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La BD en poche soutient le pouvoir d’achat !

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 4 juin 2022                      Lien  
En mettant ses grands romans graphiques à la portée de toutes les bourses : 10€ pour « Joséphine Baker », le biopic de Catel et Bocquet, un volume de 568 pages quasiment au prix d’un Astérix, Casterman fait un geste vers les amateurs de bonne BD alors que la stagflation guette et érode lentement mais sûrement notre pouvoir d’achat. Une fournée de six titres signés des meilleurs auteurs de la maison parmi lesquels Bastien Vivès ou Rochette. Une initiative qui scelle le retour de la bande dessinée dans un secteur qu’il avait abandonné au profit des mangas : le format de poche.

Vous voulez découvrir d’excellents romans graphiques sans casser la tirelire ? Cette collection est pour vous, et vous serez séduit ! Six titres : Le Chemisier de Bastien Vivès, Joséphine Baker de Catel & Bocquet, In Waves de Aj Dungo, Ailefroide de Rochette et Le Muret de Fraipont & Bailly viennent de sortir ces jours-ci, juste avant les transhumances estivales, et tout ça chacun pour dix balles, quasiment le prix d’un Astérix.

Bonne nouvelle pour les consommateurs, mais pas seulement. En littérature, le procédé est bien connu : après un premier succès en volume, les grands romans connaissent une deuxième vie dans le format de poche avec des ventes parfois bien plus considérables que dans l’édition première. L’édition de la bande dessinée suit-elle le même chemin ?

Formatée pour la diffusion de masse

Elle y est déjà : quelles sont les BD les plus diffusées aujourd’hui dans les grandes surfaces ? Toutes les mères de famille le savent : ce sont les mangas ! Avec des prix encore inférieurs à dix euros : 6,90€ pour un One Piece. Le format poche a largement droit de cité dans la grande distribution et dans les kiosques de gare où la BD, avec les années, y tient une place de plus en plus congrue. Sauf pour les mangas ! Là, grâce à cette nouvelle tendance, le roman graphique en tout cas, visant un public de primo-lecteurs, retrouve un secteur que la BD franco-belge avait abandonné depuis de nombreuses années. Pourtant, dans les années 1980, la publication du Déclic de Manara ou des Idées noires de Franquin chez J’ai Lu avaient dépassé le cap des 100 000 exemplaires vendus. Mais, faute de titres disponibles, l’éditeur s’était tourné avec succès vers les mangas.

La BD en poche soutient le pouvoir d'achat !

Cette nouvelle tendance est d’autant plus opportune qu’avec l’augmentation du prix du papier, les romans graphiques vont encore augmenter rendant encore plus attractifs le format poche. Ils pourraient constituer un produit d’appel qui animeraient nos librairies, même si les libraires spécialisés ne raffolent pas de ces petits formats qui leur rapportent peu. Mais si leur taux de rotation de ventes atteint celui des BD japonaises...

La jeunesse aussi

Le mouvement touche aussi la BD jeunesse : le phénomène Mortelle Adèle dont les ventes cumulent les deux millions d’exemplaires par an dans un format de 16 x 20 cm, est au prix de 10,95€, pour plus de 90 pages en couleurs.

Le spin-off tiré de l’univers d’Astérix publié par Albert-René, la série Idéfix dont le premier volume accompagne la diffusion des dessins animés sur Netflix et s’est vendu, selon l’éditeur, à plus de 100 000 exemplaires, a un format identique.

Et un prix qui se veut concurrentiel : 8,99€ pour 72 pages couleurs ! Le deuxième album de la collection sort le 15 juin. Le titre : Les Romains se prennent un gamelle ! Les Romains, peut-être, mais pas les éditeurs !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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15 Messages :
  • Pas de gamelle pour les éditeurs qui conservent leurs marges, mais c’est plus problématique pour les auteurs dont l’abaissement du prix album érode toujours plus leur droit d’auteur.

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  • Le format est réduit-il ou bien les planches sont-elles remontées, comme c’était le cas dans les J’ai lu des années 80 ?

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    • Répondu le 4 juin à  09:45 :

      Le format des planches est réduit ; ce sont déjà des romans graphiques, donc plus petits que les albums. Pas besoin de remonter les planches.

      Répondre à ce message

    • Répondu le 4 juin à  09:45 :

      Le format des planches est réduit ; ce sont déjà des romans graphiques, donc plus petits que les albums. Pas besoin de remonter les planches.

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    • Répondu le 4 juin à  09:50 :

      Je ne vois pas en quoi ça soutient le pouvoir d’achat. L’offre est minuscule et ce sont déjà des best-sellers. Où est la prise de risque pour l’éditeur ?

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  • Bonjour,
    Casterman s’engage donc dans la même voie que Dargaud [ https://www.actuabd.com/+Unc-collection-de-BD-en-format-poche-chez-Dargaud+ ] avec un prix un peu moins élevé.
    Les deux maisons d’édition se sont-elles entendues ?
    Les autres “grandes maisons d’édition” ont-elles prévu pareille sortie ?
    Et savez-vous ce qu’il en est des droits d’auteurs ?
    Concernant Dargaud, je vois des titres qui n’ont pas forcément rendu tel Crésus leurs auteurs. Puis-je supposer que comme pour le “Poche” en livre de texte le pourcentage de droits est moins important que pour l’édition première avec l’espérance que le “Poche” relance fortement les ventes ?
    Concernant Casterman je vois qu’il y a des titres en achat de droits (achat de titres déjà parus dans un autre pays). Intéressant que des maisons étrangères valident ce tirage, savez-vous si la deuxième publication type poche existe dans d’autres pays ?
    Merci à vous !

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    • Répondu le 4 juin à  15:04 :

      Les éditeurs n’ont pas besoin de s’entendre. Ils se copient les uns les autres constamment. D’ailleurs Futuropolis (même groupe que Casterman) s’y met aussi, aux rééditions en poche. Pour ce qu’il en est des droits d’auteurs, tout dépend du contrat des auteurs, on ne peut pas faire de généralités ; les rééditions poche ou "club" y sont généralement prévues.

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      • Répondu le 5 juin à  06:59 :

        Encore un sujet à travers lequel on évoque les revenus des auteurs et la question sociale de ce "métier". Des riches exploiteraient des pauvres, mais aucune enquête journalistique ne donnent les chiffrent. Quel est le salaire de tel ou tel responsable éditorial ? tel ou tel éditeur ? Ce serait intéressant qu’actuaBD fasse un article à ce sujet.

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        • Répondu le 5 juin à  08:37 :

          La précarisation grandissante des auteurs a été abondamment démontrée et décrite, y compris dans des grands médias comme France Info, Télérama, Le Parisien, Le Monde, Libération… S’il vous faut encore une étude journalistique pour vous apercevoir que « des riches exploitent des pauvres », c’est que vous n’avez jamais étudié l’histoire de l’humanité.

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          • Répondu le 6 juin à  12:32 :

            Votre réponse ressemble à une porte fermée sur laquelle serait écrit "ne pas déranger"et en dessous, en rouge souligné, "bande d’imbéciles !". Sauf erreur de ma part, à ce jour aucune enquête ne chiffre les écarts de revenus entre les exploités et les exploiteurs du monde de la BD. Certains articles évoquent la bonne santé de la BD, alors que d’autres parlent de précarité, le flou est persistant. Et puis après tout, pourquoi chercher l’équité alors qu’on peut écraser l’autre, l’humanité s’entretue tout au long de son histoire, pourquoi ne pas l’accepter une bonne fois pour toute ? D’après certains "experts" ce serait notre tour bientôt...Vous devez être ravi de cette occasion d’affronter le réel dont vous parlez si bien...

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            • Répondu le 6 juin à  15:00 :

              Vous avez raison, je me suis montré cynique et arrogant. C’est parce que pour moi le sujet est plus qu’usé et ressassé et parce que je n’espère plus d’amélioration. Mais je reconnais que vous soulevez de bonnes questions.

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              • Répondu le 6 juin à  17:32 :

                Votre réponse est réconciliante et pleine d’humanité, je vous en remercie.

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  • Après tout, pourquoi pas ? Je n’ai pas encore eu d’exemplaire en main, il faut voir comment le dessin supporte la réduction. Mais à priori, j’ai l’impression qu’un Bastien Vivès a toute sa place en poche, par exemple – que son travail est peut-être même mieux adapté au petit format pas cher. J’ai toujours pensé qu’éditer Joan Sfar dans des grands volumes luxueux, comme Dargaud l’a fait à un moment, n’a pas servi son travail. Bon, par contre, pour l’Ailefroide de Rochette, je suis un peu plus sceptique.

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    • Répondu le 5 juin à  22:51 :

      C’est une bonne idée, mais il faut publier des inédits directement en poche et à petit prix. Il faut oser le faire avec des nouveautés, ne pas laisser ce format aux seuls mangas, et oser relancer de la BD populaire.

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      • Répondu par Milles Sabords le 29 juin à  07:12 :

        L’idée n’est pas nouvelle et il me semble que la collection J’ai Lu l’avait déjà fait dans les années 80 (bien avant la déferlante Manga) sans réel succès. En feuilletant ces albums en librairie, je vois que certains albums subissent mal la transition de format : l’Aile Froide de Rochette y perd de sa hauteur de case, de cette force évocatrice du vertige et du vide lié à la montagne, Vivès ça passe et encore, son titre Polina ne serait pas mieux loti (n’oublions pas que Lastman s’en sort mieux car le travail à été pensé comme un Manga et pour le format Manga), Sfar ça ne serait pas terrible car la réduction nuirait fortement au pointillisme de ses compositions, le pire étant pour Mécanique Céleste dont le découpage traditionnel et la colorisation aquarelle passe très mal la transition, In Waves s’en sort un peu mieux face à la contrainte du format car certaines planches ne dépassent pas les 3 cases, Catel aussi grâce à son n&b épuré et stylisé. Au final, résultat plutôt mitigé, voir très décevant suivant les titres et 10 euros c’est cher pour ça.

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