comme L’Amour propre de Martin Veyron ou encore Le Déclic de Milo Manara assurent le succès à cette nouvelle mouture qui connut même une formule hebdomadaire en 1984 et des hors séries consacrés à la bande dessinée américaine.

La mythique équipe fondatrice de 1972 : Brétécher, Gotlib et Mandryka
(c) Fluide Glacial

Dirigé depuis cette époque par Hervé Desinge, ses ventes ont cependant décliné récemment, les chiffres chutant à 55.542 exemplaires par numéro (OJD 2005). Pourtant, il nous semblait que ces derniers mois, la qualité du contenu était nettement à la hausse.

Le dernier numéro paru de L’Echo
actuellement en kiosque.

Le mensuel était édité par Lagardère Active Media (LAM, nouvelle dénomination d’Hachette-Filipacchi-Média) qui a décidé de recentrer ses productions en propre orientées vers une synergie entre ses titres et leur exploitation possible dans les nouveaux médias, notamment l’Internet. L’Écho s’arrête (pour le moment ?) mais pas la société d’édition SEFAM, une joint-venture entre Albin-Michel et le groupe Lagardère, très profitable puisque qu’elle détient dans son catalogue les droits de Reiser, Wolinski, Manara, Vuillemin ou encore le best-seller Pétillon, l’auteur de L’Affaire corse et de l’Affaire du voile, de bonnes affaires précisément. Lagardère étant par ailleurs actionnaire d’Albin Michel, est-ce que cet arrêt est le signe avant-coureur d’une renégociation des relations entre les deux groupes ? C’est bien possible. Nous en en saurons davantage dans les prochains jours.

Pour l’heure, comme en témoigne la planche de Joan que nous reproduisons ci-dessous, les collaborateurs du journal, salariés et pigistes, sont choqués d’apprendre par l’extérieur l’arrêt du mensuel et la recherche d’un partenaire qui reprendrait le titre en location-gérance. Le prochain numéro, entièrement bouclé, ne paraîtra pas, à moins d’une issue rapide des négociations en cours. Cette reprise portera-t-elle seulement sur le titre ou concernera aussi la maison d’édition – très rentable - qui lui est attachée ? La question reste posée.

Les collaborateurs du journal et les auteurs sont déçus, comme en témoigne cette BD de Joan
(c) Joan, reproduit avec son aimable autorisation.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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6 Messages :
  • L’Écho des Savanes à la recherche d’un repreneur
    30 décembre 2006 22:22, par jpr75

    Tout cela est bien triste et vient confirmer qu’une certaine vision de la presse BD est révolue, même si l’on peut admettre qu’un prestigieux actionnaire comme Lagardère-Hachette ne puisse se contenter de 55 000 exemplaires vendus, chiffre bien supérieur aux ventes de Spirou-Hebdo au demeurant.
    Le problème, c’est que ce ne sont pas de petits éditeurs ordinaires qui pourront se permettre la reprise de ce titre. A la limite, l’arrivée de Soleil en sauveur-repreneur serait la bienvenue. Avec Fluide, l’Echo était le seul survivant de la mythique période années 70-80 (j’oublie le revival franco-américain de Métal-Hurlant, seule revue de BD à être exclusivement vendue en librairie). A croire que le secteur est plombé. C’en est à souhaiter l’arrivée d’intervenants extérieurs (l’éditeur annoncé de l’Intention ; mais aussi, pourquoi pas une revue comme Entrevue qui pourrait publier des BD avec ses 450 000 acheteurs au numéro), puisque tous les éditeurs traditionnels semblent jeter l‘éponge. Plusieurs projets parfois ambitieux sont à l’étude. Espérons une relève de qualité, capable de réveiller le public et tous ces endormis de l ‘édition.

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    • Répondu par OVV le 7 janvier 2007 à  17:02 :

      Juste pour préciser : le Spirou heBDo vend plus de 80.000 exemplaires, et ce chaque semaine, et atteint les 100.000 exemplaires au numéro en additionnant la vente, conséquente, des recueils. Non mais sans blague.

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      • Répondu par jpr75 le 22 janvier 2007 à  00:01 :

        "Juste pour préciser : le Spirou heBDo vend plus de 80.000 exemplaires, et ce chaque semaine, et atteint les 100.000 exemplaires au numéro en additionnant la vente, conséquente, des recueils. Non mais sans blague. "

        Je me contente de citer les chiffres officiels de l’OJD pour 2005.
        Tirage france 51 000 exemplaires. Diffusion payante 45 000.
        Non mais sans blague !

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        • Répondu le 7 mai 2007 à  11:00 :

          C’est ça : 2005, basé 2004. Et que la France. Non mais sans blague.

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    • Répondu par roni le 20 janvier 2007 à  13:29 :

      non mais ça va pas associe a entrevue des bd on reve moi je suis abonne a l’echo des savanes mais en aucun cas je veux et vaie acheter un tel truc( et je pèse mes mots)allons soyons sérieux...... et vive l’echo des savanes

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  • En ligne sur gaspanik.tv, l’émission Pan, dans la Bulle ! spécial Bye,bye L’Echo, avec Hervé Desinge, Annie Pastor, Jul, Ga, Joan et Jef Cortes.

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