Olivier Petit : " Nos Docu-BD sont des déclencheurs de curiosité, des accélérateurs d’envie ! "

12 décembre 2019 0 commentaire
  • Depuis des années, les éditions Petit à Petit se sont imposées dans le domaine du Docu-BD, mêlant planches de bandes dessinées et pages de documentaires. À l'occasion du lancement de la revue SOIF!, une revue de vulgarisation scientifique audacieuse et de qualité, nous avons interrogé le fondateur et directeur de cette maison, Olivier Petit.

Vous avez votre siège historique à Rouen. Vous êtes depuis peu à Nantes et vous envisagez de vous implanter bientôt également dans le sud de la France. Cela répond-il à des logiques d’implantation et à des stratégies éditoriales bien précises ?

Cela répond à une stratégie éditoriale consistant à mettre en exergue les richesses historiques, patrimoniales, événementielles et touristiques des régions, à commencer par les villes. Il faut être implanté dans les régions pour les connaître, travailler avec les gens qui les connaissent et qui les aiment et créer une véritable dynamique éditoriale avec un local, des réseaux… et permettre ainsi aux auteurs régionaux d’avoir une possibilité de valoriser leurs travaux (scénaristes, dessinateurs, coloristes mais aussi historiens, archéologues etc.)

Olivier Petit : " Nos Docu-BD sont des déclencheurs de curiosité, des accélérateurs d'envie ! "

Ce qui définit votre maison d’édition, c’est le Docu-BD, avec des albums traitant du réel en mélangeant BD et pages documentaires. La bande dessinée ne se suffit-elle pas à elle-même ? Comment ce choix s’est-il imposé au point de finir par constituer aujourd’hui votre ADN ?

La BD (historique, scientifique, d’actualité etc.) ne se suffit pas à elle-même à partir du moment où elle s’inscrit dans une fiction. La fiction est un moyen ludique d’entrer dans un sujet. Elle éveille la curiosité, crée de l’émotion certes, mais elle n’apporte pas forcément une vision globale du thème traité. Le documentaire permet d’étendre la découverte en proposant une iconographie qui plonge dans le réel et également en présentant des livres, des films, des lieux à visiter en lien avec le sujet.

Olivier Petit

Publiez-vous malgré tout un peu de fiction ? Selon quels critères ?

Oui, nous publions de la fiction quand nous croyons très fort à un projet et que nous entretenons avec les auteurs une relation privilégiée. C’est le cas pour les séries Catamount et RIP.

Vous avez créé une collection de guides de ville en bande dessinée. Le but est-il de proposer un Routard en BD ? Quelle est l’approche privilégiée ?

Le guide du Routard, même s’il donne des informations historiques, est principalement un répertoire de bonnes adresses. Nos guides touristiques racontent en Docu-BD l’histoire des lieux à visiter. La force du dessin permet de plonger le lecteur dans d’autres époques et de donner envie, ensuite, d’aller voir sur place ces lieux découverts en BD. Nous ne prétendons pas être exhaustifs, nous souhaitons simplement éveiller l’intérêt pour le patrimoine.

Qui écrit les scénarios et qui gère la partie historique et la recherche de documentation graphique et d’informations ?

Nous nous appuyons dans la mesure du possible sur tous les acteurs locaux de chaque ville. Un scénariste, des dessinateurs et un historien ou documentariste. Nous rencontrons les musées, les châteaux, les guides touristiques etc. Si Petit à Petit est souvent à l’initiative de ces albums, il est important que la réalisation soit faite avec des locaux qui auront à cœur de rendre hommage à leur ville. C’est ainsi que nous avons pu travailler avec des scénaristes de renom tels que JD Morvan, Dobbs, F. Duval, D. Pecqueur, Ceka, D. Mosdi, Pona , Gaet’s et des dessinateurs reconnus tels que R. Toulhouat, H. Labiano, T. Gioux, J. Carette, B. Blasco-Martinez, S. Fino, D. Rousseau, X. Fourquemin, A. Juillard
Et parfois des libraires s’impliquent à fond tels que Bulles au Mans et Legend BD à Orléans. C’est hyper-enthousiasmant !


Parmi vos autres collections en Docu-BD, La navigation en BD et le Sport en BD sont peut-être celles qui sont les plus dynamiques. Là encore, comment sont pensés et réalisés ces ouvrages ?

Nous appliquons exactement la même recette. Comment rendre passionnant un sujet en mêlant une histoire racontée en BD avec son héros, ses dialogues et une chute (forcément inoubliable) qui va donner envie d’en savoir plus en se plongeant ensuite dans le documentaire qui va, à son tour, donner envie d’en savoir encore plus. Nos Docu-BD sont des déclencheurs de curiosité, des accélérateurs d’envie !

Vous avez récemment fondé une nouvelle revue semestrielle, SOIF !, qui présente en Docu-BD de la vulgarisation de travaux universitaires. Vous vous inscrivez ainsi pleinement dans la BD du réel. Cette revue est-elle complémentaire ou concurrence-t-elle la Revue Dessinée ?

Elle n’est ni complémentaire, ni concurrente de la Revue Dessinée. SOIF ! C’est autre chose. Un autre angle éditorial : le travail de scientifiques reconnus par leurs pairs adaptés en BD ; une autre façon d’envisager la vulgarisation par la bande dessinée : un documentaire plus proche du magazine classique en complément. Une autre présentation : des photos, des plans, des conseils de lectures, de films, de rencontres, d’événements. Exactement ce que nous faisons depuis vingt ans en Docu-BD mais dans une revue, afin d’aborder des sujets divers et variés qu’un album ne pourrait envisager.

Comment se fait concrètement le travail de réalisation du Docu-BD entre le chercheur, l’éditeur, le scénariste et le dessinateur ?

Pour le premier numéro de SOIF !, nous avons associé un scénariste et un éditeur pour chacun des thèmes abordés. Ces binômes ont rencontré le scientifique afin qu’ils imaginent ensemble la partie qui serait traitée en bande dessinée et celle qui serait traitée en documentaire. Ce fut un travail conséquent mais passionnant. Ces binômes travaillent ensuite avec un dessinateur, lui transmettent la documentation du chercheur et encadrent la réalisation des planches. En parallèle, le travail de diffusion, de commercialisation et de promotion se déroule en collaboration avec notre diffuseur national.

Les deux premiers numéros de la revue SOIF ! proposent la vulgarisation de recherches d’universitaires de Normandie. Envisagez-vous de vous associer à d’autres universités dans le futur ?

Oui, c’est déjà prévu. D’autres universités mais aussi d’autres spécialités scientifiques, les deux premiers numéros traitant de sujets de sciences humaines et sociales. Nous avons également des numéros hors-série sur un sujet spécifique en préparation. Il y a un véritable engouement sur cette revue atypique et on ne s’ennuie pas !

En marge des planches de bande dessinée de la revue SOIF !, on trouve des textes, des dessins, des informations : de quelle manière souhaitez-vous utiliser ces marges ?

L’idée c’est d’être aussi curieux et créatifs que pourrait l’être un chercheur dans ses études. On écrit partout où il y a de la place. Mais comme nous sommes des éditeurs passionnés de transmission des savoirs, nous savons exactement ce qu’on place dans les marges et de quelle manière on le fait afin d’exciter la curiosité. Enfin, nous demandons à un auteur d’apporter son regard sur le sujet en réalisant de petites interventions graphiques (pertinentes ou décalées… souvent humoristiques) dans les marges à la manière d’un dessinateur de presse. SOIF ! c’est sérieux, sans se prendre au sérieux surtout !

Comment est diffusée cette revue SOIF ! ?

Dans les librairies et les Relay et bien sûr par abonnement.

Combien de nouveautés sont prévues pour 2020 et quels sont vos principaux projets ?

Une trentaine de Docu-BD, deux revues SOIF ! et nos deux fictions chéries (Catamount et RIP).

(par Tristan MARTINE)

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