Les Cités obscures de Peeters et Schuiten supplantent Superman au Japon

7 décembre 2012 16 commentaires
  • Qui a dit que la bande dessinée ne tenait pas son rang face aux poids super-lourds des comics américains et aux sumos des mangas japonais? Les Cités obscures de Benoît Peeters et François Schuiten (Ed. Casterman) viennent de remporter le Gaiman Award des publications étrangères publiées au Japon, devant Superman, rien que ça!

La norme s’installe au niveau mondial. Face au schématisme industriel des mangas japonais et des comics américains qui constitue, à quelques exceptions près, une sorte de fast-food graphique, la façon de faire de la bande dessinée francophone, qui se caractérise le plus souvent par un travail d’auteur élaboré pendant plusieurs mois dont la démarche artistique dépasse, et de loin, la simple dimension distractive et commerciale, tandis que l’objet imprimé s’avère de plus en plus sophistiqué, cette norme donc est en train de s’implanter tout doucement au niveau mondial, en particulier en Asie.

Oh, bien sûr, nous ne parlons pas ici de millions d’exemplaires, ni d’un vrai succès "populaire", mais d’une réelle présence culturelle et commerciale dans un secteur haut de gamme, comme le serait celle du luxe dans le domaine du textile ou de la parfumerie.

Les Cités obscures de Peeters et Schuiten supplantent Superman au Japon
Les Cités obscures "Number One"

Pour preuve cet article du Asahi Shimbum (l’un des plus importants quotidiens japonais), publié dans la rubrique "animation", qui signale qu’un jury japonais a porté Les Cités obscures de Benoît Peeters & François Schuiten (Ed. Casterman) sur la première marche des meilleures BD étrangères publiées dans l’archipel. Devant Superman : Red Son de Mark Millar et... Muchacho d’Emmanuel Lepage (Ed. Dupuis) qui occupe une bien jolie troisième place dans une liste de 66 nominés surtout composée de comics américains (Walking Dead, Batman... mais aussi des romans graphiques comme Habibi de Craig Thompson) où figuraient aussi d’autres titres franco-belges comme Les Schtroumpfs, Blueberry, Léon la Came de Sylvain Chomet & Nicolas de Crécy, 3" de Marc-Antoine Mathieu, Le Sommeil du Monstre de Bilal, le Nietzsche de Onfray & Le Roy, ou Au-delà des nuages de Hugault & Hautière.

Conférence sur les utopies architecturales à l’Institut Français de Tôkyô.

L’album de Peeters & Schuiten est édité au Japon par ShoPro, une joint-venture entre Shueisha et Shogakukan, les deux plus gros éditeurs japonais.

Cette distinction est concomitante avec la présence de Benoît Peeters et François Schuiten dans une tournée au Japon qui a eu lieu en novembre dernier. Un événement organisé par le Kaigai Manga Festa où figuraient également Emmanuel Lepage et Bastien Vivès. Entre les conférences de Benoît Peeters à l’université de Gakushuin (sur Töpffer, dans le cadre d’un colloque sur la perception du corps dans la bande dessinée) et un débat de Schuiten avec des architectes sur les cités utopiques à l’Institut Français de Tôkyô, nos auteurs ont eu le temps de faire des rencontres publiques avec Otomo (le créateur d’Akira, le premier grand succès du manga japonais en France), avec Urasawa (XXe Century Boys, Monster, Pluto...) et bien entendu le classique Taniguchi que Peeters défend depuis des années au sein des éditions Casterman.

Devant ces succès belgo-hexagonaux, on ne peut que penser au statut du Nouveau Roman et de la Nouvelle Vague au Japon, où ces mouvements sont quasiment cultes et durablement implantés. Une perspective encourageante plutôt bienvenue par les temps qui courent...

Rencontre entre les BD japonaises et françaises (de g. à dr.) : Katsuhiro Otomo, Emmanuel Lepage, Bastien Vivès, Benoît Peeters, François Schuiten et Naoki Urasawa
Photo : DR. Avec l’autorisation de Benoit Peeters.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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16 Messages :
  • Faut pas avoir honte pour écrire ça !!!
    7 décembre 2012 11:37, par Michaë l

    Non, mais quelle prétention !!!! Parce que 80% de la BD franco-belge c’est pas du fast-food de la lecture ????
    Scénarii indigents, copier-collé de séries à succès, intégrales bâclées, spin-off et reprises nullisimes...

    Quelle honte de dire ça !!!

    Personnellement les lectures les plus intéressantes de ces dernières années ont été des mangas. Normal, puisqu’on rattrape 50 ans de retard me direz-vous. Il n’empêche, je constate.

    Bref, les comics, les mangas, les fumetti, la BD franco-belge, c’est pareil, il y a du bon, du moins bon, y’en a pour tous les goûts (même pour les sectaires !).

    Merci de rectifier cet article, car j’ose espérer qu’il ne s’agit que d’une maladresse de rédaction ???

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    • Répondu par Guerlain le 7 décembre 2012 à  13:05 :

      il faut prendre le temps de regarder la sélection et les bandes dessinées FB sélectionnées ne sont pas de toute première jeunesse non plus. Evidemment, à l’instar d’Angoulême, ne sont sélectionnés que des titres traduits, ce qui est normal.
      On y trouve le cosmoschtroump, le spectre au balle d’or, Léon-la-Came... je coirs qu’il n’y a que le Nietszche et un truc de Hugault qui soient d’actualité un peu fraiche.
      Il fauit relativiser l’impact

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    • Répondu le 7 décembre 2012 à  13:20 :

      Ca me rappel une discussion avec une connaissance qui affirmait que les auteurs franco-belge faisaient de l’art et que les mangakas et les comickers n’étaient là que pour faire du business, du commercial... Une discussion affligeante.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 7 décembre 2012 à  13:24 :

      Cher Monsieur, d’abord, vous avez une vision très négative du fast-food : il y a d’excellents sandwichs et d’excellents burgers. Il suffit de bien choisir.

      Par ailleurs, je parlais de graphisme -et seulement de graphisme, pas de l’intérêt de l’histoire- et de processus industriel. Vous ne pouvez pas nier que toute l’industrie du manga et celle des comic-books n’est pas pensée ni conçue pour une consommation de masse rapide.

      Enfin, je mentionne qu’il y a des exceptions. Tous les mangakas ne font pas 80 à 90 pages par mois contre 4 à 20 en Europe. C’est d’ailleurs ces mangakas-là qui sont les plus proches de la démarche européenne.

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      • Répondu par Michaë l le 7 décembre 2012 à  15:14 :

        Ah bon, parce que faire des dizaines de spin-off, de reprises ou de clônes de séries à succès (franco-belge), c’est pas une démarche commerciale de masse (très souvent bas de gamme) ???
        Sans compter que le succès ou l’absence de succès, ça n’a jamais été un critère de qualité...
        Quand au dessin européen, on ne peut que constater une tendance lourde à l’uniformisation et à la dégradation d’une bonne partie de la production (j’ai pas dit TOUTE la production). Et je ne parle pas des couleurs...
        Quand à la bouffe, c’est comme le reste, avec un peu d’ouverture d’esprit on constate qu’il n’y a pas que la sacro-sainte cuisine Française. Je suis d’accord avec votre remarque sur le fast-food (oui, j’ai bien vu le 2è degré), mais elle cadre peu avec le ton de votre article...

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        • Répondu par Oncle Henri le 7 décembre 2012 à  18:10 :

          Oui, bien sûr, on peut dire que les spin off français sont commerciaux, mais ils sont quand même soignés. Les auteurs en font une ou deux pages par semaine, rarement plus !

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          • Répondu le 8 décembre 2012 à  08:14 :

            Ca ne présume en rien de leur qualité...

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          • Répondu le 8 décembre 2012 à  08:27 :

            Oui et ce n’est pas une honte si ça se vend. Les spin-off et autres adaptations peuvent être l’occasion de créer de vraies œuvres aussi. Faut arrêter avec ces préjugés romantiques du 19ème siècle. Des tas de personnages aimés du public existent, le marché est saturé et difficile d’en imposer sans cesse de nouveaux. Utiliser des personnages pour leur faire vivre des aventures autrement, si c’est fait avec talent et intelligence, pourquoi pas ?
            Ou alors, c’est mal de créer des séries et des personnages et seule la BD qui se prétend d’Auteur d’Art a le droit de vie, c’est ça l’ouverture d’esprit et la tolérance ?

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  • Les Cités obscures de Peeters et Schuiten supplantent Superman au Japon
    7 décembre 2012 16:06, par Aurélien PIGEAT

    Je me permets de préciser quelques éléments :

    - Shueisha et Shogakukan sont associés et font partie du même groupe ; d’ailleurs, à l’international, tous deux sont représentés dans la structure Viz Media. L’autre gros éditeur japonais, rival du premier, est Kodansha.

    - Peeters et Schuiten ont des contacts depuis longtemps avec le Japon, et ont participé à des échanges "franco-belge/manga" : bien implantés là-bas, c’est presque naturel qu’ils soient récompensés par un prix. Il s’agit d’auteurs qui relèvent de ce qu’on appelle "la nouvelle manga", qui est une invention fine et passionnante, mais une construction un peu décrochée de ce qu’est le manga à proprement parler.

    - Sur ce manga de production massive (pour ne pas dire de masse), les contraintes de rendus en termes de planches hebdo ou mensuelles ne condamnent pas le manga en lui-même : des graphomanes comme Hirohiko Araki (qui peut sortir des chapitres mensuels de 70-80 pages parfois) sont reconnus pour leur travail graphique (et narratif bien sûr). Je prends Araki comme exemple, histoire de ne pas sortir l’éternel Urasawa, et parce qu’Araki à la légitimité du Louvre pour lui. Je trouve personnellement passionnante de regarder ce qui se fait de bien dans le manga qui ressemble au manga, qui relève de ses codes de bases (après tout Tezuka...), davantage que de chercher des mangas qui me rappelle la franco-belge auctoriale.

    - Concernant l’implantation de la bd franco-belge au Japon, il serait bon de regarder du côté de la distribution et de l’emplacement en rayon dans les points de vente de nos albums. J’avais entendu dire que, puisque ne relevant pas en termes de format et de qualité matérielle des mangas, on les trouvait dans les rayons beaux-arts et compagnie (et non jeunesse ou manga). Je serais curieux de savoir ce qu’il en est exactement à ce sujet, si cela est vrai, marginal ou généralisé, en train de changer...

    Sinon, très content pour les Cités Obscures bien évidemment !!

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    • Répondu par Djamel le 8 décembre 2012 à  03:14 :

      Petite précision par rapport a l’article : il ne s’agit pas d’un jury qui a "porte" Cites obscures a la première place mais d’un vote des lecteurs des BDs en question.
      Quant a la présence de la BD franco-belge en librairie elle est quasiment...inexistante. Mais le principal problème, c’est surtout que personne n’en lit. Les ventes de l’excellent magazine "euromanga" sont malheureusement très faibles et les prix des BDs franco-belge sont exorbitants. Le non-appetit des japonais pour toute forme de BD étrangère reste pour moi un mystère quand on sait a quel point ils consomment du manga. Hormis le prix, j’y vois aussi une question de format, peu adapte au transport et a la lecture rapide. Le succès des romans étrangers (traduits) élimine de fait le facteur "désintérêt pour ce qui se fait ailleurs", alors que reste-t-il...

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  • Woaaa monsieur Pasamonik quel lyrisme !Malgré quelques bémols bien à propos pour nuancer de part et d’autre la démonstration ,on sent bien que tout ceci tient plus de la méthode Coué que de la réelle conviction.

    Parce que sinon ,ce serait t’y vrai ?Ce serait nous les vrais,le canon ,les authentiques,la référence !Et en plus on part à l’attaque.Le monde n’a qu’a bien se tenir.On arrive en force.Nous voilà !!!

    Devant la déferlante annoncée,paniqué comme jamais, l’empire Disney compte déjà racheter "Les Requins Marteaux" de peur de finir à la Ferraille.

    C’est que nous on est les artistes,la norme à suivre,pas des faiseurs -de province ?.On est là pour durer,les légitimes,Dieu est avec nous (tiens il a les cheveux long !!) ils vont voir....

    Quel est donc l’imbécile qui a dit :"Dieu combien de divisions ?"

    AAAAARRGGH !!!!!

    Même si en l’espèce il parlait plutôt du pape.

    Il y a en effet quelques belles exceptions,partout,et pas forcément rares !Allez une, comme ça,pour le plaisir,et Coréenne cette exception puisque on parle d’Asie.Une leçon et un exemple pour ceux qui affirment qu’il n’y a pas de salut possible en dessin réaliste sans références photos.Entre autres...

    www.youtube.com/user/superani00

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  • Affligeant en effet de tourner l’article de cette façon très (trop) franco-française-nombriliste. Si la BD française était un art reconnu à cause du temps passé sur une seule planche, elle s’exporterait comme le comics et le manga. Or personne n’en veut en dehors de quelques pays comme l’Italie ou l’Espagne.

    Le manga cartonne dans le monde entier alors que les Japonais n’ont jamais eu l’idée de l’exporter eux-mêmes : tout est parti de passionnés ou opportunistes occidentaux qui ont eu envie de le proposer en Europe ou USA.

    Cela prouve que cet art, qu’il soit japonais ou américain, est bien supérieur à celui de France, en ce sens qu’il est prolifique, permet à de nombreux jeunes auteurs d’en vivre et surtout s’exporte comme jamais !

    J’aimerais que l’auteur de l’article me cite le nom d’une seule BD de moins de 10 ans d’âge (création) qui vend autant qu’un Spirou ou un Blake & Mortimer. Il n’y en a pas, tout simplement parce que cet "art" français ne sait pas se renouveler et vit de ses acquis, remplissant le reste pour s’assurer un bon chiffre d’affaires.

    En fait, si je comprends bien, c’est de l’art à partir du moment où ça ne se vend pas et où ça met un temps infini à être produit.

    Il ne faut pas oublier une chose : aussi belle soit-il, le plafond de la chapelle Sixtine n’est qu’une oeuvre de commande, tout comme la Joconde l’a été d’un marchand vénitien. Le véritable art est celui qui plaît au plus grand nombre et si je voulais pousser la comparaison trop loin, je dirais que l’artiste ne fait que se prostituer depuis la nuit des temps. Et plus il est talentueux, plus il gagne sa vie.

    P.S : Ah, on me glisse dans mon oreillette que la meilleure vente de Delcourt est... "Les Blagues de Toto" ! Ca c’est de l’art, coco ! Et c’est pas du fast-food, c’est du bon jambon-beurre bien de chez nous préparé dans la cave, en seulement 4 mois pour 50 pages !

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    • Répondu par Vincent le 19 décembre 2012 à  11:14 :

      Pfff... Ne raccrocher la qualité artistique qu’aux chiffres de vente... Même pas envie d’argumenter tellement c’es bête. Pourtant tout n’est pas à jeter dans votre commentaire, mais on sent tellement l’aigreur et le réactionnaire que vous décrédibilisez vos propos.

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  • Les Cités obscures de Peeters et Schuiten supplantent Superman au Japon
    19 décembre 2012 11:57, par la plume occulte

    Kim Jung Gi grand prix d’Angoulême !!!

    Ce véritable phénomène de foire a tout pour reconquérir l’intérêt du grand public -un peu trop malmené ces dernières années par la récupération orientée du média et la promotion de l’orthodoxie bourgeoise ,avec les conséquences prévisibles visibles aujourd’hui- un talent hors norme et, il justifierait enfin la dénomination de festival international.

    Mais non ce ne serait pas la fin du monde !!!

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