L’ordre Impair, tome 5 : Où tout s’achève - Par Rudi Miel, Christina Cuadra & Paul Teng - Le Lombard

18 juillet 2008 0 commentaire
  • Des livres imprimés il y a des centaines d'années par des femmes avides de vengeance poursuivent leur destin destructeur en aggravant la tension indo-pakistanaise. Malgré un scénario parfois confus, ce cinquième tome donne les éléments tant espérés pour finaliser cette série historico-ésotérique, dont le dessin de Teng demeure le meilleur des atouts.

Quels sont les liens entre la fuite de Louis XVI et de Marie-Antoinette à Varennes en 1791, la mort du Pape en 1644, le massacre anversois de 1585, les bûchers de l’inquisition et la peste espagnole de 1600 ? Sans doute un ou plutôt des livres mystérieux nommés "Visio Veritatis" et inspirés d’évangiles agnostiques.

Tout cela peut sembler lointain, mais ces livres resurgissent soudainement pour réécrire l’Histoire : La tension entre l’Inde et le Pakistan, alimentée par un réseau terroriste déterminé et diablement organisé, pourrait déboucher sur une guerre atomique qui ne laisserait que peu de chances à la civilisation actuelle. Dans cet imbroglio à la fois ésotérique et géopolitique, un jeune écrivain tente de comprendre le suicide de son épouse, qui serait inextricablement lié au douloureux mutisme de sa mère. Lui, le premier homme issu d’une lignée de femmes remontant à la Genèse, porterait sur ses épaules l’issue du monde ? Un destin bien lourd, mais peut-il seulement s’y soustraire ?

L'ordre Impair, tome 5 : Où tout s'achève - Par Rudi Miel, Christina Cuadra & Paul Teng - Le LombardAprès des réussites telles que le Triangle Secret, le Décalogue ou dans un autre genre, le Da Vinci Code , il peut paraître aisé de mobiliser les foules avec un récit jouant habilement sur les bases de nos civilisations monothéistes en mêlant le contemporain et l’historique. Malheureusement, l’Ordre Impair souffre, outre de son ambition, de quelques défauts de construction, et d’un manque flagrant de souffle pour tenir la dragée haute à ces best-sellers.

Dans les quatre premiers opus, référence obligatoire aux quatre cavaliers de l’Apocalypse, le récit avance trop maladroitement, sans donner assez d’éléments au lecteur pour entretenir la passion et le mystère. Il s’ensuit une lecture qui se cherche, attendant impatiemment des éléments liant les différents tableaux pour donner du sens à l’intrigue. D’ailleurs, il eût sans doute été profitable de raccourcir quelques séquences, voire de simplifier l’énumération des « malheurs » pour donner plus de cohésion et de punch à l’ensemble. Comme le titre de ce dénouement l’évoque si clairement, ce sont dans ces (dernières !) pages que certains secrets seront enfin dévoilés.

Ne croyez pas pour autant devoir passer à côté de ce polyptyque enfin clos, au contraire : les messages évoqués possèdent une grande force : « l’Histoire permet d’éviter de répéter les erreurs du passé » et « l’homme possède une propension à la guerre et à la mort alors que la femme le pousse à la construction et à l’amour » s’mposent. Cette vision matriarcale (voire féministe) propose des pistes de réflexions intéressantes. Il paraît juste dommageable que l’ensemble soit parfois noyé dans une soupe ésotérique où parfois les auteurs eux-mêmes ne semblent parfois plus tenir le bon bout.

Pour servir ce scénario ambitieux, et c’est la grande victoire de cette série, il y a la nouvelle et éclatante démonstration de la qualité du dessin de Paul Teng, qu’on avait déjà pu admirer dans Shane. Ses constructions sont admirables et si on peut regretter un certain manque d’originalité dans les scènes contemporaines, les planches historiques tiennent sacrément la route. Rappelons que Jean Van Hamme lui-même a récemment contacté Teng pour lui confier le dessin de la prochaine adaptation de son roman, le Télescope. Le célèbre scénariste n’a pas son pareil pour mettre le grappin sur des talents encore trop peu connus.

Sans être incontournable, l’Ordre Impair est une série qui mérite qu’on s’y attarde. Une intrigue historico-ésotérique qui plane parfois un peu haut, mais qui ravira les lecteurs avides de degrés de lectures pluriels échappant aux réponses toutes faites.

(par Charles-Louis Detournay)

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