Le numéro spécial Noël de Spirou profite du retour de Champignac et de Louca !

4 décembre 2020 0 commentaire
  • Sans faillir à la tradition, le Journal Spirou livre un double numéro spécial Noël de cent pages, plein de courts-récits et portés par quelques séries vedettes. À lire juste pour essayer, ou tout simplement pour se plonger dans un esprit festif pour cette fin d'année.

« Déjà le numéro de Noël qui parait le 2 décembre ?! » se demandent devant nous les clients d’une librairie. Laissons le directeur de publication du Journal Spirou, à savoir Frédéric Niffle expliquer lui-même cette date de parution anticipée : « Pour répondre à la question qui revient toujours de savoir pourquoi il parait si tôt avant Noël, eh bien, c’est parce qu’il sera en vente durant trois semaines et qu’après Noël, la fête n’intéresse plus personne. Mais songez que nous, à la rédaction, c’est début novembre qu’on boucle ce numéro. Et les auteurs, c’est en octobre qu’ils ont la tête dans leurs histoires de Noël ! Spirou, toujours en avance sur son temps ! »

Mais que contient ce numéro spécial ?

Tout d’abord, des gags ! Dès la première page, c’est l’une des vedettes du journal, à savoir Le Petit Spirou, qui ouvre le bal. Sans le scénariste Tome qui nous a quittés l’an dernier, Janry reste donc seul à la barre, pour nous livrer cette savante recette d’impertinence, d’humour et de réflexion sur notre société.

Le numéro spécial Noël de Spirou profite du retour de Champignac et de Louca !

Le Petit Spirou n’est bien sûr pas le seul à se démener en gag. Ce numéro spécial est effectivement bien rythmé pour qu’on puisse le lire avec plaisir d’un bout à l’autre, en alternant ces pages d’humour avec des histoires un peu plus longues. Les Nombrils, Nelson, et une guirlande de strips rivalisent d’audace autour du thème de Noël. Sans oublier Olivier Dutto des P’tits Diables et Bercovici en guest stars !! Notre coup de cœur ? Psychotine de Pujol & Cunha dont l’humour décalé nous ravit !

Du 23 au 25 décembre : Trois jours avec les Noël

La grande attente de ce numéro spécial noël reste pourtant l’abondance de courts récits. Heureusement, 2020 ne déroge pas à la tradition et ce sont onze courts récits qui s’égrènent tout au long du numéro, mettant surtout en avant le Père Noël, des lutins, ainsi que le déballage de cadeaux dans les chaumières.

« La belle affaire : des contes de Noël avec des lutins qui charge le traineau du père, ainsi que des enfants qui s’éblouissent ou réclament à leurs parents d’autres cadeaux : quelle inventivité ! » Détrompez-vous, la rédaction a justement fait preuve d’originalité en composant un long récit qui se lit de bout en bout du journal. Attendez, on vous explique...

"Family Life" de Jacques Louis s’inscrit dans ce processus

Vous pouvez toujours ouvrir votre numéro et débuter votre lecture où vous le souhaitez. Mais si vous l’ouvrez aux premières pages, vous découvrirez l’explication de ce Noël pas comme les autres concoctés par la rédaction : ils se sont arrangés avec les auteurs pour que les récits se suivent même s’il ne ressemblent pas, pour composer une longue histoire d’une cinquante de pages. Le point de départ : le retrait de permis de traineau du Père Noël la veille du jour fatidique. Seule solution, la Mère Noël doit accompagner son mari pour distribuer les cadeaux. Mais pendant que tout est chamboulé au hangar aux lutins, enfants et parents s’impatientent devant la cheminée !

Nous saluons cette belle idée de la rédaction, car elle permet non seulement que le Père et la Mère Noël fassent part égale dans cette tradition, mais elle propose aussi des récits qui peuvent s’écarter un peu du canevas, tant qu’on puisse le retrouver dans cette ligne du temps qui se situe du 23 au 25 décembre (les dates sont indiquées sur le bord de chaque récit). De plus, cette approche autorise toujours la multiplication des auteurs, de quoi donner un aperçu de leurs talents si les lecteurs voulaient en savoir plus à leur propos.

Noël entre un gardien de phare et son chien, un joli conte servi par Munuera

Le retour de Louca

Vous l’aurez compris, ce numéro spécial se présente comme une vitrine pour le Journal Spirou, un numéro que l’on peut prendre séparément sans avoir suivi les précédents numéros, et profiter en très grande majorité d’histoires complètes ou qui débutent.

Parmi celles-ci, célébrons le retour de Louca, ce sympathique mais très maladroit jeune homme qui est aidé dans sa vie de sportif et sentimentale par un adolescent fantôme. Cela faisait maintenant deux ans que cette très belle série avait disparu du Journal Spirou, à la fin de la prépublication du tome 6. Même si le tome 8 vient de paraître en librairie, la rédaction a décidé de reprendre la série là où les lecteurs du magazine l’avaient arrêtée, à savoir au début du tome 7. Un repentir assumé et bienvenu, car Louca reste une belle série à découvrir pour jeunes, ados et parents, en profitant de plusieurs degrés de lecture.

Louca revient dans Spirou avec la postpublication du tome 7
Par Dequier - Dupuis

Deux autres séries déjà entamées dans les précédents numéros, continuent leur publication : la suite de Télémaque par Toussaint, Ruiz & Noiry, une chouette relecture moderne d’un récit mythologique, ainsi que Le Ministère secret de Joann Sfar, Mathieu Sapin & Walter, un récit complètement "barré" où l’on retrouve des reptiliens, Poutine, Trump, des ninjas et Sapin dans son propre rôle, tout à fait décalé dans l’esprit de Noël.

Enfin, la suite de Champignac !

Le premier tome de "Champignac" paru l’année dernière

Terminons ce tour d’horizon avec le début de la prépublication d’un second tome que nous attendions impatiemment, celui de Champignac, le spin-off de Spirou et Fantasio scénarisé par les BeKa et dessiné par David Etien qui réalise également la série des Quatre de Baker Street.

Si vous ne connaissez pas encore cette belle série, son couple de scénariste nous explique comment l’aventure a débutée : « Nous avons eu l’idée de travailler le personnage de Champignac dans un spin-off et Dupuis y a directement adhéré en nous laissant carte blanche. Nous trouvions que le Comte contribuait surtout aux aventures de Spirou en tant qu’inventeur, ou comme caution scientifique. Mais si on le retirait de ce contexte, il devient alors lui-même vecteur d’aventures. Puis nous trouvions qu’il était suffisamment intéressant et riche humainement pour captiver le lecteur. Sans oublier son intelligence hors norme et le fait qu’il vive à l’écart qui le rendent également un peu mystérieux. Nous voulions surtout lui donner la possibilité de se révéler entièrement. Parce que, quand nous étions jeunes, nous nous demandions ce qu’il pouvait faire pendant que Spirou vivait ailleurs d’autres aventures. Surtout lorsque nous découvrions ce magnifique château avec ses cadres de travers, qu’il laissait pourtant tomber en ruine, tellement il était accaparé par d’autres grandes découvertes ou aventures. Petit, cela nous faisait rêver. Grâce à cette confiance octroyée par Dupuis, nous avions dès lors l’opportunité de répondre à cette question laissée en suspens. »

Les BeKa

Cette approche nous a permis d’en apprendre plus sur le personnage dans le premier tome paru l’année dernière. Cette mise en avant donne plus d’épaisseur au Comte de Champignac et nous imaginons que nous allons comprendre au fur et à mesure de la série pourquoi il est aussi secret et retiré lorsque Spirou et Fantasio le rencontrent. Dans le premier tome, la relation amoureuse qu’il noue progressivement avec Blair, une jeune scientifique, lui donne également un nouvel éclairage. En lui faisant naître des sentiments, les auteurs lui font gagner en épaisseur, ce qui génère une plus grande forme d’empathie envers le lecteur, un vrai lien qui se prolonge dans le tome deux avec le couple que Pacôme forme forme dorénavant avec elle.

« Nous voulions aussi apporter un second personnage assez fort dans la série, nous précisent les scénaristes. Et comme à Bletchley Park, il y avait également des femmes, nous voulions en mettre une particulièrement en avant. C’est comme si nous ouvrions la boîte "Champignac" grâce à Blair, surtout que les auteurs de l’époque ne pouvaient placer de personnages féminins à l’avant-plan, même s’ils le voulaient. Pour notre part, nous n’allions pas nous en priver. »

La rencontre entre Blair et Pacôme, et Bletchley Park
Champignac, tome 1 - Par David Etien & les BeKa - Dupuis

Le premier tome avait surtout profité de cet incroyable cadre : ce manoir nommé "Bletchley Park" où les Services Secrets britanniques ont regroupé des scientifiques et intellectuels de tout horizon avec un seul objectif : casser le code d’Enigma utilisé par les forces allemandes.

« C’est une idée que nous avions depuis 2005, où nous trouvions passionnant de mettre en scène des personnages tels que Champignac ou le professeur Tournesol, nous explique les BeKa. Lorsque Dupuis nous a contacté, nous avons directement repensé à ce concept. Nous sommes conscients d’avoir eu beaucoup de chance de pouvoir collaborer avec un éditeur comme Benoît Fripiat qui nous a soutenu dans nos idées initiales pour nous aider à aller encore plus loin. En tant qu’éditeur, il est vraiment aux côtés des auteurs, en tant que vrai partenaire et en respectant totalement leurs univers. »

Et de continuer : « Le cadre de Bletchley Park a aussi ceci de particulier que c’était la première fois dans l’histoire de l’humanité que tous des personnages extrêmement intelligents sont rassemblés et ainsi considérés tout en disposant d’une carte blanche, même si le commun des mortels les prennent souvent pour des fous à cause de leur côté hors-normes et leur aspect loufoque. Il en est de même pour la condition des femmes, à une époque où elles étaient censées être mariées, avoir des enfants et s’occuper de la maison. Quelle souffrance ont dû endurer des femmes extrêmement intelligentes (et cela est encore le cas dans certains pays) d’avoir une vie qui n’est pas à la hauteur de ce qu’elles pouvaient ou voulaient faire. Or cela est possible à Bletchley ! D’où l’idée d’y rassembler Champignac ainsi qu’une femme brillante comme Blair ! Nous avons d’ailleurs mêlé l’enfance de plusieurs femmes qui ont vraiment séjourné à Bletchley pour composer celle de Blair »

Les étranges habitudes à Bletchley Park
Champignac, tome 1 - Par David Etien & les BeKa - Dupuis

Si ce thème semble un peu abrupt expliqué ainsi, il faut saluer le talent des BeKa et de David Etien d’être parvenus à réaliser un premier tome très équilibré, plein de sentiment et d’une grande lisibilité. Une véritable alchimie pour des auteurs qui ne se connaissaient pourtant pas avant cette première collaboration, ainsi que nous le détaillent les Beka : « Nous trouvions que l’univers de David Etien convenait parfaitement pour ce récit, et vice-versa. Nous étions donc ravis qu’il accepte. Puis, humainement parlant, cela a été une vraie rencontre, car il est aussi talentueux que sympa, et comme il est très talentueux, cela vous donne une mesure de sa sympathie ! David s’est inspiré de films et de photos de l’époque, mais il a tout de même fallu composer car les lieux étaient tellement préservés que même les Services Secrets britanniques n’en avaient pris aucun cliché ! Pourtant, les circonstances générales décrites dans l’album, tel leur jeu de balle ou leur salle de danse, restent authentiques : comme le code était réputé inviolable, les autorités se sont dites qu’il n’y avait que de barjots pour réussir cette mission impossible, et qu’il ne fallait donc pas les contrarier. Ils ont par exemple vaguement réussi à leur imposer des horaires, mais jamais aucun uniforme. Certains travaillaient par exemple en pyjama car ils avaient parfois une idée en milieu de la nuit, et qu’ils s’étaient remis au travail directement. La fin de la guerre s’est d’ailleurs révélée un traumatisme pour certains, surtout les femmes, car ils étaient si heureux dans ce paradis que le retour à la vie normale ne s’est pas réalisé sans mal. »

Champignac, tome 1 - Par David Etien & les BeKa - Dupuis

Au sein du premier tome, on retrouve donc du mystère dans ce cadre si atypique , des personnages attachants, un mythe historique, mais le récit prend aussi les atours d’un thriller car les auteurs y placent un espion, vecteur de suspense. Le premier tome de Champignac profite aussi d’une belle dose d’humour et un second degré de lecture en jouant avec des personnages historiques dont, par exemple, Winston Churchill.

« Nous ne pouvions pas imaginer ce récit sans aventure et suspense, surtout que ce fameux espion que le lecteur découvre a vraiment travaillé à Bletchley, commente les BeKa. Nous voulions ainsi placer de l’humour et des clins d’œil pour divertir et amuser au mieux le lecteur. »

Après un premier tome très dense, fort des explications scientifiques, et empli néanmoins de sensibilité grâce à des cases basées sur des réflexions et des attentions des personnages les uns envers les autres, nous étions impatients de savoir si la série allait bien profiter d’une suite.

« Initialement, nous avions écrit trois histoires, nous explique les scénaristes, que nous avions chacune écrite comme un one-shot, ce qui apporte cette pagination importante et cette profondeur dans le récit. La seconde est encore plus dense : elle commence exactement où se termine la première histoire, mais on quitte directement Bletchley pour tout autre chose, avec beaucoup de surprises car Pacôme est pris dans des situations que même nous, nous n’imaginions pas. De manière globale, nous voulons confronter le Comte de Champignac aux grandes avancées scientifiques du XXe siècle. Et au-delà de ces découvertes, les récits vont rejoindre les bouleversements tant sur le plan sociologique que moral ou technique. Et comme nous pouvons réaliser de grands sauts dans le temps, nous profitons d’un cadre différent à chaque fois. »

Et de continuer : « Contrairement à Spirou qui est confronté à de l’aventure et de l’action, Champignac est lié à des problèmes plus cérébraux, ce qui inclut les avancées morales de la société, surtout que la fin du XXe a été riche en bouleversements rapides par rapport aux siècles précédents. Le problème moral a été permanent pour les scientifiques du XXe siècle, le meilleur exemple restant la bombe atomique. On a choisi de ne pas traiter celui-là, mais il y en a d’autres, et vous pourrez rapidement découvrir lesquels. Surtout que le personnage n’est pas seulement extrêmement intelligent, il est aussi sensible et dans la retenue. Pacôme n’est pas un révolutionnaire, mais il reste un héros à part entière. »

Champignac, tome 1 - Par David Etien & les BeKa - Dupuis

Avec cette vulgarisation scientifique exceptionnelle pour expliquer le craquage d’un des plus gros secrets du siècle, les auteurs sont parvenus à ce difficile équilibre entre science et émotion tout en restant tout public. Un magnifique exercice qui démontre toute la qualité et le talent des trois auteurs. De quoi mettre la barre très haut pour le tome deux.

Le début de cette seconde aventure (dont nous vous livrons une page ci-dessous) répond parfaitement à nos attentes : un récit à la fois historique, avec de l’humour (une belle séquence de l’examen passé par Pacôme), de l’Histoire, de l’aventure, du suspense, ainsi qu’un peu de romantisme porté par le très beau tandem formé dorénavant par Blair et Champignac. Certainement l’une des séries à suivre dans les prochaines semaines au sein du Journal Spirou.

Champignac, tome 2 : première planche
Par BeKa & Etien - Dupuis.

En définitive, ce numéro spécial Noël disponible trois semaines en kiosque répond parfaitement au canevas historique de cette tradition : des courts-récits, des guest stars, des contes de Noël et des jeux. De quoi s’amuser en se le passant au coin du feu.

Un jeu où l’on retrouve tous les héros du "Journal Spirou"

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Journal Spirou - numéro double 4312-4313 : disponible en kiosque et en librairie du 2 au 24 décembre 2020 - cent pages - 3,90 €

Photos des auteurs : © Chloé Vollmer-Lo.

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