« Les blessures d’Amour propre » de Martin Veyron.

12 octobre 2009 0
  • Au début des années 1980, {{Martin Veyron}} signait {L’Amour propre}, une bande dessinée érotique où il explorait les rapports homme-femme, de la séduction à la sexualité. Il publie aux éditions Dargaud une fausse suite à ce récit mythique.

Dans l’Amour Propre, il mettait en scène le parcours initiatique d’un jeune homme un peu nigaud devenu un spécialiste du "Point G", cette zone de la paroi du vagin qui est particulièrement sensible et dont la stimulation, par des doigts experts, entraîne l’orgasme.

L’Amour Propre, un livre léger plutôt audacieux pour l’époque, devint rapidement un best-seller. En 1985, Martin Veyron en tira même une adaptation cinématographique qu’il réalisa lui-même, avec Corinne Touzet et Jean-Claude Dauphin dans les rôles principaux.

26 ans plus tard, Martin Veyron revient sur cette expérience. Au lieu de nous fournir une suite de l’Amour Propre, il se met en scène pour nous raconter quelques vérités et une bonne part d’invention et d’interprétation sur sa condition d’auteur d’un succès dans la bande dessinée érotique ! Il se dessine vieillissant, évoluant dans son propre univers dans un récit faussement autobiographique.

Martin Veyron est donc le héros de Blessure d’amour propre. Une jeune journaliste vient le trouver pour le questionner sur le fameux Point G. Elle prépare un documentaire sur ce sujet et aimerait beaucoup recueillir l’expertise de l’auteur. Veyron se montre récalcitrant : il en a marre de l’image de pornographe qui lui colle à la peau depuis plus d’un quart de siècle...

La jeune femme constate que son interlocuteur a un problème de vessie, il s’est pissé dessus en allant aux toilettes. Elle lui conseille d’aller consulter un spécialiste. Le diagnostic est simple, mais douloureux : La prostate est atteinte et une opération s’impose.

L’auteur est confronté à un dilemme, devenir impuissant ou incontinent ! Il décide de sauver la maîtrise de sa vessie, et de se voir -hélas- libéré de toute pensée lubrique. Le sexe devient sale pour lui. Un comble pour un pornographe ! Il est alors déprimé et n’arrive plus à créer ! Sa vie bascule, et son découvert bancaire atteint des profondeurs abysssales. Il n’arrive même plus à bosser pour le milieu de la publicité. Acculé, il accepte d’apporter son expertise dans le documentaire de la journaliste. Sa vie prend un tour pour le moins singulier...

Avec Blessure d’amour propre, Martin Veyron signe une œuvre étonnante qui oscille entre la loufoquerie délirante, l’autodérision marquée, et le partage de ses interrogations par rapport au succès phénoménal d’un seul livre parmi ceux qu’il a signés aboutissant à sa condition d’expert-érotomane. Même si l’ouvrage contient quelques scènes crues, la représentation de ces scènes, finalement légères, n’est pas le moteur de cette comédie subtile et originale.

Martin Veyron, Grand Prix du Festival de la Bande Dessinée d’Angoulême en 2001, est au mieux de sa forme. Ses dialogues sont percutants et parfois d’une finesse incroyable.

(par Nicolas Anspach)

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