Picasso et la bande dessinée : influences réciproques

13 août 2020 3 commentaires
  • Nous vous en parlions dès janvier dernier et cela devait être un des temps forts de l’Année de la BD 2020. Deux bonnes nouvelles : l’exposition qui devait se terminer fin juillet voit sa fermeture repoussée au 3 janvier 2021 et le magazine Le Point lui consacre un joli numéro qui raconte les influences réciproques entre l’auteur des Demoiselles d’Avignon et le 9e art.

« Franchement, on n’y aurait pas pensé, écrit Christophe Ono-dit-Niot dans l’introduction de ce numéro. L’Afrique, les masques Fang, l’antiquité des minotaures, les acrobates de cirque, Goya, Delacroix, Le Greco, oui, mais la bande dessinée, dans les influences du maître ? » Effectivement, la surprise est entière. « On aurait dû » conclut malicieusement le journaliste qui connaît très bien la bande dessinée.

Picasso et la bande dessinée : influences réciproques

Car oui, sous l’influence de Gertrude Stein, collectionneuse de BD qui lui fait découvrir les Katzenjammer Kids de Rudolf Dirks et Harold Knerr et de Little Jimmy de Jimmy Swinnerton, par exemple, mais sans doute aussi son compatriote Juan Gris, collaborateur à L’Assiette au beurre, la culture graphique de Picasso passe aussi par la bande dessinée. La preuve, ces exemplaires de L’Epatant avec Les Pieds Nickelés de Forton, Le Secret de l’Idole de Calvo, de Spirou (le °1224 de 1961), et des ouvrages de Rodolphe Töpffer retrouvés dans sa bibliothèque personnelle.

Dans ses croquis et dans ces dessins on trouve bon nombre de ces esquisses qui sont autant de bandes dessinées : L’Histoire claire et simple de Max Jacob, le Songe et mensonge de Franco… en sont des exemples.

Et puis, Picasso inspirateur des auteurs de BD qui racontent cela dans des interviews : Manara, Clément Oubrerie, auteur avec Julie Birmant d’un Pablo mémorable, Art Spiegelman ou dans leurs dessins chez Jacobs ou Gotlib. Le numéro se termine sur une réflexion des rapports entre l’Art et la BD, de Doré à Liechtenstein et à Bilal. Un dialogue enrichissant !

L’exposition a comme commissaires Vincent Bernière et Johan Popelard, nous vous en reparlerons prochainement.

© Jean Ache.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Dates et horaires : Du 21 juillet 2020 au 3 janvier 2021.

Lieu : Musée National Picasso, 5 rue de Thorigny, 75003 Paris.

Tarifs : tarif réduit : 11 € / tarif plein : 14 €.

Site officiel : www.museepicassoparis.fr

Le musée Picasso est ouvert du mardi au vendredi de 10h30 à 18h et les samedi et dimanche de 9h30 à 18h.

 
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3 Messages :
  • Ça me rappelle le chouette, "N comme cornichon" de Schlingo et Rosse...

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  • Picasso et la bande dessinée : influences réciproques
    21 août 09:50, par Capitaine Kérosène

    Cette expo est intéressante car j’y vois un parfait exemple d’une tentative de légitimation de la bande dessinée en l’adossant à un art reconnu, et à l’un de ses représentants les plus éminents, l’opération se déroulant dans un lieu prestigieux.
    Deux effets espérés :
    1) que, par contagion, l’idée que la bande dessinée relève de l’art "noble" (c’est-à-dire reconnu non seulement par les institutions, mais surtout par le Marché qui peut dès lors lui attribuer une valeur financière élevée, via les ventes aux enchères), pénètre des couches sociales jusqu’alors réfractaires (intellectuels et grande bourgeoisie),
    2) l’ennoblissement a pour résultat de faire croître le marché vers des acheteurs plus riches que l’on "décomplexe".
    Par contre-coup, Picasso se trouve capté et instrumentalisé à cette fin, mais aussi relégitimé auprès d’un public qui n’a que faire de ses œuvres.
    Le procédé tourne en rond depuis des années maintenant (voir Leclerc et sa Fondation). Des lieux naguère élitistes s’ouvrent à présent à une certaine bande dessinée, généralement orientée auteuriste, acoquiné à l’art institutionnel dans une légitimation à volonté ascendante pour l’un et descendante pour l’autre (sans jugement de valeur).
    Il ne s’agit évidemment pas d’y voir un complot, mais un fonctionnement intrinsèque au marché de l’art et de ses stratégies de légitimation et de valeur, qui existent depuis très longtemps. Chacun tirant profit, symbolique ou pécuniaire, de l’autre.
    Que Le Point, magazine de la bourgeoisie par excellence, y consacre sa couverture n’a dès lors rien de surprenant.
    La bande dessinée, art plus ou moins mineur (tout dépendra si l’opération de légitimation réussit), n’a pas besoin de cela.
    Le public amateur, ou non, de bande dessinée non plus.
    Seuls les marchands en ont besoin.
    Il n’y a aucune volonté de polémiquer dans ce message, mais seulement le désir d’évoquer un phénomène sociologique intéressant qui tend à se répandre dans beaucoup d’autres domaines.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 août à  10:00 :

      Votre point de vue nous intéresse. Pouvez-vous contacter notre rédaction ? redaction@actuabd.com

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