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Olivier Thierry (Magazine gratuit Zoo) : « Je crois encore à la noblesse du papier »

  • Zoo est un magazine gratuit d’information sur la bande dessinée diffusé en librairie, le seul dans son genre. Après une courte éclipse, il reparaît depuis deux numéros avec à sa tête un nouveau patron : Olivier Thierry. Rencontre.

La presse vit depuis quelques années la révolution du gratuit, au point que la plupart de nos quotidiens traditionnels sont en crise. Dans la bande dessinée, le titre innovant dans ce domaine s’appelle Zoo, un magazine créé par Éric Borg il y a quelques années et qui était devenu le gratuit de la BD ces dernières années, jusqu’à ce qu’il arrête sa publication pour le revendre à un nouvel actionnaire, Olivier Thierry, un passionné déjà directeur de publication du magazine Scarce.

Olivier Thierry (Magazine gratuit Zoo) : « Je crois encore à la noblesse du papier »
Evidemment, la relance de Zoo ne pouvait qu’accompagner l’album éponyme de Bonnifay et Frank

Dans quelles circonstances avez-vous acquis Zoo ?

Assez fortuitement. J’étais depuis un an ou deux à l’écoute d’opportunités de reprise ou d’activités dans le domaine de la BD. Je m’étais intéressé à Pif, à L’Écho ainsi qu’à deux autres opportunités. J’avais vu Zoo en librairie l’année d’avant et je m’étais dit que cela me paraissait une très bonne idée. En fait, je m’en voulais de ne pas avoir eu l’idée moi-même. Et j’adore la marque « Zoo  » : simple, ouverte, mémorisable, sympathique. J’avais tenté brièvement de contacter Éric Borg pour voir s’il y avait matière à faire des choses ensemble, mais sans succès. Mi-2007, l’un de mes amis, Jean-Philippe Renoux, m’a dit que Zoo était à vendre. Je crois d’ailleurs me souvenir qu’il l’avait lu sur Actua BD. J’ai rencontré Éric Borg cette fois-ci et nous avons fait affaire très rapidement.

Vous étiez depuis longtemps un des animateurs de la revue Scarce...

Et je le suis toujours. Mais Scarce est on ne peut plus différent de Zoo. C’est une revue associative à but totalement non lucratif, faite par des bénévoles passionnés, pour des passionnés. Et c’est une revue très spécialisée. J’y collabore depuis environ 20 ans et j’en ai repris la direction éditoriale depuis 10 ans. Cela reste une revue collective, cependant. Je n’en suis que le coordinateur.

Zoo est à l’opposé de Scarce. C’est un magazine grand public et à gros volume, qui se veut avant tout un véhicule utile pour les annonceurs.

Pensez-vous que la presse gratuite soit un business model profitable ?

L’un de mes amis a lancé « 20 minutes » en France et nous en avons discuté, par le passé. Le business de la presse gratuite est profitable s’il n’y a pas trop de monde sur le même créneau. Dés lors qu’il y a trop d’acteurs, tout le monde meurt, ou en tous cas souffre beaucoup. J’ose espérer que nous n’en viendrons pas là. C’est également la raison pour laquelle nous procédons à des investissements, notamment en termes de diffusion, pour établir Zoo comme le Culturel BD gratuit de référence. Nous voulons être partout et être le leader. Outre notre propre mode de diffusion actuel, nous allons utiliser des prestataires qui diffusent d’autres gratuits, afin de profiter de leurs économies d’échelle dans ce domaine.

Le fait qu’Éric Borg ait été amené à jeter l’éponge ne vous fait pas reculer ?

Je ne pense pas que l’on puisse dire qu’Éric Borg ait « jeté l’éponge ». Zoo était déjà profitable lorsqu’il s’en occupait. Mais Éric est avant tout un artiste, qui aspire à écrire et à créer. La gestion de Zoo lui « cassait les pieds ». En ce qui me concerne, c’est tout le contraire. Gérer Zoo m’amuse. C’est presque un passe-temps. Coté contenu, nous avons amorcé un grand virage pour être beaucoup plus grand public. Nous n’avons fait que la moitié du chemin et nous allons continuer.

L’équipe de Zoo : De G. à Dr. : Ayse Önçüler, Boris Jeanne, Olivier Thierry, Olivier Pisella, Julie Bordenave, Christian Marmonnier, Thierry Lemaire, Jérôme Briot.
Photo : DR

La concurrence des revues payantes comme BoDoï, Cargo, dBD ou Casemate, mais aussi de sites d’information gratuits sur la BD comme ActuaBD.com ne rend-t-il pas votre challenge difficile ?

Je pense qu’il y a de la place pour plusieurs acteurs, surtout s’ils sont différenciés. Je ne vois pas BoDoï, dBD, Casemate ou Cargo comme des concurrents directs. Les pages de Zoo leur sont d’ailleurs ouvertes s’ils veulent y passer de la publicité. J’en avais déjà fait la proposition à Frédéric Vidal peu avant la sortie de son nouveau magazine, Casemate, mais le calendrier de sortie n’était pas idéal pour ceci. Tous les magazines que vous avez cités vendent avant tout un contenu éditorial ou artistique, ainsi qu’un peu de publicité, tandis que Zoo ne vend que de la publicité. Cela implique que nous ayons des politiques rédactionnelles et de diffusion bien différentes.
Quant aux sites d’information gratuits sur Internet, ils ont un contenu de qualité et une audience conséquente, mais ils cherchent encore leur modèle économique. Par ailleurs, le lecteur ne recherche pas la même chose sur l’Internet que sur le papier, comme vous le savez bien. Zoo, on peut le rouler dans sa poche arrière de jean, l’emmener au ciné pour quand on fait la queue, le lire au café en attendant quelqu’un, dans le métro, etc. Bien qu’ayant travaillé dix ans dans les nouvelles technologies, je crois encore à la « noblesse » du papier, fut-il bon marché comme c’est le cas de Zoo. En tous cas, pour quelques années encore. Ensuite, on verra bien. Un rapprochement à terme avec un ou des acteurs de l’Internet n’est pas à exclure dans le futur mais pas avant d’avoir établi Zoo comme une grande marque indépendante et solide.

Publié à l’occasion d’Angoulême, le N°11 a été tiré à 70.000 exemplaires

Quel est votre tirage moyen et combien de lecteurs touchez-vous ?

Nous tirons à 50 000 exemplaires, tous distribués hormis une petite centaine qui nous reste à la fin et que nous conservons pour les besoins d’annonceurs futurs souhaitant recevoir un ancien numéro. Pour Angoulême 2008, nous en avons tiré 20 000 de plus, que nous avons tous distribués sur place. Je ne sais pas combien de lecteurs nous touchons, dans la mesure où je ne sais pas si Zoo passe de main en main pour être lu par plusieurs personnes. Mais je sais qu’il est lu. J’ai été très surpris, à Angoulême de voir comment le magazine était apprécié. Pour moi, un gratuit, c’est quelque chose que l’on prend, que l’on lit et que l’on jette. Or, à Angoulême, je n’en ai vu aucun par terre ni dans les poubelles. (Vous allez me dire : qu’est-ce que j’allais faire à fouiner dans les poubelles ? C’est une anecdote pour un autre jour). Il y avait même un certain nombre de gens qui sont venus nous dire : « Je l’ai déjà eu hier mais est-ce que je peux vous en prendre deux autres pour des amis à moi ? ». On a même eu, suite à Angoulême, une demande d’un festival suédois qui voulais en recevoir une centaine, par Federal Express et à leurs frais. Et un e-mail d’un anglais de Londres qui nous félicitait pour le magazine en nous disant qu’il l’avait lu de bout en bout.

Si l’on est libraire (ou vendeur de pizza peut-être), comment se procure-t-on Zoo ?

Rien de plus simple. Vous envoyez un e-mail à diffusion@zoolemag.com en précisant votre adresse, vos horaires d’ouverture et la quantité souhaitée (par multiple de 100). Ou encore, vous allez sur le site www.zoolemag, dans la partie « Libraires et Dépositaires », et vous rentrez votre adresse sur le formulaire affiché (qui sera mis en ligne d’ici quelques jours). Nous faisons attention, cependant, à ce que les dépositaires soient en adéquation avec notre stratégie et avec la cible de nos annonceurs. Les vendeurs de pizza n’en font donc pas partie, sauf s’ils sont à côté d’une librairie BD. Ce n’est pas parce que l’on est gratuit et que l’on tire à beaucoup d’exemplaires que l’on fait n’importe quoi. Les cafés littéraires et les vendeurs de BD par correspondance sont, eux, les bienvenus ; nous en comptons d’ailleurs déjà parmi nos diffuseurs. Pour l’instant, nous ne travaillons qu’avec la France, mais nous allons réfléchir à distribuer en Belgique également car nous avons eu beaucoup de demandes en ce sens.

Propos recueillis par Didier Pasamonik, le 11 février 2008.

La page Asie de Zoo

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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