Monsters - Par Ken Dahl - L’employé du Moi

4 janvier 2011 2 commentaires
  • Après Phase 7, L'employé du Moi nous a déniché une nouvelle pépite issue des graphic novel nord-américain. Si le sujet premier de Monsters est l'herpès, le récit va bien plus loin, abordant avec humour et dérision nos habitudes sociales. Un excellent cru !

Imaginez ne plus jamais pouvoir embrasser quelqu’un sur les lèvres. Que vous ne pouviez plus jamais embrasser vos enfants, sortir avec quelqu’un dans une soirée, partager de la nourriture, faire une pipe, partager un joint entre collègues, emprunter une brosse à dent, ou cracher dans le café de votre patron sans transmettre une maladie horrible et incurable ?

Ken, le personnage central de Monsters, doit se rendre à l’évidence : il a transmit l’herpès à sa compagne. Ce virus dont il ne connait rien va rapidement détruire son couple et modifier profondément la perception de son propre corps. Ainsi bien entendu que toute sa vie sociale.

Monsters - Par Ken Dahl - L'employé du Moi

Max de Radiguès est un auteur de L’employé du Moi les plus prometteurs. Parti six mois étudier les techniques de narration nord-américaines au Canada, il revient avec un petit bijou dans ses valises : ce Monsters de Ken Dahl, une autobiographie décapante centrée sur l’herpès et la modification de vie sociale qui en résulte.

« Pas besoin de faire 10.000 km pour trouver cela, me rétorqueriez-vous : on a La Parenthèse d’Élodie Durand, L’Ascension du haut-mal de David B., et bien d’autres... » Sauf que, justement, le ton nord-américain ressort directement de ce récit pour donner une saveur inédite au sujet.

Passées les premières pages plutôt ’classiques’ (contamination, diagnostic, apitoiement), le héros se met en scène avec beaucoup d’humour pour évoquer son quotidien. De manière à distinguer son ’moi’ narratif de celui qui progresse dans la vie. Il s’affuble d’un gros nez et d’une moustache à la Groucho Marx, en parfait décalage avec les aspects abordés. De plus, Ken Dahl parvient à demeurer dans une construction classique de la bande dessinée tout en évoquant des moments intérieurs, se représentant alors dans des lieux incongrus, ou parlant même avec sa maladie qu’il balade avec lui, tel un animal de compagnie.


Monsters dépasse d’ailleurs l’aspect de la maladie pour juger nos habitudes sociales autour de ce simple mais terrible handicap. On se rend alors compte de tout ce qu’on fait habituellement, sans se rendre compte des germes que l’on s’échange. C’est donc notre vie en communauté qui est passée au crible, avec un résultat détonnant et interpellant.

Si Monsters n’atteint pas le niveau de Phase 7, précédente découverte de L’employé du Moi, ses deux cents pages s’avalent d’une traite, dans un savoureux mélange d’information, de dérision et de consternation face à cette maladie mal connue. Enfin, l’épilogue réserve un très beau message final.

Restent deux mots sur la langue : « Bravo » et « Encore » !


Peut-on résister à l’appel social, en prenant sa maladie comme seul prétexte ?

(par Charles-Louis Detournay)

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