Philippe Vandel ("Les Pourquoi") : "Si c’était juste pour faire un produit dérivé, je n’en aurais pas voulu."

19 novembre 2015 0 commentaire
  • C'est le deuxième tome d'une série tirée de la rubrique "Les Pourquoi" de Philippe Vandel sur France Info, scénarisée par Alan, et dessinée par Madd (Jungle). Une BD dans laquelle l'animateur s'est particulièrement impliqué. Rencontre.
Philippe Vandel ("Les Pourquoi") : "Si c'était juste pour faire un produit dérivé, je n'en aurais pas voulu."
"Les Pourquoi T. 1" de Philippe Vandel, Madd et Alan (Jungle)

Comment avez-vous travaillé avec vos coauteurs ?

Hyper bien. Il y a le dessinateur Madd et le scénariste Alan. Ce dernier est un mec hyper-sympa mais un peu bizarre, en fait. Quand Moïse Kissous m’a contacté pour faire cette adaptation des Pourquoi, je lui ai répondu « super, mais je suis fan de BD, je ne veux pas une déclinaison au rabais pour station-service. J’ai envie que ce soit bien, que ce soit beau et je sois fier. Le truc de ma vie, ce n’est pas d’être riche mais de ne rien faire qui me fasse honte ; bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée ».

Et il m’a dit : « Pour que ce soit bien, il faut un scénariste et un dessinateur. » On a travaillé sur les premiers scénarios que j’ai fait changer parce que c’était un "gaufrier" (j’ai appris ce mot-là à cette occasion) à trois bandes et moi j’en voulais quatre parce que dans Les Pourquoi, il y a un récit. il y a tellement d’informations à donner qu’on ne pouvait pas tenir en trois. Ensuite on a choisi le scénariste et le dessinateur. C’était une sorte de concours, ils ont demandé à cinq dessinateurs et j’ai reçu des planches et on a choisi celles-ci.

J’ai rencontré Madd, cela s’est bien passé, sauf qu’il s’est barré avec ma femme ! (rires) Au départ, je trouvais son dessin tellement fin que je pendais que c’était une fille ! Je vais vous dire en vrai comment cela s’est passé : j’ai mis toutes les planches chez moi avec des Post-It. Ce sont mes enfants et ma nana qui ont choisi. Le public des Pourquoi est transgénérationnel. On est tous tombés d’accord sur lui.

"Les Pourquoi T. 1" de Philippe Vandel, Madd et Alan (Jungle)
(c) Jungle / Kero

Après, j’ai demandé à rencontrer le scénariste. On m’a dit : « Ce n’est pas possible ! » Or, je suis un journaliste de l’école Actuel, j’aime rencontrer les gens avec lesquels je travaille. Cela me paraît invraisemblable que les mecs qui ont fait Astérix (Ferri & Conrad, NDLR) ne s’étaient jamais vus avant de faire leur premier album ! Moi j’ai dit :« Je ne travaille pas avec les gens si je ne les rencontre pas ».

Le mec, il habite Montpellier et il est tellement zarbi qu’il a fallu qu’il prenne le portable de sa femme pour convenir d’un déjeuner, seul moment de la journée où je suis disponible pour rencontrer les gens. On s’est rencontré au Train Bleu. Il est descendu du train, il est resté deux heures, puis il est remonté dans le train, il s’est cassé ! Il s’est cogné huit heures de train dans la journée ! Mais c’est un top scénariste, hyper-sympa à part cela. Tu l’as rencontré, toi ?

Madd : Ouais, rapidement à Saint-Malo.

Philippe Vandel : Tu vois : rapidement. C’est étrange, je ne connaissais pas ça. J’adore voir ce qu’il a fait de mes gags. Quand ils sont bons, ils y sont ; quand ils sont pourris, il trouve mieux ! Il a pris ses Pourquoi préférés. Il en faisait un scénario qu’il me proposait. Les seuls que j’ai refusés ce sont ceux qui se ressemblaient trop thématiquement, il fallait diversifier. On ne pouvait pas faire huit "Pourquoi" sur les chats, sinon on faisait un livre thématique là-dessus. Je validais chaque étape du scénario et du dessin.

Philippe Vandel & Madd
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

C’est sorti en bouquins précédemment. Ça s’est bien vendu ?  ?

Avec les versions en poche, près de 150 000 exemplaires. C’est diffusé sur France Info tous les samedis, puis c’est podcasté. Le plus gros téléchargement des podcasts de France Info a été sur le Pourquoi sur la petite poche des jeans.

Quand je les écris, je pense que je m’adresse à une prof de maths et à son fils qui est en 4e. Mon père était prof de math et ma mère prof de lettres. J’aime qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, que tout soit juste, compréhensible. Les mots savants sont toujours suivis du mot profane. C’est très charté, jusqu’à la conclusion : "Jusqu’à la preuve du contraire..." Les lois de Newton ne sont pas valable à très haute vitesse, par exemple.

"Les Pourquoi T. 2" de Philippe Vandel, Madd et Alan (Jungle)

Les trois critères d’un bon Pourquoi sont les suivants :

1° Il faut que tout le monde l’ait remarqué. Par exemple, "pourquoi les Formule 1 ont les roues qui sortent ?" et non "pourquoi le ventricule gauche du cœur est plus grande le ventricule droit ?" ; car pour cela il faut voir fait médecine pour le savoir, ce n’est pas intéressant.

2° Il faut que personne ne connaisse la réponse. "Pourquoi le drapeau français est-il bleu-blanc-rouge ?", c’est trop facile.

3° Il faut qu’il y ait l’effet "Wow", que l’on ne s’attende pas à ça. Par exemple : "Pourquoi un chat demande-t-il à sortir pour rentrer aussitôt ?" Il ne pense pas en terme de dedans et de dehors, c’est l’homme qui connaît la signification de la porte, pas le chat.

À ces ingrédients, on rajoute l’humour. Il faut que cela reste drôle.

Vous êtes à la fois sur les ondes et en librairie. Qu’est-ce qui vous a surpris dans cette expérience de bande dessinée ?

C’est que ça m’a plu. Comme cela ne vient pas de moi, je suis séduit. Alors que quand j’écris un truc, je ne m’y intéresse pas. Il y a un Pourquoi qui ressemble à cela d’ailleurs, c’est "Pourquoi on ne peut pas rigoler à ses propres chatouilles ?" La BD ça me chatouille, parce que je ne m’attendais pas à cela. J’étais hyper content de recevoir ce livre. Le scénariste et le dessinateur ont vraiment eu du talent : à chaque image, soit on apprend quelque chose, soit on sourit.

C’est une version moderne des Oncle Paul, ou plutôt du Fureteur de Spirou...

Je ne connais pas le Fureteur. Mais c’est vrai. Un de mes collègues journalistes à qui je racontais ces petits moment d’érudition m’avait dit : "Tu es l’Oncle Paul moderne". C’est que qui m’a donné l’idée de la série.

C’est quoi, votre culture BD ?

Quand j’étais petit, c’était Pif, Astérix, Lucky Luke, Iznogoud,... Dans l’hebdomadaire Pif, il y avait toujours plusieurs degrés de lecture. Il y avait Placid et Muzo, Pif, Gai Luron (j’ai découvert Gotlib dans Pif...), et puis ce qu’on appelait "les histoires grises" : Rahan, Le Grêlé 7-13, Corto Maltese... On finissait par aimer les "histoires grises". Après cela a été Métal Hurlant, cela a été le premier journal que j’ai acheté tous les mois, et puis Gotlib et tout ça.

Jungle est connu pour publier des titres de personnalités ou de héros de la TV. Il y a un côté "produit dérivé" dans ce projet ?

Ce n’est un écueil que si c’est bâclé. Les éditeurs de Drucker l’ont signé parce que son auteur passe à la TV, mais comme le livre est bien, ils en ont vendu 95 000 exemplaires. Si c’était juste pour faire un produit dérivé, je n’en aurais pas voulu.

"Les Pourquoi T. 2" de Philippe Vandel, Madd et Alan (Jungle)
(c) Jungle / Kero

Vous allez voir dans le forum d’ActuaBD : on va vous reprocher de profiter de votre notoriété pour faire de la BD. Il y a l’idée que vous êtes un intrus...

J’appelle cela "le narcissisme de la petite différence". On veut toujours garder son pré-carré. Je vais vous raconter comment j’ai été engagé à la quotidienne de France Info. C’est Philippe Chaffanjon qui m’a recruté. Il me connaissait du temps où j’étais chez RTL. Il m’a dit : « Avec toi, c’est la première fois que je voyais quelqu’un de la télé qui travaillait ». Dans le milieu de la radio, les mecs de la télé ont la réputation de ne rien foutre, de venir à la radio pour prendre un cachet.

Le truc que vous me décrivez, c’est un immense classique. Il ne suffit pas de faire des produits dérivés pour que ça marche. Certains livres tirés de film ne méritent même pas que l’on s’en serve pour allumer une cheminée. Il faut juste que le truc soit bien.

C’est même un peu humiliant pour les auteurs qui travaillent avec vous...

Je suis tranquille. Si le premier volume n’avait pas été de bonne qualité, cela n’aurait pas vendu, on aurait arrêté.

Et vous, Madd, comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Madd : J’ai rencontré Jungle lors des Zooportunités à Angoulême [1]. Je leur ai montré mon book, juste pour avoir leur avis. Ils m’ont demandé si j’accepterais de faire des tests sur leurs projets. Ils m’en ont envoyé et celui-ci m’a plus parce que gamin, j’aimais les livres du type "Comment ça marche ?" ou "Il était une fois... la vie" que je lisais pour ma culture générale.

Alors oui, dans la BD, il y a la BD dite "de commande" et la BD d’auteur. Pourtant je me suis éclaté à le faire, on ne m’a pas imposé de dessin particulier. Ils m’ont pris sur la base du test. J’ai eu des propositions pour faire des albums avec d’autres célébrités, mais cela ne m’avait pas intéressé.

Je dessine en autodidacte. Je suis arrivé à Paris après avoir fait du droit. Inscrit en Arts Plastiques à Paris VIIIe, je suis tombé sur un cours de BD. J’ai travaillé dans les fanzines comme Amalgame, dans des collectifs comme Aaarg  ! J’ai fait deux BD chez 12bis, un peu plus réaliste : Break avec Josselin Azorin-Lara et Éric Vecchi, une BD en rapport avec le Hip Hop.

Philippe Vandel : Pour la petite histoire, la première fois que l’on ma proposé de faire une BD, c’était Guy Delcourt. Il m’a invité à déjeuner, il était hyper-enthousiaste, et puis après plus jamais de nouvelles !

Propos recueillis par Didier Pasamonik

Documents

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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