Le Maître d’armes - Par X. Dorison et J. Parnotte - Dargaud

23 octobre 2015 0
  • Une histoire de rivalité d’épées sur fond de conflits religieux sous François Ier. Intéressant, quoiqu’un tantinet trop sanguinolent.

Xavier Dorison a frappé fort au printemps dernier avec son western Undertaker. Le nouveau scénariste de Thorgal nous revient avec un autre récit historique, dans un cadre un peu plus ancien mais un peu moins lointain que le Far West américain. Nous sommes bien ici à la frontière, mais c’est celle de l’est, qui sépare la France catholique de la Suisse protestante. Le récit se déroule au cœur de l’hiver 1535.

Le Maître d'armes - Par X. Dorison et J. Parnotte - Dargaud

L’Occident est alors violemment divisé par le conflit entre les tenants de la Réforme et ceux qui la refusent. Gauvin de Brême, l’ancien chirurgien de François Ier, converti au protestantisme, vient dans le Jura demander son aide à Hans Stalhoffer, ancien maître d’armes du susdit suzerain, pour passer un col enneigé afin d’aller à Genève, où il compte faire éditer sa traduction du Nouveau Testament en français. Gauvin est poursuivi par le comte Maleztraza, actuel maître d’armes du roi emblématique de la Renaissance française.

Maleztraza agit en défenseur de l’Église catholique et a pour mission de saisir le manuscrit. Mais au fond, ce qui lui importe le plus, c’est de finir son combat contre son prédécesseur, Hans Stalhoffer, et de montrer une fois pour toute qu’il est meilleur que Hans et que son arme, la rapière, longue et fine, à la garde élaborée, l’emporte sur l’épée de Hans.

Le sujet est intéressant et la question de la vulgarisation de la Bible, de sa traduction en français et de tous les enjeux religieux et politiques qui l’accompagnent sont peu connus du grand public. Malgré quelques raccourcis historiques discutables (comme la vision du Moyen Age comme une période de « ténèbres »), l’album est très bien documenté. Mais il ne s’agit pas ici d’une bande dessinée didactique et X. Dorison en fait la trame de fond d’une fiction opposant les tenants de l’ancien et du nouveau monde : l’ancien maître d’armes spécialiste de l’épée et tenant des valeurs chevaleresques, contre le jeune qui l’a remplacé et qui se fait le chantre de l’efficacité pragmatique dénuée de toute question d’honneur avec sa rapière, arme facile à maîtriser, tout juste bonne pour les bourgeois. Le parallèle entre ces deux ruptures, l’une technologico-militaire et l’autre religieuse, est une idée originale et efficace.

Mais trop de violence gratuite entache cet album. L’essentiel de sa trame est constitué de scènes où l’on s’étripe, de combats desquels Hans, sans cesse blessé, sort toujours vainqueur, à un contre quinze, un peu comme dans une série B, ou, et c’est sûrement là la source d’inspiration de Dorison, dans les romans de cape et d’épée du XIXe siècle. Tout ce sang écœure, lasse, et noie malheureusement un peu le propos…

Le dessin réaliste de Joël Parnotte est propre et soigné. Certains cadrages, surtout dans les scènes d’action, ne sont pas toujours très évidents et les combats sont parfois confus. Mais, même s’il est un peu « aplati » par les couleurs, le dessin reste élégant et très efficace dans l’ensemble. Bref, l’ensemble constitue un bon récit, à mi-chemin entre réflexion historique et combat gore.

(par Tristan MARTINE)

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