Le Livre par Carlos Sampayo et José Munoz - Editions Casterman

28 septembre 2004 0 commentaire
  • C'est l'histoire d'un document trop bien rangé et que l'Histoire dérange. Un récépissé de 27 millions de francs déposés dans une banque suisse. Daté de janvier 1944, il comptabilise une partie des biens de juifs polonais et allemands spoliés par les nazis. L'un d'eux a glissé le précieux document dans un classique de la littérature allemande {Die Schachnovelle} (Le Joueur d'Echec) de Stefan Zweig.

Le choix n’est pas dû au hasard : l’écrivain autrichien s’est suicidé au Brésil en 1942, miné par une vie d’errance et par le sentiment que l’Europe était tombée pour toujours dans les ténèbres. L’ombre de Zweig plane sur ce récit étrange qui évoque les destins croisés de quelques-uns de ces Argentins issus de l’immigration avec le paradoxe que les échappés de l’holocauste européen sont amenés à vivre côte à côte avec leurs bourreaux fuyant la justice du monde libre. Ce chassé-croisé de fuyards crée un climat particulier fait de regards obliques et de sous-entendus menaçants. C’est de l’Histoire : ce no-man’s land a par exemple permis, selon la légende, une rencontre entre Hugo Pratt et un Adolf Eichmann incognito.

Un monde entre chiens et loups, maintenu dans la pénombre par la chape de plomb de la dictature, qui est parfaitement rendu par le dessin surexposé de Muňoz, dont le trait se joue des lumières crues contrastées au noir. Le propos de Sampayo qui désigne précisément les responsables de ces mensonges et de ces crimes impunis est, comme le trait du dessinateur d’Alack Sinner et de Sophie, tout aussi implacable.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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