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Le phénomène Teulé

  • Son "Charly 9", une biographie décapante du roi de France responsable de la Saint-Barthélémy, vient d'être adapté chez Delcourt ces jours-ci. Ce créateur de bande dessinée est devenu un romancier célèbre dont les œuvres se déclinent au théâtre, au cinéma, et en bande dessinée bien sûr.
Le phénomène Teulé
Charly 9 par Richard Guérineau d’après Jean Teulé
Éditions Delcourt

C’est le quatrième roman qu’il adapte en BD, lui qui a fait ses débuts comme dessinateur de BD en adaptant le roman de Jean Vautrin, Bloody Mary. Un genre où il a donné avant de bifurquer vers la télévision (l’intégrale de Gens de France a été réédité récemment chez Ego Comme X).

Après Le Montespan, Je, François Villon T1 (sur 3), Le Magasin des suicides, voici Charly 9, la biographie d’un roi de France auquel l’histoire n’a pas fait de cadeau et qui lui a rendu la pareille : "C’est un mec extraordinaire, nous dit Teulé. Un gamin de 21 ans qui se retrouve roi de France parce que son père meurt dans un tournoi et parce que son frère aîné meurt de maladie, à une époque où ce n’était pas du tout le moment, en pleine Guerre des religions entre les Protestants et les Catholiques. Poussé par sa mère, il ordonne le Massacre de la Saint-Barthélemy, en proférant : "Tuez-les tous !" Celui qui va le plus lui reprocher ce massacre, c’est lui-même. Deux ans après, il meurt de désespoir en pissant du sang de tout son corps, c’est un personnage assez atypique, un mec qui a pas eu de bol !"

Jean Teulé sur le stand Delcourt à Angulême
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Charly 9, le roman historique de Jean Teulé
Éditions Julliard

De fait, il décide de fixer le début de l’année le 1er janvier, cela fait des milliers de morts ; il fait donner du muguet le 1er mai au peuple mais celui-ci, affamé, le mange et s’empoisonne ; même ses obsèques à Saint-Denis ont été un massacre. "C’est vraiment le roi de la loose !" s’esclaffe Teulé. En même temps, dans son entourage, on trouve quelques-uns des esprits les plus éclairés de son temps : Ambroise Paré, Ronsard, catholique ultra favorable à la Saint-Barthélémy, Bernard de Palissy... C’est le roi d’une France qui entre dans la modernité. On comprend que le sujet ait passionné le dessinateur Richard Guérineau.

"C’est la première fois de ma vie que je le rencontre", nous dit Teulé au moment du lancement de l’album. Le contact a été créé par Marya Smirnoff éditrice chez Delcourt qui a fait l’intermédiaire. Teulé lui donne son blanc-seing. "De temps en temps, on s’appelait au téléphone. Je recevais les dessins au fur et à mesure. C’est un boulot de virtuose. Mais j’étais dans la promo de "Fleur de Tonnerre", mon dernier roman, je n’avais pas le temps. En ce moment, j’ai un bol pas possible, presque tous mes livres sont adaptés au cinéma, au théâtre et en bande dessinée."

Effectivement, le 10 janvier 2014, Mangez-le si vous voulez démarre au théâtre Tristan Bernard pour au moins 60 dates. Le théâtre Hébertot va jouer Les Lois de la gravité. Le Montespan vient d’être signé avec la Gaumont pour devenir un film aux États-Unis. Le Magasin des Suicides connaît actuellement 27 adaptations théâtrales dans le monde... On en oublie.

C’est une des raisons de la liberté complète qu’il laisse à ceux qui adaptent ses romans : "Je n’arrive plus à suivre, donc je fous la paix à tout le monde ! Dans cette BD, je n’ai rien fait, c’est lui qui a fait tout, tout seul. Je lui disais : fait-ce-que-tu-veux. Je pars du principe qu’à partir du moment où les adaptateurs achètent les droits, ils sont à eux, qu’ils ne s’occupent pas de moi ! Des fois, je suis un peu déçu, mais avec ce « Charly 9, » je suis enthousiaste. Ce roman est également adapté au théâtre Opéra de Metz à partir du 13 avril, il va se jouer à Londres, c’est marteau, non ?"

Charly 9 par Richard Guérineau d’après Jean Teulé
(c) Delcourt

Les libertés prises par Guérineau par rapport à son livre, un dessinateur qui convoque aussi bien Johan & Pirlouit que Lucky Luke l’amusent, même s’il est féru d’exactitude historique : "J’aime beaucoup « La Reine Margot » de Chéreau, mais tout était faux. Par exemple, tous ses personnages avaient des cheveux longs et pas de chapeau. Or, il se trouve qu’à l’époque de Charles IX, tout le monde avait un chapeau et personne n’avait de cheveux longs. Ce n’est pas un reproche, c’était son goût, il voulait qu’ils aient tous des gueules de hippies. Dans Chéreau, qui est parti de Dumas, il n’y a pas les noms exacts des personnages historiques. J’ai tout remis en place."

Teulé n’arrête pas. Il commence à écrire ces jours-ci son nouveau roman dont on ne saura rien. Le patron de la Gaumont a décidé d’en acheter les droits cinématographiques "juste sur le sujet et le titre, comme quoi, le monde est injuste !" rigole-t-il. "Je gagne très très bien ma vie. Je paie des impôts hallucinants, nous dit-il. Les trois derniers mois de cette année, j’ai payé 57 600 euros d’impôts chaque mois, et je trouve cela normal. Que je fasse un livre qui soit lu par 10 000 personnes ou par beaucoup de gens, c’est le même travail. Ce sont les gens qui m’apportent cet argent. Qu’il retourne vers eux en partie sous la forme d’impôts, je trouve cela normal. C’est gigantesque, mais normal. Tout va bien, je suis content de tout. Pour les adaptations, je fous que dalle et je gagne très bien ma vie. Cela ne durera pas, je me dis que je suis dans l’air du temps et qu’à un moment, forcément, je n’y serai plus. Je laisserai alors la place aux autres."

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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27 Messages :
  • Le phénomène Teulé
    6 décembre 2013 12:43, par Guerlain

    les gens de France pour lequel il a reçu le prix du meilleur album à Angoulême, quand même
    on y trouve d’ailleurs un récit assez amusant sur un festivalier "à l’ancienne"
    et il ne faut pas oublier que tous les livres de Teulé, depuis un moment, sont maquetté par Frédéric Poincelet, une des tptes pensantes d’égo comme X, et qu’il a signé le scénario de la trelle belle biographie de Charlie Schlinguo

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  • Le phénomène Teulé
    6 décembre 2013 13:46

    Comme quoi, quand les histoires sont bonnes, le reste suit...

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  • Le phénomène Teulé
    6 décembre 2013 16:19
  • Le phénomène Teulé
    6 décembre 2013 20:26, par Polo

    Excellent livre, précurseur du reportage en bande dessinée (1987 !).

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    • Répondu par Raymond le 9 décembre 2013 à  22:39 :

      N’importe quoi, il y a eu du reportage en bande dessinée bien avant, ne serait-ce que dans Hara-Kiri Charlie hebdo par Cabu. Et avant dans France-Soir (Uderzo en a fait).

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  • Pauvre Teulé
    7 décembre 2013 14:59, par Simon

    "C’est vraiment le roi de la loose !" s’esclaffe Teulé.

    Et Teulé s’esclaffera encore plus s’il voit qu’on transcrit dans sa bouche pareille faute de débutant, hein ? La « lose » ne prend qu’un seul O, tout comme le verbe « to lose » (perdre) et son dérivé « loser » (perdant). Le terme « loose » signifie lui entre autres « relâché » : faux ami, mais vrai lapsus.

    Teulé et Vautrin, comme d’autres aussi disparates que Matzneff ou Murakami, ont en commun d’assaisonner volontiers leur prose de termes anglais choisis ; mais ils savent les écrire correctement.

    Je pars du principe qu’à partir du moment où les adaptateurs achètent les droits, ils sont à eux, qu’ils ne s’occupent pas de moi !

    Teulé est aussi gentil que poli, mais on voit bien entre les lignes qu’il se tient quelque peu à distance. Dans l’état léonin des contrats actuels, les auteurs n’ont guère de marge pour empêcher leurs éditeurs de vendre et laisser faire des adaptations inadaptées.

    En l’occurence pour cet album, je dois passer : pour moi, ce style graphique fait un peu trop « bédé » au sens caricatural du terme pour le sujet, l’époque, l’ambiance. On dirait un croisement du Alexis de Cinémastock et du Dumontheuil de Qui a tué l’idiot : j’aime beaucoup ces deux-là, mais pas pour Charles IX, fût-il Charly 9.

    J’en suis d’autant plus désolé que j’aurais aimé un bon album sur le sujet : mais rien qu’à voir la tronche des personnages, je décroche ! Ce sera pour une autre fois. En attendant, dans une ambiance totalement shakespearienne, on reste avec le Charles IX dépeint par Monvoisin vers 1834, agonisant devant la grosse Médicis, avec en fond la sinistre tour de Nesle :

    http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Monvoisin-Charles_IX.JPG

    C’est autre chose que la couverture de l’album, où la symbolique du fauteuil rouge chez Monvoisin a été remplacée par la vulgarité d’une flaque de sang, non ? (Par ailleurs, cette photo surexposée dénature un peu les subtiles couleurs tertiaires de l’original, où le rouge tire sur le violet et le bleu sur le vert, mais il n’y a pas mieux en ligne.)

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    • Répondu le 7 décembre 2013 à  21:16 :

      "C’est vraiment le roi de la loose !"....La « lose » ne prend qu’un seul O, tout comme le verbe « to lose » (perdre) et son dérivé « loser » (perdant).

      Vous avez tout à fait raison mais c’est sous cette orthographe dénaturée qu’il est employé par les francophones... à la plus grande honte des anglophiles (aux côtés des infâmes "Les Clash" et "Dark Vader")

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      • Répondu le 8 décembre 2013 à  00:01 :

        Tout le monde ne fait pas cette faute et surtout pas Teulé : ni dans sa bio de Charlie Schlingo, "monarque de la lose", ni dans ses entretiens sur Charly 9, "roi de la lose". Alors lui attribuer une faute que lui ne commet jamais, c’est du nivellement par le bas. Par contre, il semble avoir une prédilection pour les losers prénommés Charles !

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      • Répondu par Richard le 8 décembre 2013 à  00:18 :

        On peut écrire la louze aussi.

        Pour les Clash c’est normal, c’est comme les Beatles ou les Rolling Stones, ya que pour The The qu’on ne dit pas les The.

        Pour Dark Vador c’est bêtement la version française de Star wars en 77, il y avait aussi Chicktaba à la place de Chewbacca, mais ça n’a pas pris.

        On ne peut pas reprocher aux gens d’appeler Dingo Dingo et pas Goofy ou Picsou Picsou et pas Scrooge etc...

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        • Répondu le 8 décembre 2013 à  01:29 :

          C’est "The Beatles", "The Rolling Stones"... et pas "The Clashes". Et contrairement à ce que vous écrivez le personnage de Star Wars c’est Darth Vader. CQFD

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          • Répondu par Richard le 8 décembre 2013 à  21:30 :

            Et contrairement à ce que vous écrivez le personnage de Star Wars c’est Darth Vader.

            Quand le film La guerre des étoiles est sorti, les personnages dans la version française s’appelaient : Dark Vador, Chiquetabbac,D2R2, Yan Solo,Z-6PO, c’est ainsi.

            Et à l’origine en France Popeye s’appelait Mathurin.

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          • Répondu le 8 décembre 2013 à  23:11 :

            C’est "The Beatles", "The Rolling Stones"...

            Eh bah en France on dit les Beatles, les Rolling Stones, c’est comme ça.

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          • Répondu le 9 décembre 2013 à  14:47 :

            Et Darth Vader est une déformation de Dark Father : le père obscur...

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      • Répondu le 8 décembre 2013 à  12:03 :

        L’orthographe dénaturée est souvent de mise quand un mot migre d’une langue à une autre. Ainsi le "fleurette" de " compter fleurette" est devenu "flirt" en passant la manche et "tenez" (que disaient en se passant la balle les joueurs du jeu de paume) est devenu "tennis". C’est ainsi que vivent les langues.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 décembre 2013 à  15:30 :

          Ce mot ne figure pas au dictionnaire. C’est un néologisme, et un néologisme, tant qu’il n’est pas fixé par l’usage, on l’écrit comme on veut. "La loose" me semble plus logique pour un francophone. Continuez à sauter comme un cabri, vous êtes drôle.

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          • Répondu le 8 décembre 2013 à  17:16 :

            C’est vous qui êtes drôle, mon cher Didier, à croire qu’un interlocuteur est forcément un détracteur car au contraire, si vous m’aviez lu attentivement, je venais à votre secours pour justifier des changements d’orthographe d’une langue à l’autre ;-)

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 décembre 2013 à  18:24 :

              Je ne fais que suive le fil, je répondais au premier interlocuteur qui a l’air très sûr de lui. C’est pas un loser, lui !

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          • Répondu le 8 décembre 2013 à  20:15 :

            Mais vous pouvez écrire le mot comme bon vous semble dans votre article. Simplement quand vous citez Teulé qui a toujours écrit correctement "la lose", il est impoli de lui attribuer ou lui imposer votre "loose".

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 décembre 2013 à  22:54 :

              Cher spécialiste de la loose, il ne vous est pas venu à l’esprit que l’entretien avec M. Teulé était oral et qu’il nous a donc laissé la liberté de cette transposition. Il n’a pas, je pense, votre grossièreté de nous croire impolis.

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    • Répondu le 7 décembre 2013 à  21:30 :

      remplacée par la vulgarité d’une flaque de sang

      La Saint Bart’ c’était beaucoup, énormément de flaques de sang. Monvoisin a fait du graphiquement (politiquement) correct, mais on est maintenant en 2013.

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      • Répondu par Simon le 8 décembre 2013 à  12:40 :

        Monvoisin a fait du graphiquement (politiquement) correct, mais on est maintenant en 2013.

        Absurde. L’époque de Monvoisin était comme les États-Unis d’aujourd’hui, graphiquement : liberté sur la violence, limitation sur la nudité. Les tableaux de martyres ou de batailles étaient sanglants, les contes pour enfants tout autant.

        Monvoisin aurait pu peindre du sang, il a choisi la supériorité du symbole. Et s’il vous avait donné le sang que vous réclamez, il aurait alors donné à la flaque la forme de la France : on peut toujours s’élever au-dessus du trivial !

        Bref, vous lui attribuez vos impotences contemporaines, c’est aussi révisionniste qu’anachronique. Admettez donc que votre 2013 de télé-réalité au premier degré n’est plus capable de penser la subtilité ou le symbolisme. Remplacer l’allégorie par le gore est vulgaire ; vouloir s’en faire une vertu est risible.

        Mais libre à chacun de préférer cette couverture, où le roi semble bouder après un crise hémorroïdaire peu joyeuse, à l’encontre du tableau de Monvoisin, où il est tragiquement effaré par l’Histoire.

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        • Répondu le 8 décembre 2013 à  21:33 :

          Je vois que nous avons affaire à un monsieur je-sais-tout qui ne sait rien. Croyez ce que vous voulez, mais il y a des contextes historiques qui existent.

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          • Répondu le 9 décembre 2013 à  14:49 :

            On voit surtout que vous n’avez pas d’argument... Quant à cette couverture, pas besoin de tableau : il suffit de la comparer à celle du roman plus bas dans l’article pour voir laquelle est primaire...

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            • Répondu le 10 décembre 2013 à  22:29 :

              Celle du roman est peut-être plus subtile, mais en vitrine de librairie ou en pile à l’intérieur du magasin elle est invisible. Or, on peut le regetter parfois artistiquement, une couverture c’est fait pour accocher l’oeil du chaland et seulement après lui donner l’envie d’ouvrir le livre. Rien à voir avec la démarche d’un peintre ou d’un illustrateur (chacun ayant ses particulités).

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              • Répondu le 11 décembre 2013 à  18:20 :

                En quoi cette couv’ de roman serait invisible ? Le sentiment d’un regard qui vous fixe attire toujours l’attention, et les trois coulures de sang la retiennent. D’ailleurs l’éditeur Julliard est pas si différent de l’éditeur Delcourt : ils veulent tous des couvrantes attirantes. Mais ici, celle du roman le fait mieux. En plus on aura du mal à convaincre les gens que la bédé peut aussi publier une vraie littérature pour de vrais lecteurs quand on compare ces deux couvertures.

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                • Répondu le 11 décembre 2013 à  21:27 :

                  Dans la planche en extrait aussi le roi est davantage attiré par le regard au mur !

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  • Le phénomène Teulé
    7 décembre 2013 15:02

    Par ailleurs, du côté de chez cet éditeur, c’est le bon moment pour profiter de ceci

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