La Maison de la Bande Dessinée reprend le flambeau du Musée Jijé

13 mars 2006 0 commentaire
  • Après la fermeture du Musée Jijé le 28 février 2005, son fondateur, François Deneyer avait promis de rebondir avec un nouveau lieu consacré à la bande dessinée dans la capitale bruxelloise. Il a tenu parole : « La Maison de la bande dessinée » vient d'ouvrir ses portes, à deux pas du Centre belge de la BD.

François Deneyer est du genre obstiné. Ce collectionneur passionné avait décidé de faire un musée de la BD à Bruxelles, un Musée Jijé, qui se posait un peu en concurrent du Centre belge de la BD. Nous n’avions pas manqué de saluer son initiative. Mais nous étions un peu étonnés de ce que ce nouveau Musée soit financé seulement par des fonds privés, sans même que l’Etat ne mette la main à la poche. [1], une situation qui nous avait semblé alors intolérable.

Ce nouveau lieu s’ouvrait dans les pires conditions puisque son créateur, peu au fait des arcanes de la politique culturelle belge, d’ailleurs quasi inexistante à ce moment, en ce qui concerne la bande dessinée du moins, n’avait pas établi dans les règles les demandes de subsides dont il avait besoin. Après deux ans d’exploitation, le Musée Jijé fermait dans des conditions calamiteuses qui ont suscité des questions. Ainsi, des planches ont ainsi été offertes par des auteurs au musée Jijé puis vendues en vente publique pour un peu plus de 100.000€ sans que l’on sache très précisément les conditions d’utilisation du produit de la vente destiné à rembourser les dettes du Musée [2]. L’une des raisons de ces questionnements vient de la proximité des administrateurs de l’ASBL Musée Jijé (Registre national des entreprise N°0477992541)avec ceux de la société immobilière Day-to-Day (N°TVA 464147077), propriétaire des locaux occupés par le Musée rue du Houblon. Ils ont eu en effet au moins un administrateur en commun et partageaient un moment le même siège social, au domicile de M. Deneyer. Day-to-Day devenant de fait créancier du Musée, on est en droit de souligner le fait que la générosité des dessinateurs et les (quelques) subsides de 15.000€ apportés par l’état ont pu aider à financer une acquisition immobilière dans laquelle ses fondateurs ont des intérêts.

Cette confusion est sans doute à mettre sur le compte d’une passion et il bien possible que M. Deneyer qui a mis ses fonds personnels dans cette aventure y ait plus perdu d’argent qu’il n’en ait gagné. Nous lui en laissons le crédit.

La Maison de la Bande Dessinée reprend le flambeau du Musée Jijé
La façade de la Maison de la BD
Gare Centrale, en face de la Grand-Place

L’état prend enfin ses responsabilités

L’échec du Musée Jijé a-t-il permis une prise de conscience au niveau de l’Etat belge ? C’est bien possible. Depuis, ainsi que nous vous l’avons expliqué, les pouvoirs publics ont effacé les dettes du Centre Belge de la Bande dessinée. Mieux : une dotation de la Loterie nationale d’un montant d’un million d’euros permet au CBBD d’aborder l’avenir d’une façon plus sereine.

De son côté, au plus fort de la crise, M. Deneyer était allé frapper à toutes les portes pour trouver des fonds. Il a fini par trouver l’oreille attentive d’un ministre, M. Benoît Cerexhe (CDH, conservateur catholique), qui passa trois heures à visiter le Musée Jijé en écoutant les doléances de son fondateur. Impuissant sur le moment, le ministre décida néanmoins de soutenir le nouveau projet de Fançois Deneyer dès qu’il le pourrait : il s’agit cette fois de la création d’une Maison de la Bande Dessinée dont le programme, moins ambitieux que le précédent, permettrait cependant de maintenir la présence d’une collection permanente d’originaux de l’école de Spirou au cœur de la capitale bruxelloise. Le ministre, devenu entre-temps président de la Commission Communautaire Française (COCOF) tint parole et se débrouilla pour doter ce nouveau lieu d’un subside de 30.000€ par an pendant deux ans. Ce montant couvre en fait les frais de loyer. Une partie du lieu étant consacrée à un espace de librairie, les recettes des ventes ajoutées à celles du prix d’entrée des expositions permanentes et temporaires (modestes cependant : de 1 à 2€) permettent d’en assurer les frais de fonctionnement. Sauf si le ministre coupe les vivres, l’entreprise devrait cette fois suivre un chemin moins funeste que la précédente.

La collection permanente
Une quarantaine de documents exceptionnels

Expositions permanentes et temporaires

Mieux située, La Maison de la Bande Dessinée se trouve au cœur de Bruxelles, face à la Grand Place, en fait dans l’immeuble qui jouxte la Gare Centrale de Bruxelles, une des dernières réalisations du célèbre architecte belge Victor Horta [3]. Il est divisé en deux parties : Une collection permanente montrant les travaux de 11 auteurs de l’école dite de Marcinelle : Jijé, Franquin, Morris, Peyo, Roba, Tillieux, Will, Sirius, Hubinon, MiTacq et Paape, répartis sur environ 40 documents, lesquels sont régulièrement renouvelés par le fonds d’originaux que prêtent à la Maison de la BD un groupe de collectionneurs. Ces documents, nous les avons vus, sont d’une qualité exceptionnelle et la visite, rien que pour eux, mérite le détour. Le visiteur est par exemple accueilli par une statue de Jijé représentant l’éditeur Jean Dupuis, un bronze aux traits débonnaires réalisé en 1948.

"Jijé tire la couverture"
Une belle expo du fondateur de l’Ecole de Marcinelle

Par ailleurs, une collection temporaire d’environ 40 documents devrait prendre place quatre fois par an, au gré des thèmes choisis, mais aussi des opportunités thématiques du moment, notamment lorsque l’un des auteurs exposés est présent dans l’actualité. A tout seigneur, tout honneur, c’est Jijé alias Jospeh Gillain qui occupe les premières cimaises. L’exposition Jijé tire la couverture ! aligne quelques dizaines d’illustrations qui ont servi de couverture à ses principales bandes dessinées : Jerry Spring, Blondin & Cirage, Tanguy & Laverdure, Jean Valhardi, Charles de Foucauld, ou encore des romans comme Le Comte de Monte-Christo.
Un espace enfant et de lecture des œuvres de Jijé (avec la projection permanente d’un documentaire sur le grand homme), complémente agréablement le lieu. Bon vent à ce nouveau lieu de la BD à Bruxelles !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Exposition « Jijé tire la couverture ! »
jusqu’au dimanche 4 juin 2006
Maison de la Bande Dessinée
Boulevard de l’Impératrice, 1
1000 Bruxelles
Tél : +32 2 502 94 68
www.jije.org
info@jije.org
Bus, Metro, Train : Gare Centrale
Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h sans interruption
Prix d’entrée : adulte 2€, 6-16 ans, étudiant, senior 1€.

Les photos sont © Maison de la Bande Dessinée

[1Le Musée Jijé est une Association Sans But Lucratif constituée en avril 2002. Ses trois administrateurs sont actuellement MM. François Deneyer, Pierre-André Dionnet et Rodolphe Briet. Sa mission est, suivant les statuts, de "créer et de gérer un musée consacré à la bande dessinée et plus particulièrement autour de l’oeuvre de Joseph Gillain, dit Jijé (13 janvier 1914, 19 juin 1980), notamment : en constituant une collection d’oeuvres originales de l’artiste ainsi que sur tout auteur ayant un rapport direct ou indirect avec la bande dessinée ;
en étudiant l’oeuvre de l’artiste et en constituant un fonds de documentation accessible au public ; en organisant une exposition permanente sur l’artiste ou tout autre auteur de bande dessinée et en suscitant des échanges artistiques avec d’autres institutions muséales ou collections privées ; en organisant régulièrement des expositions temporaires sur tout auteur ayant un rapport direct ou indirect avec la bande dessinée ; en assurant un rôle éducatif et pédagogique en matière de bande dessinée." La forme de l’ASBL est une nécessité préalable à l’obtention de subsides provenant de l’état.

[2A sa demande, M. Deneyer nous demande d’apporter les précisions suivantes : "Nos livres de comptes sont ouverts pour tout qui veut y jeter un oeil.(...) Les rumeurs les plus agaçantes ont circulé concernant la vente de soutien pour le musée Jijé. toutefois, cette
vente a été contrôlée par un huissier et TOUT le produit de la vente a été versé sur le compte financier du musée (la majorité des lots a d’ailleurs été payée par des transactions financières type cartes de paiement, cartes de crédit ou virements bancaires). dans la semaine qui a suivi la vente, plus de 100.000 euros ont été affectés au remboursement des dettes fournisseurs qui s’élevaient à ce moment-là à près de 250.000 euros ! cela nous a permis de réduire l’endettement à 150.000 euros, solde qui a été apuré durant la suite de l’exploitation ainsi qu’après la fermeture du musée."

[3Rappelons que Horta, célébré souvent par Schuiten, est également l’architecte du Centre Belge de la BD.

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