Le Tueur T11 : La Suite dans les idées" - Par Luc Jacamon et Matz - Casterman

24 janvier 2013 1
  • Le tome 10 de la désormais célèbre série avait laissé le tueur dans sa propriété vénézuélienne profiter des millions amassés grâce à l'exploitation du pétrole cubain de la société Petroleo Futuro Internacional fondée avec son ami le narcotrafiquant Mariano. "La Suite dans les idées" ouvre le troisième cycle des aventures du tueur à gages.

Alors qu’il se voyait bien profiter de sa famille et de sa maison dans la jungle du Venezuela, le tueur est rappelé aux affaires par Mariano, nouvellement entré en politique et devenu ministre. Assoiffé de pouvoir et profitant de la virginité offerte en même temps que son nouveau statut d’homme d’affaires respectable acquis grâce à la Petroleo Futuro Internacional, celui-ci n’aspire qu’à s’élever dans la hiérarchie, quitte à voir disparaître certains concurrents gênants. L’ex-truand décide de faire appel aux bonnes vieilles méthodes via les talents du Tueur, lequel accepte à la fois par amitié et par désœuvrement, de "rendre service" à son ami....

Série qui divise s’il en est, au sein du public comme de la rédaction d’Actuabd.com, ce tome 11 ne fera changer d’avis à personne : ceux qui aiment apprécieront le lancement intelligent d’un nouveau cycle, ceux qui n’aiment pas continueront d’abhorrer les leçons de morale qui rythment le récit.

Les dessins de Jacamon font une nouvelle fois mouche. Inventif dans son trait, dans son traitement de couleurs et dans ses cadrages, il continue d’oser, comme il le fait depuis le premier tome, et propose de nouvelles façons de servir graphiquement son histoire. Avec des couleurs tranchées et assumées, l’ensemble est d’une lisibilité impeccable, et les pages se dévorent les unes après les autres avec un plaisir réel.

Le Tueur T11 : La Suite dans les idées" - Par Luc Jacamon et Matz - Casterman

D’un point de vue purement scénaristique, Matz relance parfaitement la série en renouvelant les enjeux autour des activités du Tueur. En acceptant le passeport diplomatique de Mariano, il se retrouve affublé du titre de "James Bond du tiers-monde" et impliqué dans des complots d’un nouveau type. Désormais, il ne s’agit plus simplement de simples « contrats » pour de vulgaires conflits d’argent, mais de la Realpolitik musclée !

Les longs monologues du Tueur nous accompagnent telle une voix off quasi-omniprésente. Comme à l’accoutumée, tout le monde trinque : les politiques, les hommes d’affaires, les humanitaires, le système de consommation et la petite bourgeoisie occidentale. Ne vous inquiétez pas : il y en a forcément un peu pour vous. Le Tueur persiste dans sa froideur de raisonnement et sa misanthropie assumée, lucide quant au fait qu’il n’est qu’un rouage de la machine, tout en revendiquant sa liberté de mouvement et de pensée.

On peut reprocher, au même titre qu’à un film ou à un roman, que le message véhiculé soit nocif. Ici, rien d’autre ne compte que la liberté individuelle et le compte en banque du tueur, qui se dédouane de toute ses actions, même les pires, en nous expliquant que, de toute façon, il y a toujours plus méchant à commencer par le Système, que si ce n’était pas lui, ce serait un autre, et qu’on a fait pire avant.... Un peu facile, camarade. Néanmoins, ça n’empêche pas de poser des questions et de mettre en avant certaines hypocrisies. N’oublions pas qu’il ne s’agit ici que de fiction !

Ceci admis, il nous reste un anti-héros à qui on donne la parole comme c’est rarement le cas pour un personnage de BD. Il offre une richesse et une profondeur de caractère nous semble-t-il plus courant en littérature qu’en bande dessinée. Qu’on adhère ou non à son propos, c’est une toute autre question qui est laissée à la discrétion du lecteur.

(par Gallien Chanalet-Quercy)

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