« Le goulag » (Adler N°10) par René Sterne - Le Lombard

28 février 2004 3 commentaires
  • ActuaBD l'avait annoncé avant tout le monde : René Sterne est candidat à la reprise de la série {Blake & Mortimer}. Lorsqu'on lit le dernier opus de ce dessinateur très discret, on comprend le choix de Van Hamme et de son éditeur : Sterne est impressionnant de maîtrise.

Adler von Berg s’est fait pincer par les Russes à Bora Bora. Ses précédents exploits les ont mis de mauvaise humeur. Ramené en URSS, le sort que lui réserve le KGB est tout sauf enviable. Mais il réchappe à la torture et à l’exécution sommaire. Ses bourreaux préfèrent le reléguer en Sibérie, dans l’un des plus sordides goulags de l’empire soviétique. Réduit à l’état de Zek, l’Allemand découvre l’enfer blanc.

Sans tomber dans la naïveté, appuyant son récit sur une documentation que l’on devine étoffée, cette aventure d’Adler nous fait découvrir le sort de ces millions de femmes et d’hommes morts enfermés dans les bagnes de Staline. L’âpreté de la condition des prisonniers, Les exactions sadiques des gardiens, un régime fondé sur la folie des potentats et sur la terreur, c’est tout un pan de l’histoire contemporaine qui est raconté dans cette aventure, avec talent et sincérité. C’est tellement réussi que l’on se dit que si Blake & Mortimer rencontraient avec Sterne leur prochain dessinateur, ils pourraient tout aussi bien y trouver leur prochain scénariste.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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3 Messages :
  • Oui, Le Goulag est une BD bien foutue. Mais faut pas pousser mémé dans les orties ! extrait de l’introduction de première planche : "Si les camps nazis ont symbolisé l’extermination d’un peuple par un autre, le goulag lui, a symbolisé l’extermination d’un payple par lui-même" (sic !). Sans vouloir minimiser l’horreur des goulags et autres absurdités soviétiques, voilà un parallèle qui personnellement me choque. D’une part, autant que je sache les camps de concentrations nazis étaient des camps dont la finalité était l’extermination de ses prisonniers, les goulags étaient des camps de travails aux conditions particulièrement dures et inhumaines mais on n’était pas forcément prisonnier jusqu’à ce que mort s’en suive je croie qu’il y a une très grosse différence que Stalner ne sait pas voir.

    Malgré une évidente démarche humaniste, René Sterne n’en est pas à sa première maladresse quand il s’agit de traiter de la shoah. Dans "L’Ile perdue" 6ème épisode d’Adler, on voit un chasseur de nazis plus soucieux de vengeance que de mémoire et justice.

    Quant à Jean Van Hamme, il n’est pas non plus à une maladresse prêt. Dans "20 ans après", il traite la mémoire de la machine de mort nazie comme une vulgaire carte au trésor qu’une bonne soeur (personnage censé représenter la sagesse) jette dans les flammes à la fin de l’aventure.

    Attention à ne pas se reprendre les pieds dans le tapis pour Blake et Mortimer.

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 29 février 2004 à  13:44 :

      L’unicité de la Shoah ne saurait être contestée, nous en convenons parfaitement. Il y a sur ce point une sensibilité à respecter et vous avez raison de réagir. Mais, en substance, je ne crois pas que Sterne (et non Stalner que nous laisserons en dehors de tout ceci, si vous le voulez bien) fasse ici autre chose que de mettre en parrallèle deux événements horrifiants qui ont marqué le 20ème siècle (le troisième est peut-être Hiroshima). Je ne trouve pas cela suspect. Par ailleurs, je vous rappelle que le régime stalinien est également antisémite, comme le régime tsariste avant lui, après avoir été dans un premier temps l’allié des nazis. Sur ces sujets, je vous renvoie au très bon livre de Pierre Rigoulot et Joël Kotek, "Le Siècle des Camps" (Editions Lattès) qui met très bien ces sujets en perspective. Je vois Joël Kotek ce mercredi et je lui filerai mon exemplaire de cet album. Je vous tiendrai informé de son opinion à ce sujet, car nul ne détient la science infuse.

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      • Répondu par LO le 29 février 2004 à  15:09 :

        Tout à fait d’accord avec vous pour ce qui est de l’antisemistisme sous jacent du stalinisme et du tsarisme. Cela n’explique pas ce parallèle entre la destruction "d’un peuple par un autre" (qui est le peuple ? Les européens, les juifs européens, les juifs allemenands, les opposants allemands, les tsiganes, les homosexuels ? ) et "la destruction d’un peuple par lui-même" (à ce sujet l’exemple khmer est beaucoup plus significatif).

        Pour être précis. Je ne suspecte pas René Adler d’un quelconque racisme ou antisémitsisme. Je le trouve simplement très maladroit, il n’est malheureusement pas le seul en BD.

        J’attends avec impatience les remarques de Joël Kotek à ce sujet.

        PS : Toutes mes excuses à Mrs Stalner. L’un ou l’autre n’ont absolument rien à voir dans cette erreur de clavier

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 4 mars 2004 à  12:56 :

      J’ai (par hasard) déjeûné hier avec Joël Kotek (co-auteur du "Siècle des Camps" chez JC Lattès) et Georges Bensoussan (auteur de "Auschwitz en héritage" chez Mille et Une Nuits et directeur des Cahiers de la Shoah). Je leur ai montré l’album de Sterne. Kotek n’a rien trouvé à redire. Bensoussan a considéré que l’expression "destruction d’un peuple par lui-même" était stupide et n’était pas adaptée au propos. Ces deux grands historiens et spécialistes des camps n’ont rien trouvé de plus à dire.

      Fin de la polémique, donc.

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