Partie de Plaisir - Par Delperdange et Cayman - Casterman

13 mars 2006 0 commentaire
  • Délaissant momentanément {S.T.A.R}, Patrick Delperdange et Thierry Cayman signent un récit en un volume, {Partie de Plaisir}. Les auteurs explorent le thème du plaisir sexuel dans une histoire qui se déroule dans les années 50, au cœur de l'Amérique puritaine.

Un jeune policier de la Food & Drug Administration (FDA) se voit assigner comme mission de détruire les livres, les notes, les rapports et autres éléments où seraient retranscrites les recherches du psychiatre Wilhelm Reich.

Matt, en compagnie de son collègue, exécute cette tâche sans se poser de question. Intrigué par le contenu d’un livre, il dérobe pourtant une caisse de documents. En les lisant, il se rend compte de la complexité des recherches du savant portant sur le plaisir et le désir sexuel. Matt a une vie monotone à tous les points de vue et va mettre en pratique les bribes des théories de Wilhelm Reich qu’il a eu la chance de lire. Il va bâtir, suivant les prescriptions du savant, une étrange machine qui va émoustiller sa libido et décupler son plaisir... L’agent de la FDA n’aura alors qu’une seule idée en tête : en savoir davantage sur les théories de Reich. Les documents étant détruits, il ne peut donc que se rapprocher des amis et de la famille du psychanalyste.

Le scénariste, Patrick Delperdange, a bâti son intrigue autour d’un personnage réel. Wilhelm Reich, disciple dissident de Freud d’obédience marxiste, a bel et bien existé et son travail portait effectivement sur la sexualité. Il pensait qu’au moment de l’orgasme, une énergie commune à tous les êtres vivants -l’orgone- se libérait. Associée à une vie saine et équilibrée, cette énergie pouvait mener l’homme à la sérénité. De la même façon, un "accumulateur d’orgone" a été développé et utilisé sans que son efficacité soit prouvée. La FDA, le bureau américain de contrôle pharmaceutique et alimentaire entama en son temps une procédure juridique à son encontre, persuadée que les travaux de Reich étaient des escroqueries portant atteinte à des patients trop crédules. Il faut dire que l’attachement de Reich au marxisme ajoutait au caractère "sulfureux" de ses théories, comme de ses pratiques.

Le scénariste confirme s’intéresser depuis plusieurs années à Reich. Il nous confie : « Dès que j’ai appris sa fin tragique en prison et le sort qui avait été réservé à ses travaux, je me suis demandé ce qui avait pu provoquer la peur dont les autorités américaines avaient fait preuve à son égard. L’idée d’une fiction sous-tendue par les recherches de Reich a lentement fait son chemin ».

Patrick Delperdange mène fort habilement son récit dans ce cadre historique. Matt, l’agent fictif de la FDA, s’emploie à échapper à la routine et à ses angoisses quotidiennes en construisant un accumulateur d’orgone. Le scénariste aborde avec finesse la quête du plaisir suprême et plus généralement du bien-être. «  Les scènes explicitement sexuelles, qui apparaissent dans "Partie de plaisir", sont, pour moi, essentielles à l’éclairage que je voulais donner aux relations de couple de Matt et de sa femme, explique le scénariste. Bien sûr, ils font l’amour, et on assiste à certains de leurs ébats, mais ces scènes sont justifiées par la progression de l’histoire ». Des scènes essentielles pour mieux comprendre également le fin du récit, qui se transforme en un thriller...

« Mon intention n’était pas de faire un travail d’historien de la psychanalyse, ni de documentariste, ni de biographe, souligne Patrick Delperdange. Mais plutôt de créer une fiction dans le cadre des recherches effectuées par Reich, situées dans une époque bien précise de l’histoire américaine, l’année 1956 en l’occurrence ».

Lorsqu’on lui demande s’il n’avait pas peur de faire passer le scientifique pour un plaisantin en ne traitant ce récit que sur un nombre limité de pages, Patrick Delperdange répond : « La mauvaise réputation de Reich ne date pas d’hier et que je n’en suis en tout état de cause pas le moins du monde responsable. Il n’est qu’à lire certains des ouvrages qui lui sont consacrés pour s’en rendre compte. Un seul exemple : le petit bouquin intitulé "Reich" de J.M. Palmier qui, sous couvert d’exégèse, se permet de balancer des phrases comme : "Les dernières oeuvres de Reich n’ont que très peu d’intérêt. Elles élargissent certaines erreurs à des dimensions cosmiques" (!). Il parle de "délire", de "tristes travaux", et finit par asséner que Reich "est devenu réellement fou" ! Avec mes modestes moyens, je pense que j’ai tenté de faire pencher la balance dans l’autre sens. Loin de moi en tout cas l’idée de faire passer Reich pour un plaisantin  ».

Le trait classique de Thierry Cayman accompagne l’intrigue avec fidélité, sans toutefois rechercher l’innovation. Après quatre albums au décor contemporain, le dessinateur trouve enfin une stabilité dans la représentation de ses personnages et de ses décors.

Les auteurs travaillent actuellement sur le cinquième album de STAR qui comportera une histoire complète [1].

(par Nicolas Anspach)

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[1A paraître en octobre 2006

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